CRITIQUE | FILM

L’INNOCENCE : le meilleur film de l’année

Le maître japonais Hirokazu Kore-eda était de retour sur la Croisette. Après le succès du film 'Les Bonnes Étoiles', qui a valu à Song Kang-ho une Palme d'interprétation, le cinéaste revient avec un long-métrage abordant le thème du harcèlement scolaire, mais pas que. Notre critique de 'L'Innocence'.

SYNOPSIS

Le comportement de Minato, le jeune garçon, suscite de plus en plus d’inquiétudes. Étant élevé uniquement par sa mère depuis la disparition de son époux, elle décide de confronter l’équipe éducative de l’école de son fils.

© L’Innocence

Initialement, tous les signes semblent pointer vers le professeur de Minato comme étant responsable des problèmes du garçon. Cependant, au fil de l’histoire racontée du point de vue de la mère, du professeur et de l’enfant lui-même, la vérité émerge comme étant beaucoup plus complexe et nuancée que ce que chacun avait initialement envisagé.

NOTRE CRITIQUE

Après Les Bonnes Etoiles sorti l’an dernier, le réalisateur japonais Hirokazu Kore-eda continue de nous éblouir, mais cette fois-ci avec un scénario écrit par Yuji Sakamoto. Et quel scénario ! 

Le réalisateur exploite avec brio l’effet Rashomon pour narrer son dernier film, imprégné de nuances et de complexité qui conviennent parfaitement au contexte et à l’envergure des thèmes abordés. À travers ces trois chapitres, le cinéaste explore d’abord la réalité du harcèlement scolaire, mettant en lumière l’indifférence ou l’impuissance des adultes face aux tourments des enfants. Puis, le sentiment de honte dans une société japonaise où la culpabilité règne en maître partout, du salon jusqu’aux bancs de l’école. Et dans sa troisième partie, la plus riche en émotion, le cinéaste démêle habilement le mystère tout en exposant la quête d’identité de deux enfants confrontés aux normes préétablies. Un scénario piégeux, mais qui nous fait traverser, étape par étape, divers stades d’émotion, tout en développant magnifiquement ses personnages –dommage que certains disparaissent avec l’effet Rashomon.. Plus on avance dans ce récit, plus on se rend compte que chaque protagoniste cache sa véritable identité pour préserver un statut particulier. Rempli de tendresse et de douceur, mais également empreint de réalisme et de douleurs, L’Innocence aborde une multitude de thématiques de l’enfance sans tomber dans les clichés. Hirokazu Kore-eda filme la jeunesse et l’enfance comme personne.

© L’Innocence

Le film explore les relations, l’émergence des sentiments et des émotions à un jeune âge. Mais aussi la part de féminité et le refus de se conformer aux codes préétablis de l’identité masculine, qui dictent d’être fort comme un rugbyman, fort comme un homme dénué de sensibilité. D’une beauté sans pareille, et portée par des personnages profondément touchants, L’Innocence nous agrippe et nous surprend tout du long. La mise en scène toujours excellente du cinéaste fascine particulièrement lorsqu’il explore les décors abandonnés du Japon. Entre le feu d’un incendie et l’eau d’un typhon, le réalisateur japonais nous plonge au cœur des éléments, et développe une histoire poignante qui atteint son apogée dans une conclusion éblouissante où il n’y a pas besoin de réincarnation quand on sait qui on est. Au final, difficile de trouver des points négatifs à ce nouveau film, même si on peut lui reprocher quelques raccourcis scénaristiques pour faire avancer l’histoire. Pour le reste, c’est parfait et ça mérite largement son titre de meilleur film de l’année, qu’on lui attribut à travers cette critique. 

EN DEUX MOTS

 Avec sa narration sous effet Rashōmon, le film nous surprend et explore une multitude de thématiques soulignant les carences de la société japonaise et la recherche d’identité dès l’enfance. La mise en scène est exceptionnelle, mais on est habitué avec Hirokazu Kore-eda.

4,5

Note : 4.5 sur 5.


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