CRITIQUE | FILM FESTIVAL DE CANNES

BAISE-EN-VILLE : la relève est assurée

Critique | Après un premier long-métrage en 2022, Grand Paris, qui avait déjà rencontré son petit succès dans la capitale et ailleurs, le réalisateur originaire de Chelles, Martin Jauvat, signe son retour. Et pas qu’un peu. Avec Baise-En-Ville, il est présent au Festival de Cannes dans le cadre de la Semaine de la Critique.

SYNOPSIS

Menacé par sa mère d’être expulsé du pavillon familial s’il ne se bouge pas enfin, Sprite se retrouve pris dans un cercle vicieux : il lui faut le permis pour décrocher un boulot, mais un boulot pour payer le permis. Coup de bol : Marie-Charlotte, sa monitrice d’auto-école, est prête à se plier en quatre pour lui donner un coup de main, quitte à lui prêter son baise-en-ville. Reste une question essentielle : au juste… c’est quoi, un baise-en-ville ?

© Baise-en-ville

NOTRE CRITIQUE

Qu’il est bon de voir de jeunes et nouveaux talents dans le paysage cinématographique français, notamment dans le domaine de la comédie décalée, avec une envie de raconter des histoires qui méritent d’être entendues. Martin Jauvat, 26 ans, est un porteur d’espoir dans un monde où les nepo babies prennent de plus en plus de place et déboulent en bande organisée sans prévenir dans les salles obscures. Dans son cinéma, on perçoit déjà une vraie patte artistique, à la croisée du punk et d’une tendresse absolue, qui frappe pour résonner dans l’esprit du spectateur. Avec Baise-en-ville, on sent que Martin Jauvat maîtrise son sujet de fond en comble. Il arrive à alterner, avec un naturel rare, des séquences comiques lunaires, presque suspendues, et la dimension profondément attachante de personnages qui gardent la tête dans les étoiles. Ce décalage constant est un pur plaisir, surtout dans la relation qui unit le duo central : Corentin (surnommé Sprite), interprété par le réalisateur lui-même, et l’irrésistible Marie-Charlotte, monitrice d’auto-école impitoyable et rafraichissante. Cette dernière est incarnée avec brio par une Emmanuelle Bercot surprenante dans un long-métrage qui semble être un objet filmique non identifié dans l’immensité de sa filmographie.

© Baise-en-ville

Avec seulement un long-métrage à son actif, Martin Jauvat s’entoure de têtes d’affiche de premier plan. Le casting est très varié : Michel Hazanavicius (le père des OSS 117 avec Jean Dujardin et de The Artist), Géraldine Pailhas, William Lebghil, mais aussi le tordant Sébastien Chassagne, dans un rôle qui semble taillé sur mesure. Tous forment un fabuleux cocktail tout droit sorti de la plume loufoque de Martin Jauvat, qui enchaîne comiques de situation et burlesque avec finesse, sans jamais délaisser son but principal : dresser le portrait d’une jeunesse incomprise. On peut facilement y déceler une belle touche de nostalgie de la part du jeune cinéaste, en dénonçant également une fracture avec une génération plus ancienne, qui a pour défaut de ne pas assez prêter l’oreille. Pression sociale, injonctions familiales et sentiment de décalage permanent sont dépeints avec une justesse dans son nouveau long-métrage que l’on vous conseille de ne pas rater.

EN DEUX MOTS

Le nouveau film de l’espoir de la comédie française : Martin Jauvat. Un joli petit ovni cinématographique, capable d’allier un humour loufoque à des thématiques finement développées. Un sujet maîtrisé, porté par des personnages attachants et mémorables.

3,5

Note : 3.5 sur 5.


Abonne toi au site !

Ils en parlent également : Cinéverse, Le Monde ou Asso L’Ecran

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.