CRITIQUE | SERIE

MON PETIT RENNE : quand la fiction est aussi bien réelle

Critique | Inscrite parmi les titres les plus visionnés de la plateforme Netflix, Mon Petit Renne fait parler d’elle sur la toile. Lorsque l’on y penche notre nez et que l’on comprend que Donny, le protagoniste interprété par Richard Gadd, a vécu une bonne partie des péripéties évoquées (des plus perturbantes aux plus malaisantes) nous avons déjà le sang glacé.

SYNOPSIS


Serveur dans un bar tranquille, Donny est un pas très bon humoriste à ses heures perdues, mais gentil. Lorsqu’il aperçoit une femme à l’allure triste et vide il lui propose un verre pour lui changer les idées. A cette proposition, la femme du nom de Martha, change du tout pour le tout.

© Mon Petit Renne

Après un sourire, et une tasse de thé, une relation tordue se construit progressivement. Mails à outrance, stalking et conversion forcée, c’est ce que Donny va devoir subir quotidiennement tout en surmontant un traumatisme enfoui dans les tréfonds de son cerveau.

NOTRE CRITIQUE

Après You ou encore Acharnés, le stalking fait peau neuve avec cette fois-ci un condensé de faits réels dans une histoire addictive, mais tout aussi remuante.

Si Baby Reindeer, de son nom français Mon Petit Renne, est intéressante par son postulat de base, une relation tordue par sa complexité psychologique (plus c’est bizarre, plus c’est intrigant), c’est bien le rapprochement entre le personnage et l’acteur qui nous implique encore plus dans cette intrigue. Donny est un personnage ultra-complexe de par son instabilité constante et son hyper-empathie, (pourtant il est très banal en apparence), car sa carrière d’humoriste n’est pas celle d’Ahmed Sylla, même pas celle de Kev Adams. Il a beau avoir un costume rayé style irlandais, assez satirique, le niveau de ses blagues n’est pas au rendez-vous, il s’en rend compte lui-même, pas d’inquiétude. Cependant, c’est bien sa sensibilité qui lui permettra de réaliser cette série. Touché par l’hyper-culpabilité, le personnage est conduit à faire de mauvais choix, et enchaîne les galères. Cette fragilité révèle en lui un traumatisme glaçant, au travers d’une nouvelle dynamique et rythmique, contrastant avec l’essoufflement de la série sur son troisième épisode. La navigation entre les temporalités apporte du peps à l’histoire et génère naturellement une réflexion sur le pourquoi du comment. Donny finit par se raccrocher à sa harceleuse, cette mystérieuse Martha. Lorsque l’on obtient notre réponse, nous prenons ce coup de poing sur la réalité de l’industrie cinématographique. Il est sans filtre et plus impactant : un monde parsemé de prédateurs. N’oublions pas de citer la voix off comme complément informatif efficace qui nous souligne les pensées de notre protagoniste.

© Mon Petit Renne

Vous l’aurez compris, le récit autobiographique de sept épisodes ne s’adresse qu’à un public averti : psychologie malsaine, violences sexuelles et verbales, transphobie.. La série ne fait pas de détours, dans ce thriller mi-psychotique, mi-inconfortable, les révélations sont incisives et retirent petit à petit le voile de l’harcèlement pour revêtir celui des violences sexuelles. Disclaimer, l’épisode 4 est le plus choquant, alors faites attention si vous êtes sensibles aux sujets précédemment évoqués. Là où Mon Petit Renne excelle, c’est bien dans son détail des mécanismes d’emprise et d’acceptation, qui offre un volet de réalisme indispensable. Pourquoi Donny ne réagit pas ? Pourquoi il retombe dans les crocs du loup ? Pourquoi il maintient son lien avec Martha ? Si les scènes sont si choquantes, c’est aussi en raison de l’excellent acting fourni par la brochette d’acteurs : la magnétique Nava Mau, le poignant Richard Gadd et la perturbante Jessica Gunning qui nous décroche presque quelques notes d’empathie tant elle imprègne son personnage. Malgré le traitement abrupt du harcèlement, les épisodes visent par la même occasion à sensibiliser ses spectateurs notamment dans le processus de dénonciation. Pour porter plainte contre son harceleur, Donny doit passer Koh-lanta, le Capes et son permis avion en même temps. Ou bien filmer sa harceleuse la main dans le sac, ce qui reviendrait à filmer son cambrioleur en train de charger votre téléviseur dans sa voiture. Vous comprenez que c’est abusif, c’est une partie de l’histoire de Donny.

La série met ici en avant aussi bien l’harceleur que l’harcelé sans pour autant justifier le comportement de l’un et l’autre. Nous avons alors droit à un important focus sur l’érotomanie dont est frappé Martha, que l’on pourrait définir ici par l’impression de se sentir aimé par une personne, juste par un regard ou une simple discussion. On a fait l’erreur de la regarder un peu trop vite, mais un conseil, savourez-la. En attendant, on va surfer sur Tiktok en espérant ne pas tomber encore une fois de plus sur Fiona Harvey..

À retrouver sur Netflix. Prime Vidéo

EN DEUX MOTS

Mon Petit Renne propose un récit immersif et réaliste qui met en scène un protagoniste imparfait, perdu et surtout hyper-empathique. Quelques petites longueurs inscrites dans le récit ne sont que propulsées par la seconde dynamique de la série. Une petite angoisse face aux Coca-Cola zéro et aux arrêts de bus est inévitable désormais.

4

Note : 4 sur 5.


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