CRITIQUE | FILM

FRANKENSTEIN : la beauté avant l’émotion

Critique | Qui de mieux que Guillermo del Toro pour adapter (encore) une version de Frankenstein et de son monstre ? Semblant désormais rattaché à Netflix, depuis sa vision de Pinocchio il y a 3 ans, c'est donc (malheureusement) sur le petit écran que sort cette relecture de ce classique de la littérature. Une sorte de film-somme de son cinéma.

SYNOPSIS

En 1857, l’Horisont, navire de la marine royale danoise commandé par le capitaine Anderson, se retrouve immobilisé dans les glaces du pôle Nord. Le second rapporte le profond découragement de l’équipage, épuisé par des conditions de travail devenues insupportables. Plus tard dans la soirée, une explosion retentit : les marins découvrent alors un homme mourant, le baron Victor Frankenstein.

© Frankenstein

Ils le ramènent à bord, mais bientôt le navire est pris d’assaut par une créature dotée d’une force titanesque et d’une étonnante capacité de régénération. Elle réclame qu’on lui livre Victor. Anderson lui tire dessus et parvient à la repousser, la projetant hors du navire avant de faire sombrer celui-ci sous la glace. Victor avertit alors le capitaine que le monstre reviendra, malgré l’abîme glacé, et lui révèle qu’il s’agit de sa propre création. Il entame ensuite le récit des événements qui ont mené à la naissance de cette créature.

NOTRE CRITIQUE

Avec Frankenstein, Guillermo del Toro semble vouloir rassembler tout ce qui définit son cinéma depuis vingt ans. Tout y est : le fantastique comme miroir du réel, les créatures organiques, la frontière poreuse entre innocence et violence, son attention pour les êtres rejetés ou incompris, cette manière de montrer que la monstruosité naît surtout de ce que les adultes imposent…

C’est aussi un film profondément romantique, dans la lignée de Crimson Peak ou La Forme de l’eau, avec une mélancolie qui entoure chaque relation. Et surtout, on retrouve cette esthétique gothique et baroque qu’il manie avec virtuosité. Les décors sont conçus comme des espaces vivants, avec de nombreux recoins et détails. Les couleurs saturées amplifient les émotions plutôt qu’elles ne les dépeignent. La lumière est presque aussi révélatrice que les dialogues. La noirceur oppressante du premier récit se change en blancheur neigeuse dans le second, comme un écho visuel à la quête de pureté du monstre. Visuellement, le film est absolument splendide. On perçoit le soin apporté par Del Toro, son plaisir d’artisan, son attachement aux effets pratiques et aux maquillages qui donnent à la créature une véritable présence. Un monstre qui est clairement l’un des éléments les plus remarquables du film. Guillermo Del Toro réinvente encore une fois cette figure à sa manière. Comme c’est souvent le cas dans son cinéma, la fragilité de la créature est mise en avant par son esthétique. Grand, maigre et élancé. Il s’éloigne nettement de l’imagerie habituelle du monstre Frankenstein, plus massif et brutal. Ici, la créature a quelque chose d’inachevé, de vulnérable, et Jacob Elordi parvient à lui donner une intériorité rare. Oscar Isaac, de son côté, livre une version fascinante de Victor Frankenstein, incarnant magnifiquement la folie arrogante du personnage, et Mia Goth, impeccable, apporte une humanité à un récit qui en manque parfois.

© Frankenstein

Parce que c’est là que le film montre ses limites. Il est long, parfois inutilement. Le premier récit s’étire, accumule des passages qui auraient mérité d’être plus resserrés. Les mécaniques habituelles du réalisateur sont si reconnaissables qu’on a parfois l’impression de voir une variation de scènes déjà présentes dans ses précédents films. Le second récit, quant à lui, s’emballe, survole des enjeux essentiels, et rend l’humanisation du monstre un peu artificielle, presque naïve. Certaines scènes clés semblent précipitées, au profit de séquences plus futiles. Particulièrement la relation entre Elizabeth et la créature, pourtant cruciale, qui survient trop rapidement et trop facilement, comme si le film, après avoir traîné longtemps dans son premier segment, réalisait soudain qu’il devait avancer. Leur lien manque de construction pour être vraiment convaincant. Une longueur un peu pesante du film, qui s’accentue avec certains choix scénaristiques un peu datés. Comme l’arrivée de ce personnage aveugle « qui voit mieux que les voyants », déjà utilisé à maintes reprises, et qui nous fait lever les yeux vers le ciel. Plus largement, le film suit de très près la structure du roman d’origine, sans chercher à la moderniser ou à la reformuler. Guillermo Del Toro se concentre simplement sur la transmission du récit tel qu’il existe depuis deux siècles, bien que son propre cinéma ait souvent revisité Frankenstein de manière plus audacieuse. Il n’y a qu’à revoir Hellboy ou La Forme de l’eau.

Le résultat est un film très marqué par son style, presque trop reconnaissable, au point qu’il s’éternise. Un film qui ressemble à un résumé élégant de sa carrière, mais aussi à une redite un peu vieillotte qui ne parvient pas à se renouveler.

A retrouver sur Netflix

EN DEUX MOTS

Même si c’est trop long, trop classique et narrativement inégal, Guillermo Del Toro réalise un film-synthèse impressionnant de beauté et très marqué par son style, toujours aussi saisissant. Grâce à son habileté à mélanger tendresse et violence, il offre une vision captivante de cette relecture de Frankenstein.

3,5

Note : 3.5 sur 5.


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(1 commentaire)

  1. Je te rejoins en conclusion Joris, car il est vrai que ce film aurait mérité d’être un peu plus tenu.

    « le film suit de très près la structure du roman d’origine, sans chercher à la moderniser ou à la reformuler.  » Je ne suis que partiellement d’accord car, si le scénario épouse le principe d’un récit à plusieurs points de vue comme dans le roman, il se permet bien des libertés en modifiant l’époque du récit, en substituant des personnages (les marins danois à la place de l’expédition Walton), supprimant certains (Justine, Clerval), en ajoutant d’autres (le marchand d’armes), reformulant la composition familiale du roman (Elizabeth n’est plus la sœur de cœur de Victor, et William n’est plus son fils mais son frère). Del Toro n’est en soi pas le premier à réinventer le mythe pour les besoins du cinéma (James Whale, Terrence Fisher et d’autres avaient fait de même) et on ne lui en fera pas le reproche. Il perd néanmoins en substance méditative à force de vouloir trop épater le spectateur.

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