CRITIQUE | FILM

JUMPERS : Pixar fait du surplace

Critique | Quand les studios Pixar rencontrent l’univers Na’vi de James Cameron, cela donne Jumpers, une fresque écologique où les castors mènent la rébellion. Une mise en bouche sans saveurs ni prise de risque de la part des Studios pour nous faire patienter avant la suite des événements.

SYNOPSIS

Mabel, jeune femme audacieuse, n’a qu’un objectif : préserver la clairière où elle a grandi aux côtés de sa grand-mère. À 19 ans, après la disparition de cette dernière, elle se retrouve opposée au maire Jerry, déterminé à raser les lieux pour y construire une route. Sa vie bascule lorsqu’elle découvre le secret de sa professeure de sciences : une faculté permettant de projeter son esprit dans le monde animal.

Décidée à agir, Mabel transfère alors sa conscience dans un robot castor afin de s’approcher des animaux, comprendre leur mode de vie et trouver une solution pour sauver la clairière. Jumpers est un film d’animation réalisé par Daniel Chong, sorti en 2026. Il s’agit du 30e long-métrage des studios Pixar.

NOTRE CRITIQUE

Il y a actuellement une dynamique étrange chez Pixar. Entre l’officialisation des troisièmes volets des Indestructibles et de Monstres et Cie, sans oublier l’arrivée imminente de Toy Story 5, la place accordée à l’originalité semble se réduire de plus en plus.

Un constat un peu triste qui donne l’impression que le studio se contente désormais de produire des œuvres de transition, en attendant de sortir ses grosses machines à billets. Il suffit de jeter un coup d’œil aux trois dernières années pour en être convaincu. Entre un Élémentaire que l’on oublie sitôt le générique de fin passé et un Elio sympathique mais sans relief, tout porte à croire que ces nouvelles histoires ne servent aujourd’hui que de passerelles. Et malheureusement, Jumpers ne déroge pas à la règle. Si l’on choisit de regarder ce film uniquement sous l’angle du divertissement pur, le contrat est plutôt rempli. On passe globalement un moment agréable. On y retrouve tout le savoir-faire technique qui a fait la réputation de Pixar : l’animation est léchée, le rythme est maîtrisé et l’humour tombe souvent juste. Tous les ingrédients sont réunis pour offrir un moment familial efficace et, accessoirement, pour écouler quelques peluches en boutique. L’émotion est elle aussi au rendez-vous, et elle fonctionne plutôt bien. Mais là encore, les risques pris sont minimes. Le studio utilise une recette émotionnelle qui a déjà fait ses preuves par le passé : la figure de la grand-mère. Jumpers, c’est donc du Pixar pur jus qui reste bien sagement dans les clous, sans jamais chercher à bousculer les habitudes. Pour un public peu exigeant, le spectacle est suffisant.

© Jumpers

Le problème, c’est pour tous les autres. Ceux qui attendent de chaque nouveau Pixar cette étincelle narrative et visuelle. Ceux qui espèrent voir un film qui assume ses idées et qui les pousse jusqu’au bout. Pour eux, la déception risque d’être au rendez-vous. Car sous ses airs de fable écologiste et animaliste, Jumpers manque cruellement de fougue et de cohérence. Le scénario commence par pointer du doigt les humains aveuglés par le profit, pour finalement opérer un virage étrange qui transforme les animaux en antagonistes et victimise les humains initialement présentés comme les méchants. Le film passe son temps à nous répéter que « la violence ne résout rien » et que « discuter est toujours préférable », tout en sous-entendant que la diplomatie est une impasse. La confusion est présente jusque dans les motivations de l’héroïne. On nous présente son combat comme une nécessité collective pour protéger la nature, mais par la narration, ce combat se révèle être une quête purement nostalgique et égoïste. Parce qu’il s’agit avant tout de sauver l’étang de sa grand-mère, plutôt que les créatures qui l’habitent. À force de vouloir nuancer son propos pour ne froisser personne, le film finit par devenir fade et niais. On nous explique que personne n’est vraiment méchant et qu’il suffit de s’écouter pour que tout s’arrange. Il est tout à fait justifié de souligner le côté naïf et simplet d’une telle écriture. On est très loin de la puissance radicale d’un WALL-E, de l’intelligence d’un Monstres et Cie ou même de la clarté d’un 1001 Pattes.

Heureusement, tout n’est pas à jeter. Ce manque d’audace scénaristique est parfois compensé par de très bonnes idées de mise en scène qui réveillent notre intérêt. On pense à ce plan ingénieux où la caméra semble accrochée au personnage, à la séquence rigolote du requin volant, ou encore à cette trouvaille narrative qui joue sur le changement physique des animaux selon la façon dont on les perçoit. Ces quelques éclats permettent à Jumpers de rester un moment sympathique, mais ils ne suffisent pas à en faire une œuvre marquante et il finira probablement par sombrer dans l’oubli. À moins, bien sûr, que cette nouvelle licence ne devienne à son tour une franchise exploitée jusqu’à l’usure.

EN DEUX MOTS

Jumpers est un divertissement efficace, mais il manque cruellement d’audace. Sa fable écologique, trop déformée par une narration contradictoire, s’égare dans de bons sentiments simplistes, loin du génie d’autrefois. C’est un moment sympa, mais aussitôt vu, aussitôt oublié.

3

Note : 3 sur 5.


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