CRITIQUE | FILM FESTIVAL DE CANNES

THE SUBSTANCE : un classique instantané 

Critique | Elle est là, la bombe de l’année 2024 : The Substance. Le coup de dynamite devenu bien trop rare dans nos salles obscures. Deuxième film de Coralie Fargeat après son très bon passage éclair nommé ‘Revenge’, la cinéaste française se retrouve à nouveau derrière la caméra pour confirmer l’amour qu’elle porte pour le cinéma de genre.

SYNOPSIS


Elisabeth Sparkle, star d’une émission d’aérobic, se voit licenciée le jour de ses 50 ans par son patron, qui estime son âge incompatible avec la suite de sa carrière. Abattue, elle reçoit une offre surprenante : un laboratoire mystérieux lui propose une substance miracle. S’elle accepte de se l’injecter, cette formule lui promet de devenir la meilleure version d’elle-même, plus jeune, plus belle, plus parfaite grâce à une modification cellulaire de son ADN.

© The Substance

The Substance est un drame d’horreur corporelle franco-britannique-américain écrit et réalisé par Coralie Fargeat et sorti en 2024. Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2024, le film y remporte le Prix du scénario.

NOTRE CRITIQUE

On se demande encore comment The Substance a pu arriver jusqu’aux mains de Thierry Frémaux, et surtout comment il a été sélectionné en compétition officielle à Cannes. Comment un tel film peut-il se retrouver dans un festival comme celui-ci ?

On veut bien que Julia Ducournau ait ouvert une porte avec sa Palme d’or de 2018, mais avec The Substance, cette porte se retrouve explosée au bélier par le talent et le jusqu’au boutisme hilarant de Coralie Fargeat. The Substance est une réussite à tous les niveaux. Le film de genre par excellence qui rejoint automatiquement ses confrères sortis des esprits de grands cinéastes comme Kubrick, Lynch et surtout Cronenberg. Faisant de cet OVNI cinématographique une œuvre instantanément culte, qui fera date dans l’histoire du septième art (notre main à couper que oui). Tout fonctionne de A à Z et chaque parcelle d’idée à sa place et sa cohérence dans ce récit macabre très organique. Curieux d’ailleurs que le second long-métrage de Coralie Fargeat soit simplement interdit aux moins de douze ans, quand Smile 2 est classé interdit aux moins de seize. La violence à l’image est telle qu’il est difficile de garder ses yeux ouverts le temps de quelques passages bien anxiogènes et surtout graphiques. Le long-métrage remplit très largement toutes les cases du film de Body Horror et propose son lot de séquences susceptibles de vous donner des hauts le cœur. La caméra n’a aucune pudeur lors de ces scènes, et par le biais de la mise en scène, montre absolument tout. Mais le travail du son n’arrange pas la chose non plus. Un mixage sonore bien trop important, n’hésitant pas à en faire des caisses pour provoquer le dégoût chez le public. Grâce à cette maîtrise technique impeccable, l’intention de la réalisatrice est claire : elle ne fera pas dans la dentelle.

© The Substance

Elle malmène le temps de deux heures son personnage principal interprété avec courage par Demi Moore. Actrice collant parfaitement au rôle, tellement que l’on pourrait déceler un certain côté méta dans le long-métrage. Une performance d’enragée qui scotche au siège et qui démontre une certaine colère envers le système hollywoodien qui en prend plein la tronche durant l’entièreté du film. Une fable à la Dorian Gray où sont abordés les thématiques du jeunisme mêlé au patriarcat cynique des studios américains. Patriarcat personnifié par le personnage « Over the top » de Dennis Quaid, juste tripant de burlesque. Le tout dans un film qui n’hésite pas à aller le plus loin possible dans son concept. Il s’acharne sans concession pour offrir une apothéose jouissive, que seule l’expérience en salle de cinéma peut réellement sublimer. Vraiment pas ailleurs. La promotion était discrète au sujet des tenants et aboutissant, et c’est bien mieux comme cela. Coralie Fargeat pousse le bouchon bien trop loin pour notre plus grand plaisir et partage sa maîtrise du cadre dans une mise en scène hallucinante. Un seul plan peut cacher plusieurs idées de réalisation, mais surtout d’inspiration. Tellement que l’on se retrouve lessivé à la fin du long-métrage qui nous aura fait exploser de nerfs, de rire et surtout d’euphorie. The Substance est une expérience unique et très importante de par les thématiques abordées. Ce n’est pas tant le prix du scénario à Cannes que le film aurait mérité, mais bien plus. Demi Moore méritait sa petite palme, comme Coralie Fargeat pour sa maîtrise hallucinante.

On aurait aimé découvrir la réaction de Greta Gerwig, présidente du jury, devant cet anti-Barbie, qui bouscule sans ménagement les codes et fait voler en éclats les conventions du genre. Reine Fargeat pond l’un des meilleurs films de l’année. Tout simplement. Quelle joie.

EN DEUX MOTS

La claque de Cannes est enfin sortie. Elle ne fait pas dans la dentelle. Coralie Fargeat fait péter Hollywood et son patriarcat le temps de deux heures de pure folie. Du cinéma de genre osé et bien trop rare proposé à un public averti. Deux heures de Demi Moore, de violence organique, de Body Horror, et de moments anxiogènes qui te laissent lessivé à la fin de ta séance.

4,5

Note : 4.5 sur 5.


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