CRITIQUE | SERIE

THE ACOLYTE : l’ennui contre-attaque

Critique | Nouveau venu dans cette abondance de projets Star Wars lancée par Disney, The Acolyte avait pour ambition de se démarquer par la période qu'elle traverse, inédite en live-action, et par son approche d'enquête criminelle. Une recette alléchante, mais tristement fade une fois dégustée.

SYNOPSIS


Alors que l’Ordre Jedi atteint son apogée et que la prospérité règne durant la Haute République, une série de crimes mystérieux est perpétrée. Un maître Jedi respecté mène l’enquête, se retrouvant face à une redoutable guerrière provenant de son passé. À mesure que de nouveaux indices surgissent, ils s’engagent tous deux sur une voie obscure, où des forces sinistres leur révèlent que les apparences peuvent être trompeuses.

© The Acolyte

The Acolyte est une série télévisée américaine en live-action, située dans l’univers Star Wars et créée par Leslye Headland. Diffusée en France sur Disney+ du 4 juin au 17 juillet 2024, elle se compose de 8 épisodes

NOTRE CRITIQUE

En se plongeant plus d’un siècle avant le début de la saga Skywalker, explorant ainsi les derniers jours de la Haute République, The Acolyte avait tout pour être intrigant. D’autant que le premier épisode était prometteur et laissait présager de bonnes idées à venir. Dans cette introduction, la série parvient à restituer l’ambiance de la Postlogie et nous procure une petite dose de nostalgie et d’envie dont nous avions besoin pour lâcher prise et retrouver confiance en la possibilité de voir enfin une série Star Wars qui correspond à nos attentes.

On y retrouve une mise en scène et une photographie similaires à ce que Georges Lucas nous avait proposé dans La Menace Fantôme. Les costumes sont soigneusement élaborés pour nous faire ressentir les années passées, tout en maintenant cet aspect formel des Jedi. Des Jedi dont les comportements protocolaires correspondent également à la vision que George Lucas avait au début des années 2000. N’oublions pas l’introduction de l’antagoniste, qui est plutôt badass, et qui donne vraiment envie d’explorer davantage. De nombreux éléments qui maintiennent donc une cohérence dans l’univers global, ce qui est suffisamment rare de la part de Disney pour être spécifié. Mais ce qui est vraiment plaisant, ce sont sans aucun doute les chorégraphies de combat qui font plaisir à voir. Dès le début de ce premier épisode, on ressent cette envie de renouer avec la technicité, le haut vol, la maîtrise et la sagesse dans les duels, qui ont contribué aux heures de gloire de la Postlogie. Rappelez-vous du combat contre Dark Maul, celui contre le Comte Dooku, ou bien sûr celui impliquant Obi-Wan et Anakin, auxquels nous pouvons maintenant inclure la bataille sur la planète Khofar, qui n’a pas à rougir tant elle est maîtrisée et qui nous est présentée dans l’épisode 5 de la série. Un épisode qui s’avère crucial. Mais malgré le fait que le premier épisode nous installe dans un cocon et que le cinquième relance l’intérêt, pour le reste, les semaines s’enchaînent, se dégradent et nous ennuient terriblement, s’éloignant à la vitesse lumière des promesses faites au départ. Sur le plan technique, tout d’abord, rien de bien sensationnel. Comme à son accoutumée avec la firme aux grandes oreilles, la galaxie semble ne comporter que des planètes recouvertes de sable, de forêts ou d’eau, et toutes semblent incroyablement désertiques. Des planètes où s’agitent une petite poignée de figurants, supposée être suffisante pour combler les vides. Des vides qui, d’ailleurs, n’existent pas, car tous les lieux sont étroits, ce qui écrase systématiquement nos personnages, toujours étouffés par des arbres, des bâtisses ou des rochers.

© The Acolyte

La caméra ne s’élargit jamais pour nous montrer des paysages d’une grande ampleur, pouvant nous faire respirer, nous montrer toute l’étendue de l’univers, et permettre d’inclure l’ensemble de la galaxie dans les événements qui se déroulent. C’est d’autant plus rageant de savoir que cela est surtout une décision financière, poussant à prioriser l’économie à la créativité. Une approche qui n’est pas inhabituelle, puisque Disney l’applique à toutes ses séries, qu’il s’agisse de Star Wars ou de Marvel, les rendant ainsi toutes similaires dans leurs techniques. On a tous en mémoire l’horreur de la composition du cadre de Loki à Pompéi. Eh bien là, c’est la même chose. Avec un budget équivalent à celui d’House of The Dragon, il y a de quoi avoir les poils qui se hérissent. Et sur le plan scénaristique, c’est bien pire. L’écriture ne parvient jamais à saisir toute l’intensité du récit, nous obligeant à faire des allers-retours incessants entre le passé et le présent. Tout cela pour rester concentré sur la trajectoire de deux fillettes et pour nous expliquer qu’en fin de compte, les méchants ne sont pas si méchants, et que les Jedi ne sont pas si sympathiques. Un récit aussi stupide que cette dernière phrase, qui semble être destinée uniquement à un jeune public, oubliant que Star Wars est profondément politique, surtout dans cette période de l’univers. Un scénario pourtant intéressant dans le fond. L’aspect thriller complotiste sur le bien et le mal est un angle captivant. Mais le récit se détourne constamment de sa perspective pour revenir aux côtés les plus pathétiques de son histoire. Une histoire avec un nombre absurde de personnages qui ne parviennent jamais à exister en tant qu’individus. Leurs écritures naïves les poussent à commettre des actions incohérentes, les rendant ridicules. La palme revient d’ailleurs à cette espèce de castor insupportable qui sert de ressort comique, ou à défaut de bouche-trou. Même la présence de Carrie-Anne Moss (qui se la joue Drew Barrymore dans Scream) et Lee Jung-Jae ne suffit pas à sauver les meubles. Tout un tas de protagonistes uniquement utilisés pour prétexter une prise de risque dérisoire de la part de Disney dans ce fameux épisode 5. L’épisode le plus ambitieux et certainement le plus réussi de la saison, mais qui ne satisfait pas pleinement ses aspirations, en raison de la médiocrité de tous les autres qui l’entourent.

En définitive, ce qui reste, c’est l’attrait pour l’identité cachée de l’antagoniste. Mais là encore, une simple déduction par élimination permet de lever le voile dès le second épisode. Il faudra patienter jusqu’à l’acte final pour que tous ces points négatifs trouvent une issue favorable avec une portée plus conséquente et plus sombre dans le scénario, ainsi que des cadres plus ouverts. Malheureusement, il est trop tard pour rétablir l’équilibre, et ce ne sont pas deux caméos sans importance qui vont résoudre les problèmes.

A retrouver sur Disney Plus Prime Vidéo

EN DEUX MOTS

Écrite comme un programme Disney Channel destiné aux adolescents, cette nouvelle série manque cruellement d’envergure et de profondeur, ce qui la rend aussi niaise que prévisible. Trop autocentré et techniquement trop insipide pour exploiter pleinement son potentiel. Le premier et le cinquième épisode sont efficaces, ce qui relève un peu le niveau.

2

Note : 2 sur 5.


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