CRITIQUE | FILM

SIMPLE COMME SYLVAIN : un amour compliqué

Après ses films précédents Babysitter et La Femme de mon Frere, la réalisatrice québécoise Monia Chokri fait son retour au cinéma avec une comédie romantique qui a été sélectionnée dans la section "Un Certain Regard" du Festival de Cannes. Notre critique de "Simple comme Sylvain".

SYNOPSIS

Sophia enseigne la philosophie à Montréal et partage sa vie avec Xavier depuis une décennie. Un beau jour, elle rencontre Sylvain, charpentier dans les Laurentides, qui se lance dans la rénovation de leur maison de campagne.

© Simple Comme Sylvain

Dès leurs premiers échanges, Sophia et Sylvain sont immédiatement attirés l’un par l’autre. Bien que l’adage dise que les opposés s’attirent, reste à savoir si cette attirance résistera à l’épreuve du temps.

NOTRE CRITIQUE

Avec son nouveau film, la réalisatrice Monia Chokri revisite la comédie romantique. Un défi audacieux, mais tout n’est pas aussi idyllique qu’il n’y paraît.

La cinéaste propose au départ un récit contemporain porteur de belles promesses, mettant en scène un personnage principal mal dans sa peau, peu épanoui, confronté à sa crise de la quarantaine. Mais très vite, elle s’éloigne de cette véracité pour introduire des caricatures excessives. Sylvain incarne l’homme originel, celui qui fait de ses mains, qui est brut de décoffrage, et surtout celui qui rappelle à Sophia comment vivre « simplement ». Dès lors, la cinéaste crée un écart entre un groupe prétendument intellectuel, citant Rimbaud à tout-va, et un autre issu d’un milieu populaire préférant réciter les paroles du droitard de Michel Sardou. Monia Chokri reproduit ainsi le mépris de classe qu’elle cherche à critiquer, et ça c’est simple comme tout. Inévitablement, elle accentue toutes ces différences pour susciter le ton comique. Dans l’idée, Simple Comme Sylvain est une sorte de comédie française ratée avec Christan Clavier, où toutes les blagues reposent sur les différences, mais avec une touche de sophistication supplémentaire.

© Simple Comme Sylvain

Car oui, Monia Chokri démontre aussi sa capacité à proposer un cinéma visuellement captivant. Ce qui sauve Simple comme Sylvain dans sa démarche, c’est évidemment sa mise en scène et sa photographie. Les nuances de teintes marron, rappelant subtilement les couleurs du chalet, du bois, et plus largement de la nature, donnent une atmosphère réconfortante à l’ensemble du film. La réalisation est tout aussi évocatrice, elle emmène par la main le spectateur à travers cette histoire d’amour faite de va-et-vient au coin d’un feu. Malheureusement, ce raffinement visuel est implacablement annihilé par un récit qui ne parvient à être ni drôle ni romantique, parfois même dérangeant lorsqu’on réduit certains personnages à un seul trait de caractère. Rien n’est fait pour développer l’amour entre Sylvain et Sophia, tout est encerclé par la sphère du sexe, réduisant le personnage masculin et féminin à son simple appareil ou au désir sans raison. Finalement, Simple comme Sylvain aurait certainement gagné à être plus complexe, même si on préférera se rappeler de la double prestation remarquable de ce duo d’acteurs. 

EN DEUX MOTS

Monia Chokri propose un récit qui manque de justesse ou de véracité, tout en créant ce qu’elle dénonce : du mépris de classe. Malgré une mise en scène impeccable et une photographie évocatrice, le film peine à être à la hauteur de ses aspirations comiques et romantiques. 

2,5

Note : 2.5 sur 5.


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