CRITIQUE | FILM FESTIVAL DE CANNES

MEGALOPOLIS : Coppola, maître du malaise

Critique | L'année 2024 était particulièrement attendue, notamment pour le grand retour de l’un des plus grands cinéastes du septième art : Francis Ford Coppola. Acclamé pour 'Apocalypse Now' et sa légendaire trilogie Le Parrain, Coppola sort d'une retraite de plus de dix ans pour réaliser le projet de toute une vie : Megalopolis.

SYNOPSIS

Mégalopolis se déroule dans une Amérique moderne fictive en pleine décadence, où la ville de New Rome est au bord du changement. Deux figures s’opposent : César Catilina, un artiste visionnaire doté du pouvoir de stopper le temps, qui aspire à un futur utopique, et le maire ultra-conservateur Franklyn Cicero, farouche défenseur d’un statu quo qui préserve cupidité, privilèges et milices privées.

© Megalopolis

Au cœur de ce conflit, Julia Cicero, fille du maire et figure de la jet-set, amoureuse de César, se retrouve déchirée entre ces deux visions et devra choisir l’avenir qu’elle souhaite pour l’humanité.

NOTRE CRITIQUE

Mégalopolis, comme un bon nombre de personnes le savent, est une arlésienne. Une chimère qui a mis des décennies à voir le jour. Un scénario écrit par le réalisateur lui-même, qu’il a voulu adapter sur le grand écran depuis les années 80. C’est en 2024 qu’il est enfin porté à l’écran, à une époque charnière pour le cinéma, où les attentes du public évoluent sans cesse. Mais n’est-il pas déjà trop tard ? Car qu’il est difficile de se pencher sur le cas Mégalopolis. Une fresque bien trop dense pour être épluchée en quelques lignes, et aucun des adjectifs habituellement réservés aux grandes œuvres spectaculaires ne suffirait à en saisir toute la portée. Aucun mot ne peut traduire la sensation que fait éprouver le long-métrage, tant sa singularité sort de l’ordinaire, dans le bon comme souvent dans le pire des cas. Impossible de rester objectif face à un film aussi brutal dans ses idées, tout juste sorties à chaud de l’esprit bouillant d’un Francis Ford Coppola, réalisateur, scénariste, et surtout principal producteur. Une œuvre, quoi qu’on en dise, fascinante tant elle tente le tout pour tout sans aucune concession. Il donne parfois l’impression de voir des rushes bruts, comme s’ils venaient tout juste d’être sortis d’une carte SD pour être déposés sur une timeline, sans aucun étalonnage et exportés dans un format MP4 prêt à l’emploi.

© Megalopolis

Mégalopolis désarçonne, interroge, et gêne son spectateur. Il est difficile de saisir si ses défauts sont en réalité ses plus grandes forces, ou si ses qualités cachent des failles profondes. Une chose est sûre, on rit devant la prestation plus que désastreuse d’Adam Driver. Un malaise palpable en voyant le vétéran Francis Ford Coppola tâtonner avec les effets visuels, découvrant les fonds verts comme un adolescent qui s’amuse pour la première fois avec les transitions PowerPoint. On s’interroge sur la forme, si le long-métrage ne lorgne pas autour du nanar avec certains passages qui font froid dans le dos du premier degré (ou pas). À deux doigts de piquer du nez face aux citations incessantes de Marc Aurèle. Et pourtant, malgré tout cela, une question revenait sans cesse : pourquoi persister à finir ce film qui semble si peu soucieux de son public, conçu avant tout pour satisfaire son auteur ? Si quelque chose peut être sauvé, c’est bien la performance de Shia LaBeouf, l’un des rares acteurs à véritablement saisir le délire du projet. A contrario d’un Dustin Hofmann qui hérite de l’un des personnages les plus insignifiants que l’on a pu voir cette année. Mais Mégalopolis va rester en tête. C’est une certitude. Mais le temps dira s’il restera dans les mémoires pour les bonnes ou mauvaises raisons -si tant est qu’il y en ait. Le genre de film qui nous ramène à la question suivante : « L ‘art est-il réellement objectif ? ». L’OVNI cinématographique le plus étrange et lunaire de ces dernières années, un film qui défie toute catégorisation conventionnelle.

EN DEUX MOTS

Impossible de savoir s’il s’agit d’un chef d’œuvre ou d’un sombre nanar. Une œuvre que Francis Ford Coppola semble seul à comprendre, laissant son public sur le carreau le temps de 2h de malaise, de rire, d’incompréhension et de longueur dans cette dense et très étrange fresque.

1,5

Note : 1.5 sur 5.


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