SYNOPSIS
Hamnet est l’adaptation du roman de Maggie O’Farrell, librement inspiré de la mystérieuse vie de William Shakespeare et de son épouse Anne, ici renommée Agnès.. Le long métrage prend place en Angleterre au milieu du XIXème siècle, et choisit d’emblée les pas d’Agnès Hathaway, figure profondément liée à la nature, qu’on retrouve plus souvent en forêt qu’autre part. Elle fait la rencontre d’un prof de latin, William, sans fortune. Ensemble, ils poursuivent leur chemin jusqu’à créer une famille de 3 enfants. Tandis que Will s’éloigne à Londres pour débuter sa carrière de dramaturge, Agnès reste auprès de ses enfants, ancrée dans l’attente.


NOTRE CRITIQUE
Dès son entrée dans le récit, on comprend très rapidement que Chloé Zhao ne se contentera pas de suivre chapitre après chapitre le roman d’O’Farrell, elle choisit son point de vue : celui d’Agnès Hathaway. Pour le spectateur qui arrive en salles sans lecture du synopsis, ni bagage littéraire, porté par sa simple curiosité, il est emporté délicatement dans un drame familial aux notes silencieuses, et feutrées.
Très vite, les tons intimistes et naturalistes se font ressentir, et c’est ceux qui collent le mieux au personnage d’Agnès, figure instinctive et libre, qu’on retrouve plus souvent en forêt, qu’entre quatre murs. La forêt, omniprésente, devient un personnage à part entière : un pilier de la vie, mais aussi du deuil, thématique centrale du long-métrage (probablement bientôt oscarisé, nous le voulons). Un deuil aux multiples couches émotionnelles, celui du cocon, de la vie, du temps qui passe, de la solitude mais aussi de la perte.. Bien que l’union entre Agnès et William puisse nous sembler un peu rapide, ce n’est pas le récit que Chloé Zhao cherche à nous livrer. Son but est ailleurs : nous rapprocher des personnages, presque nous donner la possibilité de les habiter, d’en ressentir la sensibilité et de comprendre leur souffrance. Les enfants prennent eux aussi part au récit, et comme le titre l’indique, Hamnet, est avant tout le prénom de leur fils, véritable cœur du film. Au-delà de cette incarnation intimiste dans le quotidien de cette petite famille paisible sur ses premières notes, et brutalement dévastée dans une seconde, Chloé Zhao s’allie au compositeur Max Ritcher pour en façonner le vernis émotionnel de l’œuvre. Une bande originale, délicate mais poignante, qui reprend l’universel On the nature of daylight, venant accompagner et frapper progressivement le visionnage. Un thème placé au cœur de l’apogée de l’histoire, dans un crescendo de sens, de larmes et de solidarité sur les dernières minutes du film.

Agnès est le pilier de cette famille. Dotée d’un instinct presque indicible, elle entretient une connexion organique à la forêt, territoire-refuge et prolongement d’elle-même. Elle porte l’instinct familial, celle qui comprend avant même que les mots ne surgissent. C’est la matrice du récit, elle rencontre William à la lisière des bois, elle accouche en forêt, elle soigne grâce à son aide. Mais lorsque la connexion se brise, plus rien n’est anticipable. Comme si l’on vous retirait une partie de vous-même, comme si on vous retirait votre rêve. William se nourrit des mots, Agnès de la forêt. Une forêt, bien que sublime, possède ses failles, ses incertitudes, ce que l’instinct ne peut anticiper ni prévoir. Car si l’on peut créer, donner la vie, offrir plus que ce qui semblait promis, rien ne garantit que la nature ne décidera pas, un jour, de reprendre ce qu’elle a donné. L’éphémère devient une source d’énergie, de vie, de bonheur, mais limitée. Hamnet s’impose comme un projet éminent, qui place en son centre un casting maîtrisé et juste. Paul Mescal, le « sad boy » que l’on ne présente plus, livre une performance intérieurement ravagée par la perte, sans jamais verser dans l’artifice. À ses côtés, Jessie Buckley, centrale, entière, n’a plus rien à prouver. Elle incarne une Agnès dédoublée, qui alterne entre sa rationalité et sa spiritualité, une présence terrestre et une élévation instinctive : la statuette lui est offerte, sans le moindre scrupule. Et comment ne pas saluer Jacobi Jupe, bouleversant de justesse, qui fait de Hamnet un cœur fragile et inoubliable.
Mélodrame ? Oui dans la mesure où il est difficile de ne pas céder à l’amas de larmes tant la souffrance est incarnée et mise en images. Une souffrance collective, visible, intergénérationnelle. Une douleur que l’on anticipe, qui se transforme en tragédie dès les premières notes de Hamlet. Les mots manquent alors, tant l’œuvre semble frôler une forme de perfection.
EN DEUX MOTS
Chef-d’œuvre, quand tu nous tiens ! Chloé Zhao signe sans doute son projet le plus abouti à ce jour, dirigeant son casting avec une précision magistrale tout en nous plongeant dans l’intimité des Shakespeare. Un drame familial à la fois tragique et dévastateur, dont on ne sort pas indemne.
4,5
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