CRITIQUE | FILM

BETTER MAN : une singerie de biopic

Critique | L’un des premiers Ovni de l’année 2025 débarque en salles de cinéma. Better Man sort dans une violente indifférence, après une exploitation plus que catastrophique en outre-Atlantique pour des raisons difficiles à digérer. Pourtant, ce biopic pas comme les autres a de quoi offrir aux spectateurs.

SYNOPSIS


Better Man explore la vie complexe d’une icône de la pop, Robbie Williams, représenté sous la forme singulière d’un chimpanzé – une métaphore audacieuse de son propre sentiment d’inadéquation. À travers son ascension fulgurante et ses luttes intérieures profondes, le film plonge dans les coulisses du show-business tout en mettant en lumière le poids de la célébrité, les fractures familiales, et la quête incessante d’identité et de résilience.

© Better Man

Entre succès vertigineux, batailles personnelles et moments d’intense vulnérabilité, cette œuvre à la fois onirique et profondément humaine célèbre la force de se réinventer. Il s’agit d’un film en partie biographique sur le chanteur pop britannique Robbie Williams. Il est interprété par Jonno Davies en utilisant la capture de mouvement.

NOTRE CRITIQUE

À l’heure où les biopics de popstars incontournables fusent dans tous les sens, difficile de comprendre ce qui pourrait permettre à un film sur Robbie Williams de se démarquer. Surtout quand l’artiste n’a pas une discographie aussi dense qu’un Michael Jackson, Bob Marley ou Elvis. Better Man faisait déjà tiquer, de quoi être perplexe donc..

Et ça, sans même évoquer le budget astronomique du film : plus de 100 millions de dollars. À titre de comparaison, Bohemian Rhapsody, avec tous les soucis de production qu’il a pu se coltiner, ne dépassait même pas 50 millions. Un budget pharamineux pour un artiste comme Robbie Williams dont la réputation, bien qu’immense au Royaume-Uni, reste relativement limitée aux États-Unis. Les Américains ne savent même pas où se situe leur propre pays sur un planisphère, donc.. on ne va pas leur demander s’ils connaissent ce chanteur, qui a pourtant marqué les années 90. Potentiellement pour ça que Paramount Pictures a remplacé son chanteur par un singe. Pas d’acting plan-plan ou de ridicules prothèses pour ce biopic, mais tout simplement un primate entièrement fait de CGI. Une proposition aussi aventureuse que délicate, mais qui a le mérite de nous emmener ailleurs dans le monde du biopic. Genre qui se fait de plus en plus redondant dans son schéma narratif, comme dans son exécution académique. Les récents exemples : Monsieur Aznavour, One Love, Back to Black.. Contre toute attente, Michael Gracey parvient à livrer un biopic non seulement abouti, mais aussi vibrant et décoiffant. Les fans de Robbie Williams seront aux anges, et les novices découvriront à la fois un artiste complexe et les rouages parfois cruels du showbusiness et de la starification de banlieusards partis de rien. Avant d’être une biographie, Better Man est un rite initiatique. Remplacez le prénom de la popstar par la vôtre et cela reviendra au même. Ce Robbie Williams, tout le monde peut l’être. Et l’aspect primate appuie encore plus cette hypothèse, en transformant l’artiste en nobody. Les réfractaires peuvent donc rouvrir pour découvrir ce spectacle grandiose.

© Better Man

Maintenant, en tant que Biopic, force est de constater que celui-ci fait un excellent travail, et malgré le fait qu’il n’évite pas quelques pièges du genre. On connaissait l’artiste provocateur, imbu de lui-même, avec un melon en guise d’égo, mais rien ne nous préparait à découvrir les raisons profondes de cette étiquette collée sur son front. Une espèce de remise en question risquée, et surtout courageuse quand on voit ce qui est assumé dans le long-métrage. Assumant des vérités souvent édulcorées dans d’autres biopics sous prétexte de « rendre hommage » à des stars adorées. Ici, Better Man ose et se met entièrement à nu. S’offrant des séquences noires et tragiques nourries par les problèmes du quotidien. Le harcèlement, et le côté toxique de la vie de l’artiste sont au centre du récit comme on a pu le voir dans d’autres biopics : Iron Claw , Elvis, Cloclo, Rocket Man.. Tout porte à croire que le « daddy issues » est dans toutes les consciences des plus grands talents de ce monde. Une nouvelle mise en lumière du problème patriarcal toxique, mais étalée avec justesse et surtout violence. Cette relation nocive père-fils produit des moments de cauchemars saisissants et des problèmes d’une gravité supérieure. C’est via ce long-métrage que Robbie Williams affronte l’ensemble de ses démons intérieurs. Argent, sexe, drogue et manipulations du monde du show-business sont exposés. Il n’y a aucun répit pour le spectateur qui va devoir affronter tout un tas de séquences psychés et oniriques pour rentrer dans l’esprit torturé du chanteur. De plus, la caméra de Michael Gracey se permet beaucoup plus de choses avec son singe en CGI. Le meilleur exemple reste celui du grand concert. Au lieu de simplement filmer la performance légendaire de Robbie Williams devant une foule en délire, Michael Gracey fait tout exploser pour transformer cette scène en une véritable arène de combat. Lieu parfait pour que le protagoniste s’acharne sur ses différents « lui ». Un spectacle osé et d’une noire tristesse, qui lèvera le voile sur une partie de sa personnalité. Better Man parvient à s’extraire du style « Wikipédia » en intégrant les chansons de Robbie Williams de manière intelligente. La musique devient un outil de storytelling puissant, sublimant les meilleurs instants possibles.

Better Man frappe fort et juste à tous les niveaux, malgré le schéma narratif classique dans son écriture. Le film n’évite pas le piège « rise and fall », mais la mise en scène et le montage proposent tellement de choses que finalement rien ne semble très convenu. Mais Better Man reste un égo trip. Dans le bon sens du terme. Un égo trip qui va faire de la prévention et qui aide à forger sa propre confiance en soi. Une surprise totale qui mérite infiniment son coup. D’ailleurs, Michael Gracey est un réalisateur à suivre avec un peu plus d’assiduité. Clairement, dans le top 3 des meilleurs biopics de ces dernières années (à notre grande stupéfaction).

EN DEUX MOTS

Le genre de biopic que l’on aimerait avoir plus souvent sur nos écrans, tant il ose et propose des moments de cinéma vibrants et décoiffants. Les connaisseurs et les novices de Robbie Williams sont invités à découvrir ce spectacle musical audacieux. Better Man montre les coulisses glaçantes du showbusiness, tout en restant très tendre et par moments tragique.

4

Note : 4 sur 5.


Abonne toi au site !

Ils en parlent également : Start And Play, Figurants ou Caramie Zone

(1 commentaire)

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.