CRITIQUE | FILM

CONANN : la testostérone au féminin

Après le fascinant 'Les garçons Sauvages' (2017) et 'After Blue' (2020), Bertrand Mandico signe son troisième long-métrage présenté à la Quinzaine des cinéastes. Le créateur d’univers aux ambiances étranges et organiques nous propose une réinterprétation gender fluid de la légende de Conan le barbare. Notre critique de 'Conann'.

SYNOPSIS


Parcourant les abîmes, le chien des enfers Rainer nous conte les six vies de Conann, perpétuellement mise à mort par son propre avenir, à travers les époques, les mythes et les âges.

© Conann

Depuis son enfance, arraché à sa mère retenue en esclavage par Sanja et sa horde barbare, jusqu’à son accession aux sommets de la cruauté aux portes de notre monde. Le film est une relecture libre et féministe du personnage Conan créé par Robert E. Howard en 1932/ Il fait un état des lieux de la barbarie à travers les époques et les âges. C’est un mélodrame épique, fantastique, ironique et flamboyant.

NOTRE CRITIQUE

Le projet était à la base voué à être un spectacle sur une proposition de Philippe Quesne, ancien directeur du Théâtre des Amandiers, mais finalement, le voici au cinéma. Sous la forme de ce long-métrage ainsi que deux autres films ‘Nous les Barbares‘ et ‘Rainer, Chien des enfers’, qui sortiront ultérieurement. Est-ce que les explorations esthétiques à la frontière entre les genres font encore force de proposition ? La claque est-elle au rendez-vous ? 

Signant encore un film riche en trucages et expérimentations visuelles, le cinéaste Bertrand Mandico fait mouche avec cette adaptation très libre de Conan le barbare. Son identité unique et captivante nous déconnecte de la réalité et nous emmène dans un monde aux multiples influences. De la plus évidente : Conan le barbare de John Milius (1982) ou encore Xena la guerrière, à celles plus recherchées d’Andrzej Zulawski et Mario Bava. C’est un monde érotique et onirique ayant ses propres codes et son propre langage. Le parti pris d’une narration sur plusieurs âges est très réussi. Elle est cohérente autant sur le plan temporel, on débute par la genèse de la violence du protagoniste dans un monde à mi-chemin entre le préhistorique et post-apocalyptique, que visuel. En effet, au fil des âges de Conann les décors et la mise en scène changent, évoluant du plus en plus vers le moderne. Plusieurs influences esthétiques comme la Rome antique ou encore le New York des années 90 offrent une expérience assez jouissive aux spectateurs. La symbolique est aussi très bien amenée par le fait que chaque Conann prend possession du statut de Barbare en tuant la précédente, devenant à chaque fois plus dure et cruelle, cela rendu compréhensible par un changement d’actrice.

© Conann

Chacune proposant un jeu d’acteur et vivant dans une temporalité complètement différente. Ce choix est très pertinent et amène de la complexité au personnage, car chaque âge développe une autre facette de sa personnalité. On explore le champ de ses possibles existences : de Conann la brutale, en passant par Conann la romantique et s’achevant avec une Conann désabusée et inhumaine (manifesté par ses ailes de démons). Au niveau de l’esthétique, qui est la force du film, chaque plan est une œuvre d’art, tant le travail autour est fait avec soin. Que ce soit le son, la lumière, les décors et les costumes d’ailleurs. La bande sonore est très immersive, où parfois les bruits ambiants prennent le dessus jusqu’à devenir presque hypnotisant. Sa muse Elina Löwensohn, adepte des métamorphoses dans 21 court-métrages collaboratifs, revêt ici l’apparence d’un chien humanoïde et est extrêmement crédible dans son rôle de Rainer. L’hybridation des corps est aussi un des aspects visuels caractéristique de Bertrand Mandico. La réalisation en plan séquence à l’aide d’une grue apporte une fluidité renforcée par le travail du son, un aspect qui tient particulièrement à cœur au réalisateur. Ce dernier film est plus engagé par rapport aux précédents, tant par le casting exclusivement féminin et le scénario pensé pour des femmes, que pour les questionnements qu’il soulève vis-à-vis du parcours d’une vie et de notre évolution intérieure.

Un questionnement très méta qui bouleverse ce que nous proposait Bertrand Mandico jusqu’ici, les raisonnement philosophiques de ses autres projets étant assez superficiels et servant surtout le scénario. C’est une excellente surprise que le fond soit plus assumé et aussi ambitieux que la forme.

EN DEUX MOTS

Une nouvelle proposition plus que radicale du cinéaste Bertrand Mandico. Du cinéma très baroque et extravagant, et que l’on apprécie ou non, cela reste une expérience unique à vivre sur grand écran.

4,5

Note : 4.5 sur 5.


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