CRITIQUE | FILM

TRAP : it’s a trap !

Critique | Le grand Shyamalan est de retour avec Trap. Le réalisateur connu pour être à l'origine de 'Sixième Sens', 'Split', 'Incassable' et bien d'autres classiques du septième art, revient sur le devant de la scène avec un nouveau thriller. Encore un concept particulier, mais aussi et surtout, follement intriguant.

SYNOPSIS

Un tueur en série, surnommé « The Butcher » par les médias, assiste à un concert de la popstar Lady Raven avec sa fille Riley. Il ne tarde pas à comprendre que la police a bouclé la salle pour l’arrêter, le piégeant ainsi à l’intérieur de l’immense enceinte. Trap est un film américain écrit et réalisé par M. Night Shyamalan, sorti en 2024. Il met en vedette Josh Hartnett et Saleka Shyamalan.

© Trap

NOTRE CRITIQUE

Grand maître du film à concept, M. Night Shyamalan s’est imposé comme l’un des cinéastes et scénaristes qui tire le mieux son épingle du jeu sur grand écran. Certains affirment qu’il fait du hors-piste depuis quelques années, mais ce n’est pas notre avis (sauf pour sa dernière purge en 2013 avec l’étron interstellaire After Earth).

Car malgré les défauts évidents de ses derniers films, M. Night Shyamalan ne sera jamais un mauvais cinéaste. Trap confirme que le réalisateur en a encore sous le capot, tant ce long métrage est fascinant à décortiquer. Peut-être son travail le plus intéressant depuis Glass, et surtout le plus ludique pour son spectateur qui ne doit pas perdre une miette du concert mis en scène pour savoir où son auteur veut en venir. Une expérience inédite qui met à mal son personnage principal, aussi attachant que psychotique, incarné avec brio par un Josh Hartnett habité et foutrement dérangeant. Il n’y a que M. Night Shyamalan pour nous proposer des concepts comme celui-ci. Se prendre d’attache pour un tueur en série et suivre son déclin à travers un jeu du chat et de la souris inarrêtable, où chaque mouvement est une véritable partie d’échecs. Le concept ferait un excellent escape game au passage. On suit Cooper de très près. Ses moindres gestes, ses moindres pensées, ses moindres sentiments, on sait tout de lui en peu de temps. Le spectateur est si bien dans sa tête que le cinéaste renverse tous les codes de mise en scène pour adopter le point de vue de son antagoniste. C’est d’une intelligence admirable. Du jeu des personnages, de la mise en scène en passant par le code couleur phare du cinéaste. Tout est conçu pour immerger le spectateur dans ce concert et lui donner l’envie malsaine de voir le personnage principal s’en sortir indemne, au point de ressentir la tension dans son propre estomac.

© Trap

Les amateurs du cinéaste seront ravis de découvrir, à travers la performance de Josh Hartnett, un personnage dont le traitement rappelle les figures emblématiques telles que Kevin dans Split et David dans Incassable. Il crée une véritable iconisation et un univers fascinant autour de Cooper, un père de famille apparemment parfait à qui l’on donnerait volontiers la bénédiction du bon dieu. Trap est un donut dont le trou se doit d’être formé par son public. Aucun des agissements de Cooper n’est dû au hasard ou à la facilité, mais participent à élever son art de la manipulation, du mensonge et du crime. Le film est bien plus intelligent qu’il n’y paraît, chaque pièce du puzzle étant minutieusement enfouie. La scène où la fabuleuse Saleka Shyamalan enchaîne un show bluffant de réalisme est un exemple parfait : chaque musique est essentielle au développement des personnages. Et même d’un point de vue pop et musical, il faut dire qu’elle s’en sort divinement bien. On peut toutefois regretter que la seconde partie du film, malgré ses surprises, devienne progressivement redondante et que le rythme s’essouffle dans le dernier acte. Malgré la performance glauque de Josh Hartnett et la petite révélation de fin. Spectateurs, spectatrices, inutile de chercher un énorme plot twist à la Sixième Sens ici, vous serez automatiquement déçu. Il est temps d’arrêter de réduire M. Night Shyamalan à ses twists et de l’identifier par rapport à ceux-ci. Ici, vous êtes en plein concert, vous êtes l’œil d’un tueur en série hautement recherché. Votre mission, sortir d’ici. Le twist habituel des films du cinéaste est révélé dès la bande-annonce et quinze minutes après le début du film.

Il signe ici une fascinante expérience où tous les codes narratifs sont repensés. Inutile de dire à quel point ça fait du bien de voir un artiste de ce calibre renouveler son cinéma et continuer à offrir du fil à retordre à ses fans qui analysent son travail depuis ses débuts. Profitez bien du concert.

EN DEUX MOTS

Une expérience immersive fascinante où tous les codes du cinéaste sont repensés au profit de la narration. Le tout emporté par un Josh Hartnett attachant, mais surtout complètement dérangé. Un vrai puzzle où chaque mot, chaque geste et chaque décision ont un sens dans le récit.

4

Note : 4 sur 5.


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