CRITIQUE | FILM FESTIVAL DE CANNES

L’AMOUR OUF : généreux mais pompeux

Critique | Ça fait déjà six ans que Gilles Lellouche a pris tout le monde de court avec 'Le Grand Bain', un film inspiré, d’une grande qualité. Retour derrière la caméra avec 'L'Amour Ouf', adaptée du roman éponyme de Neville Thompson, qui a mis 17 ans à se concrétiser dans l'esprit du metteur en scène. Et c'est là que réside le problème.

SYNOPSIS


Dans les années 1980, dans le nord de la France, Jackie et Clotaire, deux adolescents de milieux sociaux opposés, vivent une passion dévorante. Jackie, issue d’une famille bourgeoise, et Clotaire, originaire d’une famille ouvrière, sont confrontés à des obstacles qui condamnent leur amour. Le destin de Clotaire prend un tournant tragique lorsqu’il sombre dans la criminalité, écopant de douze ans de prison. À sa libération, résolu à retrouver Jackie, il se lance dans une quête pour la reconquérir.

© L’Amour Ouf

L’Amour ouf est un drame romantique franco-belge, co-écrit et réalisé par Gilles Lellouche, sorti en 2024. Le film est une adaptation du roman du même nom de Neville Thompson. Il est présenté en « compétition officielle » lors du Festival de Cannes 2024.

NOTRE CRITIQUE

Clotaire, un petit voyou intrépide, tombe éperdument amoureux de Jackie, une fille studieuse, prête à remettre toute sa vie en question pour son beau brun. Dit comme ça, il est clair qu’il n’y a rien de ouf. En tout cas, rien de bien nouveau.

Cette histoire qui a pris aux tripes le metteur en scène au point d’y consacrer plus de 15 ans de sa vie, est en réalité terriblement banale. Une histoire de cœur, accaparée des centaines de fois par la totalité des arts. Du haut de ses 2h45 et à la manière dont cet amour ouf nous a été vendu, on s’attendait à un récit bien plus poussé, bien plus profond, mais surtout bien plus moderne. Une histoire anodine, donc, que Gilles Lellouche a bien décidé de sublimer, avec une ambition et une envie débordantes. En commençant par son casting, qui est la grande force du film. Chacun des membres de cette distribution cinq étoiles a croisé la route de Gilles Lellouche un jour ou l’autre. Une immense bande de potes soudés, prêts à tout pour soutenir leurs frères de cœur dans ce périlleux projet. Cela se constate tout au long. Avec sérieux et une envie débordante, tous se poussent vers le haut pour donner le meilleur et exploiter les talents de chacun. Une complémentarité qui contribue énormément à la qualité de l’interprétation et à la dynamique du film. Un véritable avantage, surtout qu’ils ne sont pas aidés par les dialogues, bien trop souvent maladroits. Une mention spéciale à Alain Chabat, qui parvient à insuffler une justesse à son personnage, touchant directement au cœur. De son côté, Gilles Lellouche se concentre entièrement sur la mise en scène et il fait preuve d’une grande générosité. Chaque séquence est pensée pour lui apporter la petite touche qui la rendra unique. Cela implique des idées de mises en scène, de cadrages, de transitions… Tout un tas d’idées créatives, transcrites dans un cahier pendant 15 ans, qui apportent au film un rythme soutenu, permettant d’absorber avec facilité ces quasis 3 heures de romance. L’ensemble est accompagné par une sélection musicale omniprésente, qui participe grandement à la dynamique générale.

© L’Amour Ouf

Bien que cela soit bénéfique pour le rythme, cette générosité devient un énorme défaut sur l’aspect narratif. Parce que toutes ces idées ne sont pas inédites. En réalité, Gilles Lellouche a consacré 17 années à recenser toutes les références cinématographiques qui l’ont fait vibrer. L’Amour Ouf contient absolument de tout. Cela s’étend de Scorsese à Luhrmann, en passant par Spielberg. De Mann à Aronofsky, en faisant un détour du côté chez Winding Refn et en prenant soin de ne pas oublier de pomper généreusement les idées qui ont fait le succès de West Side Story, et bien plus encore. Un pêle-mêle de références qui crée de la confusion et élimine toute identité propre au long-métrage. Surtout que la plupart du temps, tout cela n’est qu’une coquille vide, ne racontant rien, provoquant parfois des contre-sens incohérents. À quoi bon mettre en scène un refuge musical dans lequel évolue l’amour de nos protagonistes, si c’est pour les en extraire au plus haut niveau de leur intimité, en utilisant un autre procédé de réalisation ? Pourquoi passons-nous le temps d’un instant en vue subjective, prenant part à une situation qui n’est en rien un bouleversement ? La plupart de ces idées ne sont en fin de compte que des démonstrations techniques qui ne contribuent en rien à l’intérêt du récit. Et le problème va même au-delà de cela. Ces idées excessivement référencées, ajoutées à l’ambiance Old-School voulue par Gilles Lellouche, ont tendance à conduire certaines séquences vers le ridicule. Cette bataille de regards au cœur d’une église entre un Benoît Poelvoorde dominé et un François Civil hégémonique, digne des plus mauvais westerns. Les demi-bonnettes et autres fondus superposés totalement absurdes… Comment les considérer sérieusement ? Malgré tout, dans cette surabondance, certaines tombent juste et parviennent à transmettre toutes leurs émotions. Et sur le plan strictement technique, tous les processus utilisés sont plutôt bien maîtrisés.

Dommage que cela soit si aléatoire, maladroit et disproportionné. Souvent, la simplicité apporte une puissance bien supérieure. Après avoir vu Le Grand Bain, on pensait que Gilles Lellouche avait saisi cela. Mais apparemment non.

EN DEUX MOTS

Gilles Lellouche fait preuve d’une envie et d’une ambition débordantes. Mais cette générosité se manifeste par l’accumulation de références vides et démesurées, ce qui enlève toute identité au long-métrage. Reste un casting dévoué qui porte à bout de bras cette histoire anodine, à la mise en scène gorgée d’artifices.

3

Note : 3 sur 5.


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