CRITIQUE | FILM

THE BRUTALIST : un puzzle dantesque

Critique | Véritable mastodonte de 3h35, The Brutalist est attendu par tous les passionnés de cinéma comme étant le long-métrage le plus emblématique de ce début d’année. Avec 7 nominations aux Oscars, le troisième film de Brady Corbet est incontestablement un titan dans cette compétition. De quoi éveiller la curiosité, et le constat est un peu amer.

SYNOPSIS



László Tóth, un survivant juif hongrois de l’Holocauste, est séparé de force de son épouse et de sa nièce orpheline après sa déportation au camp de concentration de Buchenwald. Après la guerre, il émigre aux États-Unis. Lorsque son navire atteint le port de New York, il aperçoit la Statue de la Liberté.

© The Brutalist

Architecte formé au Bauhaus, il prend un bus pour Philadelphie, où il séjourne chez son cousin Attila et son épouse catholique, Audrey, le temps de trouver un emploi. Dès son arrivée, Attila lui apprend une nouvelle bouleversante : son épouse Erzsébet et sa nièce Zsófia sont toujours en vie, mais bloquées en Europe en raison de la santé fragile d’Erzsébet.

NOTRE CRITIQUE

On le sait désormais, The Brutalist a obtenu trois statuettes aux Oscars. Bien en deçà des sept dans lesquels il avait été nommé, considéré comme étant le grand favori de cette cérémonie. Un statut qui n’est pas surprenant, puisque c’est dans cette optique que le (très) long-métrage de Brady Corbet était dirigé. C’est précisément là que se situe le problème.

The Brutalist démarre avec un plan-séquence magistral, comme on ne le voit que trop rarement. On y suit le personnage principal, László Toth, avançant avec difficulté dans les entrailles d’un navire à la recherche d’une issue. Il est accompagné par la montée en puissance musicale de Daniel Blumberg, qui mérite totalement sa récompense hollywoodienne. Ensuite, la porte du bateau s’ouvre sur cette statue de la liberté renversée, témoignant de la tourmente que le protagoniste va traverser, se croyant pourtant sorti d’affaire. Brady Corbet dépeint tout le reste de son film en un seul plan et en une seule musique. Du point de vue technique, le long-métrage ne fait pas dans la demi-mesure. Tout est en place pour faire de cette histoire une fresque grandiose, cherchant à déconstruire cette vision de l’Amérique victorieuse de l’après-guerre. Tout d’abord, il y a la narration, avec cette découpe en deux parties. D’un côté, l’Américain Dream donne de l’espoir au prisonnier de guerre hongrois, arrivé sur ces terres de promesses avec tous ses traumatismes. Et puis, d’un autre côté, la descente aux enfers. Le revers de la pièce qu’on lui lance en plein visage pendant un repas auquel il avait été gentiment invité, lui rappelant avec humiliation qu’elle est sa position. Deux axes distincts, bien organisés, avec 15 minutes d’entractes, pour permettre aux spectateurs de reprendre leur souffle et de se préparer pour la suite. Une idée astucieuse qui renoue avec un cinéma oublié, et qui est renforcé par le choix de la prise de vue. En dépoussiérant le procédé VistaVision qui avait fait la renommée d’un certain Alfred Hitchcock, Brady Corbet exploite le 35mm pour nous offrir une étendue d’image plus élevée et plus texturée, afin de sublimer ces plans d’architecture. Une fois de plus, l’objectif est d’apporter un certain prestige à ce film. Cette volonté se manifeste également dans ses gros plans, dans sa photographie et dans ses cadres débullés. Le film regorge d’idées créatives et est porté par un casting exceptionnel qui nous offre des performances impressionnantes.

© The Brutalist

Toutes les conditions étaient réunies pour faire de cette fresque une œuvre incroyable, qui aurait marqué les années et certainement l’histoire du cinéma. Pourtant, cette volonté est bien trop prononcée et finit par lui causer du tort. C’est bien simple, The Brutalist est tout simplement la quintessence du cinéma classique américain. Il faudrait être aveugle pour ne pas percevoir les inspirations de Il était une fois en Amérique, Le Parrain, There Will Be Blood, et même quelques soupçons d’Autant en emporte le vent. Des œuvres légendaires qui servent d’appui à The Brutalist, cherchant à s’inscrire parmi eux avec une volonté si forte qu’elle finit par en devenir irréfléchie et parfois même gratuite. Brady Corbet tente désespérément de se démarquer en brisant les codes, sans forcément avoir d’utilité et de justification. Par exemple, ce choix de générique horizontal qui ne suscite aucun intérêt autre que l’étonnement. Néanmoins, ce qui est le plus frappant, c’est son manque de régularité. Sur le plan technique, notamment, l’utilisation du VistaVision perd de sa valeur au fur et à mesure que le film avance. Dans la seconde partie, l’importance de l’architecture est reléguée au second plan, ce qui met fin à l’intérêt du 35mm et au traitement approfondi de la part artistique du personnage incarné par Adrien Brody. Là encore, le second acte contraste avec le premier. Après l’entracte bienvenu, le traitement des personnages s’accélère, parfois même jusqu’à les expédier. Ce changement de rythme est clairement expliqué par les sujets de cette seconde partie, mais cela crée de la frustration et nous laisse sur notre faim. The Brutalist ressemble à un puzzle immense, où les pièces s’assemblent de manière fine et intelligente pour dessiner les contours. Une fois la base établie, le reste des pièces est désordonné au centre, s’imbriquant les unes aux autres avec force, sans que la pièce voisine corresponde forcément.

Une précipitation qui finit par aboutir à un résultat décousu, appuyé et plein de trous. Ce qui est un peu contrariant lorsqu’il s’agit d’un film qui dure l’équivalent d’une demi-journée de travail. Ne pas parvenir à trouver le temps nécessaire pour développer de manière appropriée ses personnages et ses intrigues sur une si longue durée relève de l’arrogance. Brady Corbet est submergé par sa propre volonté, proposant un film bien trop long pour ce qu’il a réellement à raconter, nous laissant dans une sensation de lassitude désagréable. Trop absorbé par son envie d’intégrer la compétition, il oublie sa propre formule et sa singularité.

EN DEUX MOTS

The Brutalist est une œuvre impressionnante sur le plan technique. Cependant, le film se focalise trop sur son ambition de devenir un classique du 7e art, se noyant dans une fresque inutilement dense qui a du mal à maintenir le cap dans sa construction narrative et ses développements.

3,5

Note : 3.5 sur 5.


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