SYNOPSIS
Après le décès de leur grand-mère, David et Benji, deux cousins américains d’origine juive, entreprennent un voyage en Pologne pour explorer leur histoire familiale et leurs racines. Dès le début, leurs différences de personnalité sont flagrantes : David, introverti et réservé, contraste fortement avec Benji, extraverti, bavard et plein d’humour. Tout au long du film, leur relation oscille entre tensions et complicité.

Au cours de leur périple, ils prennent part à une visite guidée d’un camp de concentration aux côtés d’un couple texan à la retraite, de Marcia, une Californienne récemment divorcée, d’Eloge, un survivant du génocide rwandais converti au judaïsme, ainsi que de leur guide, James.

NOTRE CRITIQUE
Vous connaissez Jesse Eisenberg pour ses rôles marquants : créateur de Facebook, investisseur immobilier malchanceux ou encore faux ami de Superman. Le voici à nouveau derrière la caméra, après son premier film When You Finish Saving the World, et le cinéaste américano-polonais attise forcément notre curiosité.
On peut même dire qu’il impressionne déjà, d’abord par sa maîtrise visuelle et colorimétrique dans A Real Pain. Il instaure un cadre singulier à cette escapade de groupe, où chacun cherche à renouer avec son histoire familiale (pas que d’ailleurs). En plus de manier la caméra, Jesse Eisenberg incarne son propre scénario dans un rôle qui lui ressemble, mais qui prend toute son ampleur grâce à la dynamique créée avec son acolyte à l’écran. Car Kieran Culkin n’a pas volé son Oscar du meilleur second rôle, malgré la performance monumentale de Jeremy Strong en mentor machiavélique de Donald Trump dans The Apprentice. Pour A Real Pain, l’alchimie entre Eisenberg et Culkin saute aux yeux, et on le devine aussi bien devant que derrière la caméra. Car si l’un donne vie au scénario à l’image, l’autre signe un script et des dialogues ciselés. Bref, difficile de faire plus complémentaire. Tout semble fluide, naturel, et ce récit familial résonne avec nos propres expériences et souvenirs. Le film a aussi l’intelligence de traiter la mémoire de la Shoah avec subtilité et spontanéité. Un fil conducteur, effleuré avec pudeur, qui se marie habilement avec une histoire pleine d’humour et de tendresse, où deux cousins tentent, à leur manière, de raviver les souvenirs et de se remémorer.

Tout semblait donc bien parti pour le ce second film de Jesse Eisenberg. Sauf que, A Real Pain a un petit problème de dosage à plusieurs niveaux. Parfois trop bavard, parfois en manque d’élan. Le long-métrage souffre de beaucoup de petits défauts de premiers films. On plane sur un faux rythme constant en enchaînant les séquences sans jamais vraiment trouver sa vitesse de croisière. Les moments émotion ou les moments mémoire reposent presque exclusivement sur Kieran Culkin, dont le talent capte toute l’attention, éclipsant parfois tout le reste. Plus on avance, plus on a l’impression que la concrétisation des intrigues nous échappe. Comme si cette pudeur familiale occupait tout l’espace. Elle est pourtant précieuse pour nourrir l’interaction entre les deux personnages, mais elle finie aussi par créer de la distance avec ce scénario qui souffle le chaud et le froid constamment. Ce manque de rythme est accentué par certains choix moins inspirés, notamment à propos de la musique. Plutôt que de soutenir l’émotion dans A Real Pain, elle frustre encore plus le spectateur à coup de note de piano incessante tout au long du film. Au final, si Jesse Eisenberg ne passe pas à côté de son sujet avec ce nouveau long-métrage, il risque d’avoir du mal à faire l’unanimité et de laisser sur le bas-côté quelques touristes dans cette visite guidée intérieur –la métaphore n’est pas très inspirée..
EN DEUX MOTS
La performance de Kieran Culkin écrase tout sur son passage, reléguant le reste du projet à une impression très moyenne. A Real Pain a ce côté trop pudique pour marquer les esprits, mais l’indulgence est de mise quand on sait que c’est le tout premier long-métrage de Jesse Eisenberg.
3
Abonne toi au site !
Ils en parlent également : Le Polyester, Zone Critique ou Surimpressions

