CRITIQUE | FILM

HURLEVENT : récit romantico-gothique à la Fennell

Critique | Après le discutable Saltburn, Emerald Fennell décide d’adapter une énième fois l'œuvre de Brontë selon ses propres désirs, à la sauce moderne. L’amoureuse du rouge réussira-t-elle à relever le défi ? Les critiques ne sont pas de cet avis, mais nous, peut-être..

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SYNOPSIS

Adapté de l’unique roman d’Emily Brontë, aujourd’hui considéré comme un monument de la littérature anglaise, le film retrace le destin tourmenté de la famille Earnshaw, bouleversé par l’arrivée d’un enfant adopté : Heathcliff. Dans cette relecture moderne proposée par Emerald Fennell, la passion entre Heathcliff et Catherine devient le cœur du récit.

© Hurlevent

NOTRE CRITIQUE

Hurlevent réussit avec brio sa campagne marketing, notamment grâce à un méthod dressing parfaitement maîtrisée. A chaque apparition presse, l’iconique Margot Robbie se glisse dans l’esthétique de Catherine Earnshaw arborant des robes corsetées et drapées, tour à tour baroques ou gothiques. Pourtant, cette esthétisation visuelle n’est pas suffisante pour les critiques, déjà teintées de reproches avant même que le film ne soit projeté.

Un problème récurrent qui touche à de nombreuses adaptations, et qui attaque directement le choix des interprètes et du casting (Catherine Earnshaw, brune dans le roman de Brontë apparaissant blonde, tandis que Heathcliff interprété comme un personnage racisé et marginalisé dans le roman est incarné par Jacob Elordi).  Pour cette quinzième adaptation des Hauts de Hurlevent, la réalisatrice britannique Emerald Fennell promet de ‘moderniser’ l’écrit dans une version très libre, en faisant de son centre tout ce qu’Emily Brontë aurait pu penser et non écrire à son époque : un lien charnel entre Catherine Earnshaw et Heathcliff, tout en délaissant la dureté sociale et politique du XVIIIème siècle. La cinéaste privilégie une approche sensorielle et fantasmatique, façonnant un univers gothico-romancé qui relève davantage du mythe que du miroir d’une société dure et contraignante. Reprocher au film un manque de fidélité apparaît donc dépourvu de sens puisqu’elle a toujours assumé son prisme. Le marketing conçu autour assume aussi cette position, puisqu’il l’inscrit comme le nouveau Roméo et Juliette, dont il reprend l’idée d’une passion absolue. Oui, cette version de Hurlevent est une histoire d’amour et de haine plus qu’une histoire de violence sociale. Oui, le prisme emprunté est assez réducteur, mais cohérent avec son ambition esthétique. Emerald Fennell tire de ses références des codes contemporains, mais aussi une stylisation pop et mélancolique comme Marie-Antoinette de Sofia Coppola ou encore Roméo et Juliette de Baz Luhrmann.

© Hurlevent

Du côté des anachronismes, le film ne cherche jamais à s’en excuser, fidèle à la promesse de modernité de Fennell. Cette modernité est musclée par la bande-son pop et sexy de Charli XCX qui n’est jamais débordante, et se marie avec l’esthétisme général du récit romantico-gothique. La photographie constitue l’un des points-forts de cette adaptation, signée Linus Sandgren, reconnu pour sa capacité à traduire les émotions par la stylisation des couleurs, notamment pour Lalaland, Saltburn et bientôt Dune 3. Pour Hurlevent, Linus constitue un langage visuel dominé par le rouge, le blanc et le noir déclinés à travers le ciel, les costumes et les accessoires. Ce triptyque chromatique devient alors un langage symbolique puisque le blanc évoque la pureté et l’illusion romantique, le rouge la passion, l’interdit et la violence interne, tandis que le noir suggère l’enfermement de Catherine. L’esthétique du film ne serait ce qu’elle est sans le travail de Jacqueline Durran, costumière du projet, dont les créations n’hésitent pas à participer à la construction du personnage de Catherine. Perles, rubans, chaînes, corsets, strass composent le vestiaire filmique à la croisée des influences gothiques, victoriennes et bohèmes. Le costume n’habille plus seulement le personnage de Catherine, il met en scène, la transforme et en glamourise aussi le propos en la tournant vers une figure tragique.

© Hurlevent

La romance ici glisse vers un érotisme finalement assez sage, n’en croyez rien à la comparaison avec 50 nuances de Grey et le genre de la dark-romance. Là où l’on attendait une tension électrique, le film peine à faire naître un véritable magnétisme entre Jacob Elordi et Margot Robbie. Sur le papier, ils incarnent parfaitement l’esthétique rêvée par Emerald Fennell. A l’écran, cependant, leur duo laisse une impression de gêne et d’artificialité (même en version originale). Jacob Elordi passe son temps à montrer ses dents et sourire comme un benêt, Margot Robbie essaye tant bien que mal à nous décrocher des larmes, mais ça ne déclenche même pas un semblant de frisson. Même les gestes les plus explicitement sensuels n’en feront rien. La cerise sur le gâteau est une symbolique qui atteint ses limites, lorsque la pâte à pain devient une métaphore charnelle tiktokisé, mais à contrario d’autres plans marquants par leur proposition évoquent un imaginaire mélo 100% issu d’Autant en emporte le vent. Un contraste qui résume le film : une volonté d’ampleur romantique qui frôle parfois la surcharge. Qui dit trop-plein dit débordement : cette narration libre à une mauvaise tendance à glamouriser une toxicité centrale, basée sur la vengeance, la domination et possession, en une simple tragédie érotique.  

Si la finalité du film n’est pas convaincante, nous ne sommes pas passés à côté de la séquence d’introduction portée par le duo d’Owen Cooper et Charlotte Mellington qui est très incarné.  En s’accordant avec la promesse émise par Emerald Fennell, ni même sa recette codifiée et réductrice des Hauts de Hurlevent ne suffiront à cocher les cases d’un récit qui tient sur ses deux roues.

EN DEUX MOTS

Dans ce récit passionnel et résolument moderne, la cinéaste réussit sa toile de fondkitsch assumée, à la croisée entre Coppola et Luhrmann, mais selon ses propres codes (gothique et victorien). Le parti pris romancé peine à dépasser l’étiquette d’un érotisme fantasmé. En privilégiant la stylisation au détriment de la tension, le film se perd dans un pseudo-Bridgerton esthétisé.

2,5

Note : 2.5 sur 5.


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