CRITIQUE | FILM FESTIVAL DE CANNES

L’INCONNU DE LA GRANDE ARCHE : c’est du solide !

Critique | Après un passage laborieux dans les prisons corses avec Borgo, le réalisateur Stéphane Demoustier remonte à la capitale pour raconter la naissance d’un monument parisien. Pas forcément le plus beau, mais celui qui a le plus à raconter, apparemment. C'est parti pour le chantier de L’Inconnu de la Grande Arche.

SYNOPSIS

L’architecte danois Johan Otto von Spreckelsen (1929-1987) demeure le grand méconnu derrière la Grande Arche. Lauréat en 1983 du concours international d’architecture initié par le président François Mitterrand, il est chargé de concevoir et de réaliser ce monument emblématique. Au cours du chantier, von Spreckelsen se heurte aux complexités de l’administration française, aux enjeux économiques et aux tensions politiques de l’époque, ainsi qu’aux multiples acteurs impliqués dans cette entreprise d’envergure.

© L’Inconnu de la Grande Arche

L’Inconnu de la Grande Arche est un film français écrit et réalisé par Stéphane Demoustier, sorti en 2025. Adapté du roman La Grande Arche (2016) de Laurence Cossé, le film s’inspire de l’histoire vraie de la construction de l’Arche de la Défense par l’architecte danois Johan Otto von Spreckelsen. L’œuvre est présentée dans la section Un Certain Regard du Festival de Cannes 2025.

NOTRE CRITIQUE

Le nouveau film de Stéphane Demoustier n’est pas passé inaperçu cette année. D’abord remarqué dans la sélection Un Certain Regard du Festival de Cannes 2025 (même s’il repart bredouille), il débarque désormais dans nos salles obscures, bien décidé à se faire une belle place au box-office français. Et franchement, ce ne serait pas volé, tant L’Inconnu de la Grande Arche surprend sur beaucoup des plans (de construction).

On vous l’a surement déjà faite ailleurs, mais tant pis : L’Inconnu de la Grande Arche, c’est un peu notre The Brutalist à la française. Et sans être chauvin, on peut même dire que c’est mieux. Dans ce nouveau long-métrage, Stéphane Demoustier s’attache à dépeindre une époque complexe, où les enjeux politiques s’affichent en plein cœur de la ville, dans des proportions aussi importantes que le projet qu’ils lancent. Sans jamais tomber dans la caricature façon Guignols (avec du Mitterrand par ici, du Juppé par là), L’Inconnu de la Grande Arche captive surtout par la clarté avec laquelle il traduit les tensions d’un tel chantier, et l’impossibilité de le mener à terme sans trahir son premier plan, sa première esquisse. Ici, son personnage principal, Jan Otto Von Sprechen, est un homme de principes, mais jamais réduit à une figure manichéenne par le récit. Architecte passionné, il se frotte à la rigidité des hautes instances, tout en s’enfonçant petit à petit dans une obsession qui le dévore et qui ronge sa vie personnelle. Au point de perdre ses repères dans un milieu hostile, qu’il ne connait finalement pas du tout. Qu’il s’agisse du monde politique ou de ce territoire étranger qu’est la France. Cette pression constante alimente une montée en tension efficace, qui tient le spectateur, même s’il ne s’est jamais vraiment intéressé à l’urbanisme autrement que lorsque son propriétaire lui impute la taxe foncière dans le loyer. Et là où The Brutalist échouait en faisant dans le grandiloquent, L’Inconnu de la Grande Arche fait le choix inverse. Ici, c’est l’œuvre qui dépasse l’homme. La Grande Arche de La Défense écrase toute mesure, et redistribue l’échelle des valeurs.

© L’Inconnu de la Grande Arche

En plus, on a de la chance, il y a Swann Arlaud. C’est tout de suite un gage de qualité dans le cinéma français. Mais dans L’Inconnu De La Grande Arche, il est accompagné d’un casting tout aussi important. L’acteur danois Claes Bang est peut-être « l’inconnu » du casting de ce film, mais il en est la véritable pierre angulaire. Parfaitement épaulé par Sidse Babett Knudsen, qui, elle, n’a plus vraiment besoin d’être présentée pour le coup. On a pu la voir récemment dans 13 jours 13 nuits ou Club Zéro. Enfin, Xavier Dolan refait une apparition dans les salles obscures (toujours un plaisir) et les costumes beiges des années 80 + cigarette au bec, lui vont à ravir. C’est d’ailleurs l’un des autres points forts du film : sa belle reconstitution de l’époque. C’est assez facile quand on dépeint Paris, ville à l’imaginaire riche à travers les décennies, mais ici Stéphane Demoustier réussit à apporter les finitions nécessaires. Avec des costumes, des allures, de la cigarette, des bons choix de décor… Tout nous plonge instantanément dans une immersion très années 80, sans pour autant invoquer une nostalgie un peu fallacieuse. C’est à la fois loin, comme proche de nous. Ce qui rend le projet et le récit encore plus palpables. D’autant que le réalisateur français sait jouer avec les genres, faisant glisser son histoire du biopic au récit historique, jusqu’au tragique. Tout un melting pot parfaitement équilibré, qui manque parfois peut-être d’un peu plus de radicalité dans la réalisation, mais on lui pardonne déjà.

EN DEUX MOTS

Le nouveau film de Stéphane Demoustier ne se contente pas de tenir debout. Il surplombe la ville comme la Grande Arche. Avec une reconstitution presque parfaite et une montée en tension millimétrée au fil des plans de construction, ce nouveau film français a bien mérité son passage sur la croisette. Tout comme ces belles critiques presses, et chiffres prometteurs au box-office.

3,5

Note : 3.5 sur 5.


Abonne toi au site !

Ils en parlent également : Cineverse, Le Monde ou Trois Couleurs

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.