SYNOPSIS
Pendant les vacances d’été, Sophie, Jean‑Philippe, leur fille Claudine et le petit Raoul s’embarquent pour une virée improvisée en famille en Sardaigne. Au programme : train de nuit, ferry, routes sinueuses et bagages entassés. Claudine se fait reporter en herbe, narratrice de leurs pérégrinations, tentant de retranscrire chaque instant… dès que son petit frère ne vient pas tout déranger..


NOTRE CRITIQUE
Si vous cherchez le meilleur film français de l’année, il est actuellement en salles. Et c’est Sophie Letourneur qui l’a réalisé. Avec son style inimitable et sa façon de voir et de raconter la vie, la cinéaste se construit une filmographie toujours plus intéressante, libre et audacieuse.
Sérieusement. On avait déjà adoré son ton décalé et taquin dans Énorme (2019), où elle bousculait les préjugés autour de la maternité et de la paternité. Puis, on s’était laissé embarquer par Voyage en Italie (2022), un film attendrissant qui ouvrait sa trilogie familiale, et dans lequel elle commençait à déjà déconstruire les contours du couple. Aujourd’hui, avec L’Aventura, elle poursuit son grand chelem : un film aussi parfait qu’imparfait, encore plus pertinent, où elle capte avec une justesse rare le quotidien, l’intime, et ces souvenirs suspendus que l’on partage avec ceux qu’on aime au gré des voyages d’été. Comme dans ses autres projets, elle interroge les stéréotypes du cinéma, ici sur la famille, où le cercle y est à la fois désacralisé et sublimé. C’est fou parce qu’on sort de L’Aventura avec autant envie d’avoir des enfants… que de ne pas en avoir. Ce qui montre à quel point le film est réfléchi, car il soulève les bonnes questions sans jamais chercher à nous influencer. D’un autre côté, Sophie Letourneur désamorce aussi toute narration attendue, grâce à ses jolis allers-retours temporels, guidés par la jeune fille et son magnéto. C’est génial, car cela remodélise la structure narrative de ce genre de films familiaux légèrement poussiéreux.. Mais aussi parce que cela résonne profondément avec notre manière de nous souvenir des voyages : en fragments, en bribes, parfois flous, parfois embellis et toujours liés à l’émotion ressentie.

L’Aventura, c’est l’aventure d’une famille tellement attachiante –oui, on ose encore utiliser ce terme comme si on sortait du placard l’ancien t-shirt Jennyfer de belle maman. Ce qui fait surtout rire, c’est l’écho que ce film trouve chez chaque spectateur. Car presque rien n’est retouché, tout est palpable, du caca d’enfant jusqu’au choix de la pizza finalement décevante. Les dialogues n’en sont pas, ce sont des discussions pleines de spontanéité. L’Aventura réussit une immersion parfaite dans une histoire familiale universelle qui colle presque à tous nos étés. C’est aussi le plus beau film techniquement de Sophie Letourneur, qui, comme pour son dernier long-métrage, choisit une photographie lumineuse. Elle fait vibrer les décors terreux du centre de la Sardaigne, comme le bleu éclatant de la mer qui, a priori, redonne toujours le sourire. Le film n’est évidemment jamais manichéen : il divague, comme nos vacances sans préparation ni plan précis. On peut enchaîner des moments magiques de communion à quatre, et des instants de tristesse, comme cette maman qui craque devant son pot de Nutella. Ça parle de tout : de charge mentale, du lâcher-prise, des hauts et des bas dans un couple, de la place des enfants dans le quotidien.. C’est un petit film, comme un très grand film. L’Aventura est à voir absolument, et en famille, c’est encore mieux.
EN DEUX MOTS
Déjà le meilleur film français de l’année, si ce n’est plus.. Sophie Letourneur a cette capacité rare à désacraliser les choses sans jamais les dévaloriser. C’est à la fois unique, rafraîchissant… et profondément français.
4,5
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