SYNOPSIS
Dans l’Irak des années 1990, frappé par de sévères sanctions internationales, Lamia, neuf ans, est tirée au sort dans sa classe de CE2 pour préparer un gâteau d’anniversaire pour le président Saddam Hussein. Privée des moyens d’acheter les ingrédients (farine, sucre, œufs, levure) elle doit faire preuve d’ingéniosité. Avec sa grand-mère, dans leur village des marais de l’Euphrate, Lamia se rend en ville où elle retrouve son ami Saïd, mais se sépare de sa grand-mère.. Pendant ce temps, Lamia et Saïd affrontent plusieurs obstacles pour réunir les ingrédients du gâteau..


NOTRE CRITIQUE
C’était la bonne surprise à ne pas manquer sur la Croisette en mai 2025, et ça reste vrai en février 2026 si vous ne l’avez pas encore vu. Le Gâteau du Président est le tout premier long-métrage du réalisateur irakien Hasan Hadi, et il a bien mérité les deux récompenses décrochées au Festival de Cannes : Prix du Public et Caméra D’or. Une ballade enfantine et une plongée dans l’Irak des années 90 au programme..
En fait, le film repose déjà sur un postulat de départ extraordinaire. Des gosses qui doivent, au nom de l’anniversaire de leur beau dirigeant, préparer un gâteau. C’est presque anodin dit comme ça (si on évacue la dimension politique de l’acte), mais pour Lamia, ça devient finalement un vrai parcours du combattant. Pourquoi ? Parce que dans un pays ravagé, réduit en ruines par les sanctions internationales, faire un gâteau c’est comme gravir l’Everest (en gros, il faut être riche comme Inoxtag). Pourtant, ce n’est pas un choix, c’est de la survie. C’est là où Le Gâteau du Président frappe par la violence de ses contrastes. Quand Lamia doit préparer un gâteau pour littéralement éviter d’être fusillée sur la place publique, nous, Occidentaux bien tranquilles, préparons les nôtres pour égayer un joli dimanche après-midi. L’antithèse est glaciale, terriblement efficace, et Hasan Hadi ne cesse d’appuyer sur ça pour dépeindre un pays en état de mort clinique. Comme certains de ses prédécesseurs, Le Gâteau du Président montre une vie qui continue, là où nos imaginaires, nourris par les chaînes d’information en continu, ne voient plus que du chaos. Pourtant, dans cet Irak des années 90, et même au cœur des combats, ces jeunes filles vont encore à l’école, ces grands-mères préparent toujours le dîner. Tout ne peut pas s’arrêter, et c’est précisément ce qui rend les conditions d’existence précaires. Mais ce qui rend le film encore plus fort, c’est que Hasan Hadi refuse le pathos « facile ». Il prend un virage étonnant, où l’on vagabonde dans les rues d’une petite ville et les marais du sud du pays, aux côtés d’un duo d’enfants d’une semi-innocence assez désarmante.

L’insouciance des enfants, posée sur un décor de guerre, et cette hyper-attention sur une mission culinaire. C’est encore un contraste qui marque. Lamia et Saeed n’évoquent presque jamais frontalement la guerre. Elle est là depuis longtemps, intégrée au paysage, mais si ancrée dans le quotidien qu’elle ne mérite même plus d’être commentée. En revanche, toute l’attention est portée sur un objectif : préparer un gâteau. Normal, car dans un environnement livré au chaos, chaque renoncement devient une question de vie ou de mort. Mais pour autant, le réalisateur n’oublie jamais qu’ils sont enfants. Du coup, Le Gâteau du Président est fourré à l’humour, plein de spontanéité et de naïveté. On rigole malgré tout, et ce walk-movie à hauteur de cartable devient réconfortant, à la surprise générale. Même si Hasan Hadi n’oublie jamais de rappeler, par petites touches, la réalité d’un pays dévasté et les vices qui y traînent. C’est donc à travers ce scénario ludique que le film nous happe en quelques minutes, porté aussi par deux jeunes acteurs d’une justesse imparable. Et c’est marrant, car le film sort au même moment que Hamnet, où là aussi la performance d’un jeune garçon est saluée par la critique. Encore une histoire de contrastes, quand on voit à quel point les deux propositions sont différentes. Là où le jeune acteur américain force le trait jusqu’à la petite caricature hollywoodienne, Baneen Ahmad Nayyef (qui incarne Lamia dans Le Gâteau du Président) garde son naturel et sa simplicité. Et dieu merci.
Enfin, Le Gâteau du Président n’a pas non plus volé sa Caméra d’Or. Quand d’habitude, les premiers films se démarquent par leur aspect brouillon, disruptif ou leur volonté de casser les codes, celui-ci adopte au contraire une approche très académique.. Mais dans le bon sens du terme. Il ne cherche jamais à se faire remarquer par des effets de mise en scène inutiles, car Hasan Hadi préfère s’effacer pour filmer ses deux enfants avec une simplicité et une efficacité indispensables à ce genre de projet.
EN DEUX MOTS
Un grand petit film. Le Gâteau du Président n’a pas volé sa Caméra d’or et nous embarque dans une excursion à hauteur d’enfant, où la symbolique n’a même pas tant besoin d’intervenir, tant ce que le réalisateur capte est criant de mélancolie.
3,5
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