CRITIQUE | FILM

BONNARD, PIERRE ET MARTHE : une toile d’amour, de légèreté et de nature

Sorti le 10 janvier, le nouveau film de Martin Provost est un biopic retraçant l’histoire du couple de Pierre Bonnard et de sa muse de toujours, Marthe. Le réalisateur français signe par cette œuvre un des meilleurs projets de sa carrière et fait honneur au cinéma français. Notre critique de 'Bonnard, Pierre et Marthe'.

SYNOPSIS

Le film retrace la vie du peintre français Pierre Bonnard, interprété par Vincent Macaigne, ainsi que celle de sa compagne, Marthe, jouée par Cécile de France, sur une période de cinquante ans. Surnommé le « peintre du bonheur », Bonnard consacre plus d’un tiers de ses œuvres au portrait de Marthe, devenue rapidement sa muse et le pivot central de sa vie. Le film explore leur relation en les présentant aux côtés d’autres artistes tels que Claude Monet et sa femme Alice, les Nabis comme Paul Signac, Misia (Anouk Grinberg), Thadée Natanson, et d’autres encore.

© Bonnard, Pierre et Marth

Même si le couple vit dans le bonheur, il demeure relativement isolé, Marthe se révélant être une compagne exigeante. Malgré une escapade à Rome avec Renée, une jeune femme qui a été son modèle et pense bientôt l’épouser, Pierre revient invariablement vers Marthe. Finalement, il accepte de l’épouser. Au fil des années, Marthe sombre dans la folie, et après son décès, Pierre préserve sa chambre à coucher intacte.

NOTRE CRITIQUE

Pierre Bonnard était un peintre impressionniste, connu pour son utilisation de couleurs vives capturant des moments fugaces de la vie quotidienne. Comme bon nombre de peintres impressionnistes, il a réalisé également des paysages reflétant sa sensibilité artistique et arborant une luminosité naturelle et spontanée.

Par son film, Martin Provost a égalé l’art de Bonnard du point de vue cinématographique. Son projet de réaliser un projet sur la vie du couple Bonnard est issu d’une reproduction d’une œuvre de Pierre Bonnard représentant Marthe, qui était présente dans sa chambre d’enfance et qui l’avait profondément marquée. Bonnard, Pierre et Marthe est un film immersif, sensoriel par la qualité du son et de l’image. L’image nous transporte dans un cadre naturel et lumineux dans lequel Bonnard a donné naissance à ses œuvres. La qualité du son nous transporte avec le personnage de Pierre qui dessine et peint accompagné du chant des oiseaux ainsi que le bruissement des feuilles… La qualité du son nous immerge dans les panoramas naturels dans lesquels se déroulent une grande partie du film, nous transmettant presque la quiétude du peintre. L’esthétique du film arbore une luminosité naturelle, maîtrisée et similaire à celle présente dans certaines œuvres de Pierre Bonnard. De plus, l’aspect immersif redouble d’intensité via la structure du film qui nous plonge dans l’entre-soi des artistes impressionnistes, dans l’intimité et les tumultes de ce couple d’épicuriens ainsi que dans la démarche créative du peintre. La beauté de l’image accroche notre regard, mais le film ne s’appuie pas seulement sur une belle esthétique ainsi qu’une bonne qualité audio.

© Bonnard, Pierre et Marth

Outre l’aspect biographique, ce film a une véritable portée philosophique et poétique via le scénario qui est extrêmement travaillé. Les répliques des personnages sont profondes et utiles à la caractérisation faisant ressortir la complexité. Ce film met plus en lumière l’énigmatique Marthe qui fut muse mais également artiste. Marthe Bonnard est un personnage honnête, avec un fort caractère mais reste fragile par sa santé. Elle affronte les épreuves de la vie en y faisant face. Cécile de France arbore les facettes de cette femme avec sincérité et panache. Pierre Bonnard est un personnage qui détient une certaine candeur et une certaine lâcheté qui parfois ne lui permet pas de prendre conscience de la brutalité de ses décisions à l’égard de Marthe. Contrairement à elle, Pierre évolue et entreprend les épreuves de la vie par sa peinture. Vincent Macaigne nous livre une prestation à la hauteur de sa partenaire de scène avec qui une certaine alchimie se noue à l’écran. Par l’histoire du couple Bonnard, le réalisateur explore les dimensions du regard, essentielles dans l’art mais également au sein des relations humaines. L’histoire des Bonnard commence par le regard et puis l’amour s’en mêle ainsi que toutes les dimensions de celui-ci. Le réalisateur, avec justesse, soulève la progression d’un amour naissant, passionné qui sous les effets du temps s’effrite tout comme la beauté de Marthe qui sous les effets du temps s’épure et le regard de Pierre se dirige alors vers la jeunesse, vers une autre muse… Mais l’amour et l’affection survit. L’œuvre déploie un questionnement philosophique sur la complexité de l’amour ainsi que de la vie et de la vision qu’on lui accorde.

En opposant des personnages qui sont des artistes et ceux qui ne le sont pas, la différence de liberté dont jouissent les personnages est frappante, ce qui rythme le film. Poussant le spectateur à s’interroger sur l’amour, la vie, les limites de la fidélité ainsi que sur la mort… Prime Vidéo

EN DEUX MOTS

La qualité du son, ainsi que de l’image est immersive, nous projetant dans l’évolution et le cadre de vie de ce couple de peintres impressionnistes. Le scénario est riche, minutieux par les répliques des personnages qui sont profondes, poétiques et ayant une portée philosophique. Un bel hommage au couple, mais aussi à la richesse du cinéma français. Une vraie pépite !

4,5

Note : 4.5 sur 5.


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