CRITIQUE | FILM

BUGONIA : L’OVNI de 2025

Critique | Yorgos Lanthimos est de retour sur nos écrans avec le remake du film sud-coréen ’Save The Green Planet’, marquant ainsi son troisième film en trois ans. Toujours en compagnie d’Emma Stone, il nous présente cette fois-ci une œuvre plus minimaliste, mais tout aussi bien exécutée.

SYNOPSIS

Teddy Gatz, employé dans un entrepôt pharmaceutique, est persuadé que sa directrice Michelle Fuller est une extraterrestre venue d’Andromède chargée de contrôler l’humanité. Avec l’aide hésitante de son cousin Don, il la kidnappe et la retient dans le sous-sol familial, convaincu que des rituels étranges peuvent neutraliser ses pouvoirs avant une éclipse lunaire qu’il considère comme un moment crucial.

© Bugonia

Alors que Teddy exige une rencontre avec l’« empereur » de Michelle, celle-ci tente de le ramener à la réalité. Mais entre la peur de Don, les certitudes obsessionnelles de Teddy et l’approche de l’éclipse, la frontière entre délire et menace réelle devient de plus en plus floue.

NOTRE CRITIQUE

Bugonia s’impose dans le cinéma 2025 comme un véritable OVNI (voilà, la blague est faite). On y retrouve tout ce qui fait la singularité du cinéma de Yorgos Lánthimos. Son attrait pour l’absurde, la cruauté, ce ton froid et ironique qui met en évidence ce que nos normes sociales imposent de plus violent…

Néanmoins, cette fois-ci, tout est plus calme, plus resserré. À l’écart des détours fantastiques ou des constructions très conceptuelles de ses films précédents. Bugonia paraît plus clair, plus réaliste, et c’est justement cette simplicité qui donne au film une force nouvelle. Yorgos Lánthimos va droit au but, sans perdre en profondeur, comme s’il avait distillé son cinéma pour n’en garder que l’essentiel. Une approche minimaliste qui sert un propos bien plus dense qu’il n’y paraît, ce qui rend la satire plus tranchante. Le réalisateur observe une époque marquée par la paranoïa, la méfiance et la circulation massive d’informations contradictoires. Bugonia fonctionne comme un miroir déformant de cette Amérique inquiète, rongée par le capitalisme, les théories du complot et la perte de confiance envers les institutions, les élites, les entreprises, la technologie et, finalement, envers tout ce qui pourrait ressembler à un cadre commun. Une méfiance globale qui se métamorphose en un mode de fonctionnement, où la peur et l’angoisse servent d’instruments de contrôle. Le tout dans un contexte de crise écologique. Le cinéaste adopte toutefois une position délibérément floue. Il refuse la morale simple. Les deux protagonistes (le duo Emma StoneJesse Plemons, avec une alchimie sensationnelle), sont à la fois manipulateurs, victimes, bourreaux, idiots ou stratèges. Deux êtres détestables qui rendent le récit plus ambigu et parfois plus dérangeant : comment juger un face-à-face où aucun point de vue n’est fiable ?

© Bugonia

Yorgos Lánthimos dépeint une époque qui produit bien plus de récits concurrents qui s’annulent que de certitudes. Une confusion constante où chacun prétend détenir la solution au chaos. Cela se reflète dans sa mise en scène, toujours pensée pour soutenir son propos. Le film multiplie les genres avec une souplesse remarquable : comédie noire, thriller psychologique, burlesque absurde, drame claustrophobe. Une variété qui donne beaucoup d’énergie à l’histoire, même si certains passages s’étirent un peu trop. Il est évident que le cinéaste grec aime laisser les malaises s’installer, mais parfois cela ralentit davantage que nécessaire. Cela se manifeste également dans le traitement des personnages secondaires. Leur absence de consistance participe au sentiment d’enfermement, mais limite parfois l’ampleur émotionnelle du récit. En revanche, en ce qui concerne la mise en scène, Bugonia est absolument remarquable. Sublime et toujours au service de son histoire. Comme ces grands angles, utilisés dans un format étroit, qui maintiennent une tension claustrophobique constante. Ou cette caméra, brute et voyeuriste, qui se glisse dans les espaces clos comme une intrusion non désirée. Les constructions de cadre offrent des plans picturaux grandioses. Les décors et les costumes, parfaitement en accord avec le sujet, contribuent à cette esthétique glacée qui oscille entre le réalisme et l’artificialité. Quant à la musique, dissonante et brutale, elle jaillit toujours de nulle part, comme une présence extérieure venue d’ailleurs.

Bugonia se démarque par sa capacité à aborder des sujets très vastes sans jamais se perdre dans la démonstration. Ce n’est pourtant pas la principale qualité de son metteur en scène. Yorgos Lánthimos permet aux idées de circuler naturellement à travers ses personnages, leurs obsessions, leurs failles… C’est ce qui rend Bugonia remarquable dans la filmographie du réalisateur et qui restera, sans aucun doute, l’une de ses œuvres majeures.

EN DEUX MOTS

Bugonia condense tout ce que le cinéaste fait de mieux dans un film plus simple, plus réaliste mais incroyablement riche. Les thèmes foisonnent, sans jamais être figés, grâce à un positionnement volontairement flou. C’est magnifique, parfaitement maîtrisé, soutenu par une mise en scène fascinante et un duo Stone-Plemons impeccable.

4

Note : 4 sur 5.


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