CRITIQUE | FILM

F1 : le bolide marketing qui envoie

Critique | À l’heure où la Formule 1 devient une esthétique Pinterest, une inspiration pour des artistes et un temps fort chez les youtubeurs, les studios hollywoodiens s’en emparent à leur tour pour en faire un rendez-vous sous haute tension. De Rush à Ford vs Ferrari, en passant par Gran Turismo, les récits de vitesse enflamment les écrans. Aujourd’hui, c’est Joseph Kosinski qui entre en piste avec F1.

SYNOPSIS


Sonny Hayes est un as du volant, peu importe la taille ou la forme du bolide : il maîtrise. Peut-être parce qu’il fut, trente ans plus tôt, un prodige de la Formule 1. Un jour, il est contacté par Ruben Cervantes, patron de l’écurie APX GP, en chute libre depuis plusieurs courses. Sa mission ? Remonter l’équipe dans le classement avant qu’un rachat ne les pousse définitivement hors de la piste.

© F1


Mais la tâche se complique lorsqu’il doit partager le bitume avec Joshua Pearce, jeune pilote aussi talentueux que ambitieux, bien décidé à devenir le numéro 1. Entre rivalité, pression et risques permanents, les deux coéquipiers vont vite comprendre que le danger ne se limite pas à la course.

NOTRE CRITIQUE

​​La Formule 1 dépasse largement le cadre d’une simple discipline sportive. Autrefois un rendez-vous télévisé du dimanche après-midi, elle s’est aujourd’hui transformée en une véritable aesthetic (que l’on pourrait qualifier de race core sur Pinterest) mêlant logos sponsorisés, néons vibrants, et une ambiance électrique de compétition. La Formule 1 est désormais un objet de pop culture à part entière.

La sortie du long-métrage F1 s’inscrit parfaitement dans ce contexte, avec une avant-première où se sont pressées de nombreuses célébrités, à l’image des artistes choisis pour la bande originale, dont Don Toliver, Doja Cat, Madison Beer et Tate McRae, incarnation même de cette aesthetic. Sans oublier les multiples caméos réjouissants de figures emblématiques de la F1 (Hamilton, Alonso, Max Verstappen, Charles Leclerc), mais aussi la participation musicale de Tiësto. Vous l’aurez compris : tout est minutieusement orchestré pour livrer un produit marketing réfléchi, mais pleinement assumé. Joseph Kosinski, réalisateur de Top Gun, Oblivion et Tron, ne le cache pas, notamment en plaçant Brad Pitt en tête d’affiche, moteur principal de la campagne de communication, éclipsant quelque peu Damson Idris.

© F1

Blockbuster à gros budget, F1 (initialement intitulé Apex) se présente comme une publicité de deux heures trente-cinq, certes, mais une publicité divertissante et résolument immersive. On pourrait craindre une énième succession de vrombissements de moteurs, mais Joseph Kosinski navigue habilement entre les sous-thèmes du film de course, tout en conservant une forme classique. Il s’éloigne toutefois de la dimension émotionnelle que proposaient Rush ou Ford v Ferrari. Ici, l’enjeu est avant tout de faire ressentir la vitesse, de nous clouer à notre siège comme si nous étions nous-mêmes au volant d’une F1. Les dispositifs sonores et la débauche de moyens techniques offrent une expérience cinématographique saisissante, qui mériterait sans aucun doute un visionnage en 4DX. Il ne faut donc pas attendre de F1 ce qu’il n’a jamais prétendu être : un « renouveau » du traitement cinématographique de la Formule 1 ou un film subversif déconstruisant les stéréotypes de fond en comble. L’objectif est plutôt de trouver un équilibre subtil entre la singularité d’une approche immersive et les codes du blockbuster, tout en rendant hommage au sport qu’est la F1. Tout, dans la photographie, contribue à cette volonté de nous intégrer à l’écurie Apex : des décors minimalistes oscillant entre gris et blanc, jusqu’à une esthétique technologique qui évoque celle d’Oblivion. La patte Apple se fait sentir, l’entreprise ayant contribué à la conception de certaines technologies utilisées par l’écurie. À cela, s’ajoutent les prises de vue réelles des courses, qui renforcent puissamment l’immersion.

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Certes, le récit est cousu de fil blanc, et certaines séquences relèvent parfois de l’improbable, tant elles seraient impossibles dans le monde réel des monoplaces. Mais c’est aussi cette capacité à jouer avec les codes, sans jamais tomber dans l’excès, qui retient l’attention. Plus qu’un simple scénario classique, un peu calqué sur les grands ressorts narratifs de Top Gun jusqu’à certains plans, comme cette arrivée de Brad Pitt en plan large, auréolé d’un poids dramatique — le film assume ses références et en tire une certaine efficacité. On retrouve ainsi tous les archétypes attendus : la jeune étoile montante de la course, le vétéran capable de tout, jusqu’à bricoler la voiture, formant un duo déterminé à hisser leur écurie dans le haut du classement, sur fond de leçons de vie et de rivalités. Mais la véritable force du film réside dans la qualité de son image. Tourné intégralement en IMAX, le long-métrage offre un surplus qualitatif saisissant à chacune des courses, nous faisant ressentir à la fois la vitesse et les sensations du pilotage. Il faut bien l’admettre : c’est sans doute l’une des meilleures captations de la F1 jamais proposées sur grand écran.

© F1

Ce qui déçoit malgré tout, c’est le traitement réservé à l’unique personnage féminin interprété par Kerry Condon. Placée en apparence à un poste stratégique — directrice technique de l’écurie — elle ne sert finalement que de prétexte à une romance dispensable, ajoutée pour apporter le soupçon d’épices manquant à la recette du blockbuster. Par ailleurs, le film s’étire parfois inutilement, avec quelques longueurs qui auraient pu être évitées. Le scénario, quant à lui, ne réinvente rien, mais bénéficie d’un montage aussi soigné que rythmé, qui ancre efficacement le récit dans le réel. L’immersion est d’autant plus convaincante que les séquences de course ont été tournées durant les pauses des véritables Grands Prix de F1, où l’on voit Brad Pitt tenter de dépasser Max Verstappen ou Charles Leclerc. Ces scènes sont soutenues par la bande originale signée Hans Zimmer, bien que celle-ci s’appuie surtout sur le morceau principal de la soundtrack marketing interprété par Don Toliver et Doja Cat. Un thème omniprésent, pas vraiment transcendant, Hans Zimmer se repose t-il sur ses lauriers ? Même constat pour l’utilisation du morceau ultra-marketé sur TikTok, Just Keep Watching de Tate McRae, qui n’accompagne aucune scène de course, mais se retrouve greffé à une séquence en boîte de nuit, elle aussi assez superflue au milieu du film. La dimension musicale est la seconde lacune de ce métrage. Au final, on retient surtout la richesse visuelle et technique de ce blockbuster, bien plus marquante que son scénario.

EN DEUX MOTS

Un pur divertissement marketing qui s’assume pleinement, d’une grande qualité technique et immersive. La rivalité entre Brad Pitt et Damson Idris fonctionne à plein régime, sans jamais s’essouffler. Mais Hans Zimmer, lui, semble en pilotage automatique, recyclant ses recettes sans surprise. Oui, F1, c’est le plaisir coupable.

4

Note : 4 sur 5.


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