SYNOPSIS
Le film se déroule dans le nord du Chili, en 1982. Il suit Lidia, une petite fille qui grandit dans le cabaret tenu par sa famille choisie de travestis, au cœur d’un village minier. La communauté qui l’élève voit apparaître et se propager une maladie encore inconnue dans le pays, à une époque où l’on ne parle pas encore du sida. Cette menace frappe de plein fouet leur quotidien, et touche particulièrement sa mère adoptive, une travestie prénommée Flamenco.

Le Mystérieux Regard du flamant rose (La misteriosa mirada del flamenco) est un drame belgo-franco-germano-hispano-chilien réalisé par Diego Céspedes, sorti en 2025. Le film a été récompensé par le Prix Un Certain Regard au Festival de Cannes 2025.

NOTRE CRITIQUE
La sélection officielle cannoise regorge de bien belles catégories. Entre la Quinzaine des Cinéastes, qui met en lumière les talents émergents, la Semaine de la Critique, les films en et hors compétition, les séances de minuit, et, bien sûr, celle qui reste la plus stimulante de toutes : la catégorie « Un Certain Regard ».
Une section qui avait couronné en 2024 l’un des meilleurs films de l’année, Black Dog, et qui, en 2025, récompense un film chilien énigmatique au pitch excitant. Le Mystérieux Regard du flamant rose. Premier long-métrage du jeune réalisateur Diego Céspedes qui s’inscrit dans la continuité d’un parcours déjà remarqué. En 2022, le cinéaste faisait ses débuts à la Semaine de la Critique avec son court-métrage Les Créatures qui fondent au soleil, où il affleurait déjà le fantastique. Ici, c’est un habile mélange des genres traversé par de puissants enjeux liés à la communauté queer. Avec ce premier long-métrage particulièrement réussi, il confirme sa position en plantant un décor évoquant les meilleures heures du western, qu’il confronte à la trajectoire d’un groupe de travestis vivant en communauté, soudainement frappé par une étrange maladie qui se transmet par un simple regard. Une idée habile et forcément très symbolique, quand on se souvient que le film concourt dans la catégorie Un Certain Regard.

Tout comme Julia Ducournau en compétition officielle, Diego Céspedes fait de son film une métaphore à peine cachée du sida et de la diabolisation qui a frappé la communauté LGBT depuis les années 1980. Il s’attaque à la désinformation, aux regards homophobes des masculinistes, et il s’en donne à cœur joie lorsqu’il s’agit de dénoncer cette peur viriliste, qui est dirigée vers des communautés voisines que certains préfèrent fantasmer plutôt que connaître. Des communautés peuplées de figures extravagantes, complexes et profondément humaines. Le groupe qu’il met en scène dégage une alchimie qui fonctionne, du début à la fin. Une forme de magie plane autour du visage de la jeune Lidia, interprétée avec justesse par Tamara Cortes, capable d’arracher quelques larmes très facilement. L’ensemble manque parfois de subtilité (les défauts d’un premier film), mais le cinéaste fait aussi preuve de beaucoup de poésie dans la manière de mettre ses personnages en avant. Un regard nouveau, moderne, qui joue avec ses multiples inspirations et qui a le mérite de faire son petit effet. On sent que Diego Cespedes s’attaque avec son cœur aux clichés, et c’est ce qui en fait une œuvre indéniablement personnelle. Une très belle surprise.
EN DEUX MOTS
D’une beauté flamboyante et d’une indéniable poésie, le premier long-métrage de Diego Cespedes est une œuvre importante et personnelle mêlant western, fantastique et thématiques sociétales actuelles. Le genre de regard qui vaut le coup d’œil.
3,5
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