SYNOPSIS
Dans la France de l’après-guerre, en pleine reconstruction,Jan Bojarski, jeune ingénieur polonais réfugié à Paris, peine à trouver sa place.Privé d’existence administrative, bridé dans ses ambitions et relégué à des emplois sans avenir, il nourrit en silence une frustration profonde. Lorsqu’un malfrat remarque son sens obsessionnel de la précision, Jan franchit une ligne invisible. Derrière l’apparence tranquille d’un père de famille installé en banlieue, il mène bientôt une double vie.

Seul, dans un atelier dissimulé, il repousse les limites de la contrefaçon, transformant une activité illégale en quête quasi artistique. Ses faux billets, d’une perfection inédite, commencent à circuler et attirent l’attention des autorités. À l’autre bout de la chaîne, le commissaire Mattei, figure respectée de la police judiciaire, se lance dans une enquête longue et patiente.

NOTRE CRITIQUE
Le cinéaste français Jean-Paul Salomé a toujours aimé les dissidents du quotidien. Après Les Braqueuses (1994), Arsène Lupin (2004), ou La Syndicaliste il y a quatre ans, son cinéma s’intéresse aux personnages qui défient en quelque sorte l’ordre établi. Aujourd’hui, il remonte le temps pour se pencher sur une affaire de fausse monnaie qui a secoué la France. L’Affaire Bojarski, une affaire de billets qui tient ses promesses ?
Sur le papier (lol), L’Affaire Bojarski donne envie. Le portrait d’un immigré insoumis qui, faute de reconnaissance et d’acceptation, décide de se fabriquer lui-même à coups de débrouille. Un angle vraiment intéressant, qui ouvre des parallèles évidents avec la situation française actuelle. La mise sur le bas-côté d’une partie de la population que l’État ne considère comme « pas assez française » par exemple. Et le film expose les conséquences, les retombées financières et sociales de ce rejet. Un immigré polonais qui se laisse petit à petit entraîner, non pas pour le goût du crime, mais par manque de reconnaissance et par le regard que la France pose sur lui. Comme on le lui dit si bien : en France, tu n’existes pas. Le film met l’accent (référence à l’immigré, lol) sur ce rejet tout du long, créant une distance immédiate entre le protagoniste et son environnement. Un environnement bien français des années 50 du coup. Un panorama d’autant plus lourd de sens quand on voit à quel point l’extrême droite d’aujourd’hui fantasme encore cette période de l’histoire. Tout était donc là pour faire de L’Affaire Bojarski un long-métrage modèle, intelligent et moderne. Et pourtant, le film ne décolle pas et se contente de tourner en rond autour de ce personnage qui imprime, imprime, imprimme.. Parfois pour son petit kiffe, parfois pour narguer le système. Mais ça n’est jamais incarné dans la chair de l’homme.

C’est comme si Jean-Paul Salomé ne voulait pas en faire trop. Il dose chaque dimension, comme son personnage qui dépense son argent d’une ville à l’autre sans jamais faire d’excès. Alors que c’est précisément ce que l’on attendait du sujet.. De l’excès pour contraster avec l’injustice point de départ du récit. On attendait une sorte de Breaking Bad des années 50, où le Polonais modèle met ses talents au service d’une activité amorale et entraîne toute sa famille dans la spirale. Mais non, Jean-Paul Salomé respecte un peu trop Bojarski. Ce qui se comprend vis-à-vis de l’homme, et prouve aussi les limites du film biopic. Le fait que l’histoire soit vraie la condamne en partie à rester sage (et par ricochet, ennuyeuse). D’autant que la promesse de jeu du chat et de la souris avec le commissaire est rapidement expédiée. Le jeu de piste policier frôle le ridicule et rappelle surtout le cinéma de grand-père, ou le téléfilm de maman. Incohérence sur absurdité dans une traque au ralenti, où le faussaire a tout le temps de se prélasser et d’écouler ses billets sans jamais connaître un petit moment de tension ou de doute. On aurait pu alors se reposer sur un casting capable de faire vivre cette aventure de billets verts à plein poumon. Mais c’était sans compter sur quelques acteurs englués dans leur propre flegmme. Reda Kateb, lui, tient la baraque avec une interprétation minimaliste, mais totalement efficace. Pendant que Bastien Bouillon et Sara Giraudeau font du Bastien Bouillon et du Sara Giraudeau. Au final, on sort de la salle avec une belle histoire de France à raconter au déjeuner en famille, mais pas avec une recommandation de cinéma à partager.
EN DEUX MOTS
Une idée de départ prometteuse, puis plus grand-chose. Pas de suspense, pas de tension. Le cinéma de papy dans l’âme, pour un casting qui ronronne pendant presque deux heures. Pendant ce temps, La traque du faussaire avance au rythme d’une Peugeot 203.
2,5
Abonne toi au site !
Ils en parlent également : Cinéverse, Cinemaxx ou Le Journal Tack

