CRITIQUE | FILM

LES K D’OR : un brouillon sur grand écran

Critique | Star incontournable de la scène humoristique, Jeremy Ferrari a su s’imposer grâce à un mélange unique de noirceur et de précision journalistique. Après un passage remarqué en 2023 en tant que comédien dans Roqya de Saïd Belktibia, c'est maintenant en tant que scénariste, réalisateur et acteur qu'il se lance. Une triple fonction beaucoup trop ambitieuse.

SYNOPSIS

La mère de Noé lui a toujours affirmé qu’il était le fils caché de Mouammar Kadhafi. Devenu adulte, Noé s’est spécialisé dans la chasse aux trésors et nourrit désormais une obsession : retrouver l’or dispersé dans le Sahel après la mort du dictateur libyen. Pour mener à bien sa quête, il s’associe à Zoulika, de son vrai nom Louise, une femme fichée S qui vient tout juste de sortir d’un centre de réinsertion civique.

© Les K D’Or

Ensemble, ils décident d’utiliser le Marathon des Sables comme couverture pour se rendre sur place. Sur leur route, ils croisent Ryan, un malvoyant de 52 ans, toujours puceau. Les K d’Or est une comédie française réalisée par Jérémy Ferrari et sortie en 2026. Il s’agit du premier long métrage réalisé par l’humoriste.

NOTRE CRITIQUE

Beaucoup se sont prêtés à l’exercice de passer du devant de la scène de stand-up à l’arrière d’une caméra de cinéma, mais très peu ont été capables de le réaliser. Créer un rythme comique avec un cadre et un montage nécessite une grande précision, c’est pourquoi de nombreuses stars de la scène se sont cassées les dents sur grand écran..

Mais concernant la première réalisation de Jeremy Ferrari, on avait de vraies raisons d’y croire. Lui qui est réputé pour son perfectionnisme maladif, son écriture ciselée et ses investigations obsessionnelles pour transformer une réalité triste en rire noir. On espérait que cette rigueur se métamorphoserait en une proposition cinématographique solide, une comédie d’aventure qui aurait l’audace de son humour. Malheureusement, Les K d’Or ne ressemble pas du tout à ça. Si l’on peut saluer une volonté de sortir de sa zone de confort, quelques plans au drone plutôt léchés, et une esthétique globale qui ne démérite pas, le constat global reste malgré tout accablant. La minutie habituelle de Jeremy Ferrari semble avoir disparu au profit d’un brouillon géant où toutes les idées, même les plus contradictoires, s’entremêlent sans jamais être filtrées par le montage ou la cohérence narrative. Le film est un foutoir sans nom où les intrigues se multiplient sans cohérence, s’additionnant sans jamais se répondre ni tendre vers un objectif commun. En 96 minutes, Jeremy Ferrari tente de condenser une fresque géopolitique aux multiples entrées, mais l’ambition est bien trop large pour ses épaules de novice. Rien n’aboutit vraiment parce que rien n’a la place de respirer. Les personnages débarquent sans introduction, les sous-intrigues se concluent sans avoir été construites, quand elles ne restent pas tout simplement en suspens, donnant l’impression de regarder une improvisation géante sans aucune structure.

© Les K D’Or

Mais ce qui est le plus frappant et décevant lorsque l’on observe le film défiler péniblement devant nos yeux, c’est qu’il ne parvient jamais à être drôle. Comment un film porté par un trio aussi solide que Jeremy Ferrari, Laura Felpin et Éric Judor, trois pointures de l’humour, peut-il être aussi plat ? En réalité, la réponse est assez simple : La technicité du cinéma. Ou plus précisément ici, l’absence de compétence technique. Parce que même si les blagues sont drôles sur le papier, si la réalisation ne parvient pas à les mettre en valeur, elles finiront forcément par être gâchées. Et c’est exactement ce qui se passe ici. La mise en scène est totalement aux fraises, incapable de mettre en valeur les vannes qui tombent systématiquement à côté à cause d’un décalage constant entre l’écriture et l’image. Mais surtout, Jeremy Ferrari semble se brider totalement. Lui qu’on adore pour son côté sans filtre, son humour noir et son ton corrosif qui décape tout sur son passage, son style devient ici méconnaissable. On ne retrouve jamais le mordant qui fait son succès. D’autant qu’il met volontairement de côté son personnage d’aigri permanent pour incarner un héros dur et bagarreur, laissant le champ libre à une Laura Felpin en surjeu permanent et à un Éric Judor en demi-teinte. Mais là encore, ce choix tombe à côté. D’abord, parce que le jeu d’acteur de Jeremy Ferrari manque cruellement de nuances, et parce que les scènes d’action, mal chorégraphiées et mal filmées, font très artificielles.

Un ensemble approximatif qui vieillit vraiment cette comédie qui se voulait pourtant assez singulière dans le paysage de la comédie française. Si on ajoute à tout cela les trop nombreux faux raccords dans un montage complètement dépassé, Les K d’Or prouve une fois de plus que faire une bonne comédie au cinéma est une discipline exigeante qui ne s’improvise pas. Même quand on est une référence absolue de l’humour sur scène.

EN DEUX MOTS

La déception est immense. À cause d’un manque flagrant de maîtrise dans le domaine, ce nouveau projet de Jeremy Ferrari prend l’eau de tous les côtés. Que ce soit dans l’écriture ou dans la technique, tout tombe à plat. Même Laura Felpin et Éric Judor sont impuissants face à un tel naufrage.

1,5

Note : 1.5 sur 5.


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