CRITIQUE | FILM FESTIVAL DE CANNES

THE APPRENTICE : Make Cinéma Great Again

Critique | La prochaine élection présidentielle américaine approche à grands pas, et Donald Trump sera de nouveau en lice. Le réalisateur Ali Abbasi nous offre une piqûre de rappel en explorant les racines du mal américain par l'autopsie du magnat new-yorkais. Sebastian Stan y est monstrueux..

SYNOPSIS


Plongeant au cœur des coulisses de l’empire américain, The Apprentice raconte l’ascension fulgurante du jeune Donald Trump, rendue possible par un pacte faustien avec Roy Cohn, avocat conservateur et influent acteur politique.

© The Apprentice

The Apprentice est un film biographique américano-canado-dano-irlandais réalisé par Ali Abbasi, sorti en 2024. Le film retrace les débuts de la carrière de Donald Trump et met l’accent sur sa relation avec Roy Cohn, interprété par Jeremy Strong. Le film a été sélectionné en compétition officielle lors du Festival de Cannes 2024.

NOTRE CRITIQUE

Vous n’êtes pas devant un biopic de Donald Trump, mais bien face à l’histoire de l’Amérique du 21e siècle. Attention, ça fait mal. Dans ce tout nouveau long-métrage, et après le très moyen Les Nuits de Mashhad, le cinéaste iranien Ali Abbasi adapte le récit du jeune journaliste Gabriel Sherman, où tout est réuni pour former un projet aussi sulfureux que son personnage principal. Les origines de l’un des plus gros magnats outre-atlantique. Le timing de sortie du film est aussi diabolique que le parcours de l’homme à la mèche blonde (je ne parle pas de Tintin), quelques semaines avant l’élection américaine où les deux candidats sont d’ailleurs au coude-à-coude.. Mais Ali Abbasi s’en moque, il assume tout dans son projet et c’est cette non-limite qui fascine. Mais The Apprentice, c’est d’abord deux prestations d’acteurs monstrueuses (dans le bon sens du terme cette fois-ci). La première heure est dominée par Jeremy Strong, qui n’a jamais été aussi terrifiant que dans la peau de Roy Cohn, avocat new-yorkais sournois et profondément malintentionné. Puis vient le brio de Sébastian Stan, qui incarne Trump avec une transformation impressionnante : changement de voix, mimiques, silhouette, tout y est, au point de brouiller la frontière entre l’homme et le personnage. Alors, pourquoi aucun de ces deux acteurs n’a reçu la Palme d’or d’interprétation ? Réponse : l’incompétence de Greta Gerwig..

© The Apprentice

Mais The Apprentice, c’est bien plus qu’un simple portrait d’un « méchant » de la vraie vie. Le film décortique le rêve américain, où les paillettes collent au sol à cause de l’alcool rependu par un tas d’ivrognes pathétiques. Ali Abbasi expose les dessous d’un capitalisme gangrené par des réseaux d’influence et des magouilles, où l’idée du self-made man n’est qu’une illusion. Pire encore, un monde où la terreur surgit de nulle part, prête à s’emparer du pouvoir sans que personne ne puisse s’y opposer, pas même son créateur.. Le film flirte parfois même avec l’horreur, son personnage principal frankensteinisé reflète aussi une réalité angoissante, presque trop proche de la nôtre. Des séquences dures et violentes qui risquent de glacer jusqu’au sang chaque spectateur. Comme l’impression de voir un deuxième schéma du Joker de Todd Phillips, mais en vrai. Enfin, côté technique, le réalisateur iranien réalise un véritable tour de force. Dans The Apprentice, il mêle habilement les grains de caméra qui rappellent les vieilles images cathodiques à une utilisation magistrale de la musique des années 80. Tout est là pour nous plonger dans l’ambiance, sauf que l’on ne se repasse absolument pas nos chaleureux souvenirs de vacances.. Au final, ce long-métrage évite le piège du simple portrait à charge sans consistance, pour aller largement au-delà des ces attentes. Une surprise sur tous les plans, et déjà un gigantesque film, qui risque en plus de fasciner avec les années à venir (malheureusement).

EN DEUX MOTS

D’abord drôle, puis totalement terrorisant, ce nouveau film d’Ali Abbasi est bien plus que sulfureux. L’origine story d’un monstre moderne, où de nombreux sujets sont traités avec intelligence. Palme d’Or 2024 si le jury n’était pas si frileux..

4,5

Note : 4.5 sur 5.


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