CRITIQUE | FILM

ALTER EGO : rires multipliés par deux

Critique | Après un passage réussi chez Canal+, pendant les grandes heures de la chaine tv où leur humour faisait déjà mouche, Nicolas Charlet et Bruno Lavaine signent ici leur troisième long-métrage en commun. Un vrai brin de nostalgie nous traverse devant cette comédie hilarante, qui pourrait bien marquer l’année 2026..

SYNOPSIS

Alex Floutard découvre que son nouveau voisin est son parfait sosie. Mais Axel Chambon semble être une version améliorée de lui-même : plus drôle et sans calvitie. Alter ego est un film français réalisé par Nicolas et Bruno, sorti en 2026. Le film est présenté en avant-première au Festival international du film de comédie de l’Alpe d’Huez et est également projeté au Festival international du film fantastique de Gérardmer 2026.

© Alter Ego

NOTRE CRITIQUE

Hop là.. la comédie de l’année (et pas seulement française) arrive enfin dans nos salles. Sans crier gare, venue de nulle part, avec son affiche fond bleu dégueulasse et son Laurent Lafitte sous calvitie. Oui, ce joyeux mélange d’idées bancales donne naissance à un fabuleux moment d’humour, accessible, irrésistible et franchement plus intelligent qu’il n’en a l’air.

Parce que, caché derrière ce petit concept de paranoïa de la crise de la quarantaine, il y a aussi tout un ensemble de thèmes finement exploités par Nicolas Charlet et Bruno Lavaine. Dans l’écriture, on ressent l’ancienne patte Canal+. C’est piquant, grinçant, malin et rythmé. Et Alter Ego déploie son concept sans trop tourner en rond, préférant avancer par paliers, en montée de tension pour maintenir l’intérêt du spectateur. À l’ordre du jour : crise de la quarantaine, évidemment, mais aussi la perte d’estime de soi, la jalousie, les complexes d’infériorité ou encore l’aliénation sociale et professionnelle. Le tout à travers un prisme très masculin qui vient déconstruire, brique par brique, certains stéréotypes masculinistes que l’on voit planer depuis quelques années. Le train-train du quotidien est heurté par tous ces maux, incarnés par la présence d’un être « meilleur », qui ne vous veut pourtant même pas de mal. Et c’est là que Alter Ego prend tout son sens : Alexandre se monte la tête tout seul. Son voisin, Axel, fait tout pour que la cohabitation se passe bien, et pourtant Alexandre devient paranoïaque au point de s’en rendre malade. Tout cela pourrait presque constituer un film d’horreur bien chargé, et pourtant, les cinéastes choisissent l’humour, et pas qu’un peu. Cela donne alors une couleur poisseuse au film, où le spectateur rit à chaque séquence de malaise, sans pour autant se moquer frontalement du personnage. On finit même par éprouver une certaine empathie pour ce maladif chronique. C’est vrai que la calvitie y est pour quelque chose, le seul élément qui distingue réellement nos deux compères, et qui résume tout. La perte de cheveux > la perte de testostérone > la perte de masculinité > la perte d’estime de soi. Un petit fil conducteur qui matérialise surtout le malaise et cristallise le nœud de ce personnage en roue libre.

© Alter Ego

Et sur la forme, on a en prime Laurent Lafitte. On va oser l’écrire, et ça ne fera pas de tort à sa carrière : c’est le rôle de sa vie. Pourquoi ? Parce que l’acteur a été conçu pour incarner ces deux personnages. Il est à la fois ce vieux boomer un peu ringard, rempli de complexes en voyant ses cheveux s’en aller, mais aussi ce cadre supérieur assez pédant qui débarque en province pour redresser une boîte d’assurance en faillite. Il est trop fort, il a ça dans le sang. Et le pire dans cette histoire, c’est que visuellement, on dirait lui et on ne dirait pas lui. C’est impossible à expliquer, mais retirez-lui une partie de ses cheveux et ce n’est plus le même homme. Quand on pense que l’on passe des années à développer l’IA et les effets spéciaux, alors qu’il suffit de raser la tignasse d’un acteur pour avoir ce résultat. C’est presque l’idée du siècle. Laurent Lafitte est en plus entouré d’un petit casting qui amuse la galerie. Mention spéciale à Monsieur Fraize, toujours très drôle dans le rôle du copain dérangeant et malaisant, même si ce type de personnage lui colle à la peau depuis On n’demande qu’à en rire –mon dieu, la référence de vieux. On avance alors petit à petit dans un scénario qui manque toutefois, durant sa première heure, d’une séquence vraiment marquante. Ce genre de moment qu’on raconte le lendemain pour donner envie à ses amis d’aller voir le film. En gros, d’une séquence bien drôle qui met tout le monde d’accord.

Mais Bruno Lavaine et Nicolas Charlet ont gardé cet atout dans leur manche jusqu’aux vingt dernières minutes. À partir de là, ils lancent les hostilités. Le film ne se termine pas sur un simple plot twist, mais plutôt sur un climax bourré d’humour et de révélations à se tordre de rire. Ça s’enchaîne, ça se bagarre jusqu’au burlesque et ça finit en pleine apothéose dans ce jardin partagé où l’humour a définitivement trouvé sa place.

EN DEUX MOTS

Déjà la comédie de l’année, qui fonctionne par une montée en rire et en tension parfaite. Laurent Lafitte est né pour jouer le bourgeois cadre sup’ ou le quadragénaire ringard. Dans ce film, il choisit de jouer les deux pour notre plus grand plaisir.

4,5

Note : 4.5 sur 5.


Abonne toi au site !

Ils en parlent également : Un point c pas tout, Nouvel Obs ou Radio France

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.