CRITIQUE | FILM

NOSFERATU : Eggers au sommet de son art

Critique | C’est tout chaud, la dernière grosse attente de 2024 vient enfin d'atterrir dans nos salles obscures. Nosferatu, version Robert Eggers, clôture une année de cinéma riche en diversité. Un long-métrage qui a le devoir d’effrayer un nouveau public, pas spécialement adepte du comte Orlok.

SYNOPSIS


En 1838, dans une petite ville d’Allemagne, un jeune homme est envoyé en mission dans les montagnes reculées de Transylvanie pour conclure un accord avec un mystérieux noble. Ce voyage le plonge dans un univers sombre et étrange, où des forces surnaturelles semblent à l’œuvre.

© Nosferatu

Pendant ce temps, sa femme restée en Allemagne est troublée par des visions inquiétantes et une étrange connexion qui semble transcender la distance. À travers une atmosphère oppressante et un magnétisme inquiétant, les frontières entre le désir, la peur et le surnaturel s’effacent, révélant une lutte silencieuse mais intense contre une présence maléfique qui menace de bouleverser leur existence.

NOTRE CRITIQUE

Nosferatu est un pari réussi haut la main par un Robert Eggers qui était fait pour ce projet. Comme si le long-métrage attendait dans l’ombre depuis des décennies que son papa vienne enfin le mettre en lumière. Un véritable cadeau pour le cinéaste à la patte graphique que l’on distingue à des kilomètres.

Après son premier The Witch, son expérimental The Lighthouse et son essai au « blockbuster de studios » The Northman, il est temps pour le cinéaste américain de réadapter le conte gothique de Nosferatu -dérive du personnage culte Dracula de Bram Stoker. Tout en passant après les adaptations iconiques de F.W. Murnau et Werner Herzog. Une exercice intéressant pour ce jeune cinéaste recherchant encore sa place dans le monde du cinéma populaire. The Northman était très loin de nous déplaire, mais n’avait pourtant pas fait l’unanimité, heureusement, Universal garde la confiance et lui offre avec Nosferatu une liberté créative totale. On peine d’ailleurs à saisir pourquoi le film divise encore.. Le cinéaste est devant une toile vierge qui lui permet de s’amuser et de livrer une vision unique du vampire emblématique. Et il le fait bien. Cette nouvelle version est une magnifiquement réussite, un pur film de fiévreux, bien poisseux, à l’esthétique hypnotisante dans sa manière de servir le récit. La technique a toujours été l’un des points forts du réalisateur, Nosferatu ne déroge pas à la règle et excelle dans sa mise en scène fantomatique, comme dans son image d’une rare noirceur. Le long-métrage ne fait aucune concession dans son style et utilise plein pot son potentiel. Il rentabilise clairement son interdiction aux moins de douze ans : Body Horror, infanticide, scènes de sexe et ambiance macabre.. Ce Nosferatu n’est visiblement pas là pour vendre du muguet.

© Nosferatu

Et même si l’apparence du monstre va sans aucun doute en rebuter certains, il est fort de constater que ses apparitions font toujours mouche. La créature est bien plus qu’un énième freak à ajouter au catalogue du bestiaire Universal. Il se pourrait bien que son côté humain prenne le dessus… pour notre plus grand plaisir. Le comte Orlok est magnifiquement filmé et éclairé. Résultat : des moments de pure terreur où l’ombre de Nosferatu s’impose dans le cadre telle une épidémie dans une vieille ville anglaise boueuse. Le sens du cadrage dont fait preuve Robert Eggers force le respect et nous envahit avec un nombre incalculable de plans marquants. Nous renvoyant automatiquement à cette fameuse réflexion : ce cinéaste est né pour ce projet. Muni d’un casting quatre étoiles, il met surtout en lumière Lily-Rose Depp, véritable révélation étourdissante du film. Malheureusement, on ne peut pas en dire autant du reste de la distribution. Les prestations trop théâtrales de Nicholas Hoult (bien meilleur dans Juré n°2), Willem Dafoe et Aaron Taylor Johnson sonnent toutes fausses. Comme s’ils récitaient un texte et s’imposaient une gestuelle trop générique pour que cela sonne naturel. Mais heureusement que Lily-Rose Depp est là pour chambouler nos tops de fins d’années. La jeune actrice s’empare de la caméra et collectionne les petites prouesses d’interprétation. Son personnage, magnifiquement écrit, redéfinit à lui seul les codes des films de monstres. On y trouve des thématiques diverses : le rapport au corps, le consentement, l’image de la femme, mais surtout l’emprise. Nosferatu surprend donc par la direction scénaristique dans laquelle il s’engouffre, faisant de ce nouveau film de Robert Eggers, un conte funèbre mixé à une tragique histoire d’amour pleine de poésie et riche en symbolismes. Le tout dirigé par la brillante composition de Robin Carolan, et par ce fascinant travail sur le son.

Et malgré ses longueurs et ses nombreuses répétitions, Nosferatu est une magnifique réadaptation, mais surtout réinvention du film de monstre. Il parvient à concilier une ambition grand public avec ce côté film d’auteur propre au réalisateur. Sans nul doute, un excellent thriller d’épouvante qui trouvera son public dans les prochaines années. On s’en souviendra.

EN DEUX MOTS

Nosferatu n’attendait que Robert Eggers pour le faire sortir de l’ombre. Ce conte macabre aussi réussi dans son esthétique que dans son scénario réinvente le monstre emblématique autrefois mis en scène par Murnau et Herzog. Notamment par son époustouflante imagerie qui le rend magnifiquement terrifiant.

4

Note : 4 sur 5.


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