SYNOPSIS
Frank, créature de Frankenstein âgée de plus de cent ans, trouve le Dr Euphronius avec une demande très spécifique : redonner vie à un corps féminin choisi au hasard. Le corps réanimé n’est autre que celui d’Ida, une jeune femme mondaine désormais habitée par Marie Shelley, la célèbre autrice du mythe du monstre. Ida devient la Fiancée, et un étrange duo naît. Lorsque Frank, sauve la Fiancée d’un viol en tuant deux hommes, le couple devient aussitôt la cible d’une traque.


NOTRE CRITIQUE
Dès son prologue, soit une quinzaine de minutes, The Bride nous plonge dans les bribes d’un univers où bizarrerie et incertitude cohabitent. Mary Shelley dialogue avec elle-même, et dresse les contours de ce qui constituera le cœur même du film : une étrange revitalisation de la Fiancée de Frankenstein.
Introduction lente et volontairement loufoque, mêle le noir et blanc aux couleurs : un ton et une direction que Maggie Gyllenhaal poursuivra sur ses 2H10 de récit. Car si cette réadaptation a bien un point fort, c’est bien sa dimension féministe qui insuffle une symbolique forte à la protagoniste, au travers d’une quête d’identité et une construction sous coke, et surtout sous le prisme du couple en parallèle d’une cavale. La monstrueuse Fiancée est incarnée par une Jessie Buckley complètement habitée par ses démons, et la narratrice même du mythe, une sorte de Joker inversé, blond et désordonné, et surtout sponsorisé par Marty Supreme. Face à elle, son monstrueux acolyte, Frank, incarné par un Christian Bale, est à contrario une créature doudou et quasi-pathétique qui nous fait aussitôt oublier la version d’Elordi (2025). Le duo est difforme et déséquilibré à l’image d’un pantin et de son marionnettiste. Maggie Gyllenhaal nous fait oublier l’initiateur du mythe pour recentrer son récit sur la Fiancée, de personne, et évince le regard masculin traditionnellement associé à l’histoire.

Plus l’on s’enfonce dans cette course-poursuite bonnie and clydienne, plus The Bride est un film qui foisonne de directions et d’idées. Le long-métrage hybride possède des codes multiples : une esthétique punk-rock, une narration semi-horrifique et semi-comique, des codes du film de gangsters et des emprunts aux musicals. Entre les élans tragiques et musicaux de Joker Folie à deux, la cavale romantico-criminelle de Bonnie and Clyde, et l’exubérance visuelle de Babylon, Maggie Gyllenhaal accumule les références et ne manque ni d’ambition, ni de créativité. Elle assume ce virage risqué malgré les difficultés que le projet a déjà rencontrées. En effet, The Bride a connu quelques reports, et a navigué de studio en studio avant d’être finalement signé chez Warner Bros. Car si la cinéaste était habituée aux plus petites productions, ce n’est pas le cas de The Bride où des limites sont franchies, et c’est ce qui renforce l’identité visuelle où l’absurde côtoie le punk. La mise en scène, complète et vivante, fonctionne comme un personnage à part entière.

Certaines séquences font écho au musical, comme le personnage de Bale, Frank passionné de cinéma, et par un certain Ronnie Redd, célèbre acteur des années 30. Le spectateur est convoqué dans des salles obscures mais aussi à travers des projections en plein air où le duo excentrique en cavale entre Chicago et New York n’hésite pas à faire lui aussi des apparitions sur écran. Des séquences chantées et dansées et intégrées à la narration traduisent une possible psyché des personnages et le ton hybride du projet. Si Maggie Gyllenhaal réussit à allier symbolique et narration, elle y délaisse cependant son rythme en accumulant des séquences d’intrigues secondaires. Des personnages en arrière-plan sont interprétés par Penelope Cruz et Peter Sarsgaard, en duo d’enquêteurs à la poursuite du couple de monstres, destinés à remplir un casting 4 étoiles, plutôt que de créer un effet miroir. Il en est de même avec la pseudo-mafia rattachée au personnage d’Ida, et à la vie passée du corps de la Fiancée. Un danger de plus pour le duo, mais artificiel, qui ne trouve pas de résolution et est vite évincé. Oui, Maggie Gyllenhaal aime jouer avec les codes du cinéma américain, mais sait-elle le faire sur l’ensemble de son film ?
En voulant tout intégrer, Maggie Gyllenhaal compacte son récit jusqu’aux plans caméra particulièrement serrés et courts qui nous éjectent de certaines séquences d’actions pourtant centrales. Loin d’un produit formaté à la sauce hollywoodienne, la cinéaste reste fidèle à son univers et sa vision artistique mais nous livre un ensemble difforme et étrangement unique.
EN DEUX MOTS
The Bride est un film hybride qui mêle les genres jusqu’à en bousculer les codes, et en devenir un objet singulier. Maggie Gyllenhaal revisite le mythe de Frankenstein via son canal subversif pour nous livrer un fourre-tout étiré, qui semble chercher sa voie. Ce drame gothique tâtonne et peine à approfondir ses intrigues tant il déborde d’idées.
3
Les avis des autres rédacteurs
Abonne toi au site !
Ils en parlent également : Le Devoir, Trois couleurs ou IGN


