CRITIQUE | FILM

MAKING OF : champ-contrechamp de bataille

Après la sensation du 'Procès Goldman', le réalisateur français Cédric Kahn s'offre un petit détour dans les coulisses du cinéma. Comment un tournage peut sombrer ou renaître de ses cendres. Notre critique de 'Making Of'.

SYNOPSIS

Simon, cinéaste chevronné, se lance dans la réalisation d’un film qui narre la lutte acharnée d’ouvriers déterminés à préserver leur usine. Cependant, plongé au cœur des manigances de son producteur, des caprices incontrôlables des acteurs et des tensions palpables parmi les techniciens, Simon se trouve rapidement submergé par les circonstances.

© Making Of

Abandonné par ses producteurs, il se voit contraint de faire face à un conflit social au sein même de son équipe de tournage. Au milieu de ce véritable cauchemar cinématographique, son unique allié se révèle être le jeune figurant à qui il a confié la responsabilité de réaliser le making of.

NOTRE CRITIQUE

Le cinéaste Cedric Kahn aura fait parler de lui depuis l’année dernière. Le Procès Goldman a créé la sensation, et il revient aujourd’hui avec un tout nouveau projet au casting et au récit intrigants.

Plongée introspective au cœur d’un drame cinématographique qui se transforme en making of tordant, le réalisateur français offre un aperçu de l’envers du décor et tourne sa caméra vers une équipe de cinéma. Ce récit gentiment comique se concentre surtout sur ses personnages, jonglant habilement entre les figures de fiction et celles de la réalité. Ce procédé, particulièrement efficace sur le plan comique, brille notamment avec le personnage interprété par Jonathan Cohen, une petite star du cinéma aussi agaçante que prête à tout pour voler la vedette. On s’amuse à le voir délirer sur son travail, en devenant une bonne caricature d’artiste jusqu’à s’immiscer dans l’intimité de la personne qu’il est censé jouer au cinéma. Mais Cédric Kahn n’aspire pas seulement à susciter le rire, il a également l’ambition de partager d’autres émotions, bien plus profonde avec ses protagonistes. Le making of évolue rapidement en plusieurs petites histoires secondaires qui apportent leur propre pierre à l’édifice émotionnel. L’intrigue amoureuse entre les personnages de Nadia et Joseph fonctionne très bien et ajoute tout doucement une couche de tendresse dans le chaos du tournage. 

© Making Of

On se laisse emporter par ce tournage chaotique, où Cédric Kahn partage ses micro-aventures entrecoupées de (vraies) scènes cruciales pour le réalisateur (celui du film, pas Cedric Kahn, oui je sais, c’est compliqué). On progresse, mais on peine à en voir le bout, et la frustration du chef d’orchestre, parfaitement interprété par Denis Polydades, transpire de chaque pore de son visage. Son personnage, tiraillé et surmené, soulève des questions presque existentielles, notamment sur la dévotion à une profession placée au-dessus de tout, et l’obsession du cinéma, représentée sous d’autres facettes par des personnages comme Joseph ou encore Alain. Le tout confronté au reste de l’équipe, créant de ce fait un conflit social similaire à l’objet même du synopsis de son film. Seulement Nadia incarne une passion saine pour le 7e art, traduite finalement par son expérience de petits plateaux et son parcours. Making Of pose les limites dans l’obsession, quand la réalité rattrape la fiction dans la vraie vie. Il n’oublie pas également d’alerter sur le manque de moyens d’un art qui se veut de plus en plus piloté par les blockbusters américains ou la rentabilité. Entre douce comédie et drame tendre, ce long-métrage tire son épingle du jeu, même si on ne retiendra pas forcément l’image, qui nous plonge dans un film visuellement assez standard (en tout cas, pas inoubliable). Mais sans être excellent, Making Of offre néanmoins un bon moment de plaisir et de pertinence. Prime Vidéo

EN DEUX MOTS

Le nouveau film de Cédric Kahn offre des péripéties tordantes dans l’envers du décor du cinéma. À travers le tumulte d’un tournage (presque) chaotique, le film explore les obsessions de ses personnages et photographie le 7eme art dans son plus simple appareil. 

3,5

Note : 3.5 sur 5.


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