CRITIQUE | FILM

LE MAGE DU KREMLIN : Assayas jette un froid sibérien

Critique | Casting américain, réalisateur français, personnages russes. Ça commence comme une blague Carambar, et ça finit finalement pas très loin de ça.. Aujourd’hui, on vous parle du film Le Mage du Kremlin, le tout nouveau projet d’Olivier Assayas.

SYNOPSIS

Dans la Russie en ruines del’après-URSS, Vadim Baranov, artiste désabusé et marginal, découvre que le pouvoir ne se conquiert pas par la force, mais par le récit. Propulsé dans les cercles de l’influence médiatique, il devient peu à peu l’un des hommes les plus proches du centre du pouvoir, témoin privilégié de la naissance d’un nouveau régime. Alors qu’un dirigeant aussi discret qu’implacable s’impose à la tête du pays, Baranov participe à la fabrication d’un mythe politique qui va transformer durablement la Russie et bouleverser l’équilibre du monde. Mais plus le pouvoir se consolide, plus la place des hommes de l’ombre se fragilise.

© Le Mage Du Kremlin

Des années plus tard, retiré à l’écart de Moscou, Baranov accepte de livrer son histoire à un universitaire américain. Ce face-à-face devient un jeu dangereux, où souvenirs, silences et non-dits révèlent les mécanismes d’une domination fondée sur la peur et la manipulation. Car dans un système bâti sur le contrôle absolu du récit, raconter la vérité peut s’avérer fatal.

NOTRE CRITIQUE

Jude Law en Vladimir Poutine. Dit comme ça, de but en blanc, on se demande quel est ce merdier. Puis on voit la bande-annonce, et là, on y croit beaucoup plus.. Mais une fois devant le film… on n’y croit plus du tout.

C’est un peu le malheur de ce nouveau long-métrage d’Olivier Assayas, un projet sur le papier ultra prometteur, mais qui se repose, de prime abord, uniquement sur le succès du bouquin. Adapté du roman qui porte le même nom, Le Mage du Kremlin, ce nouveau film ambitionne de raconter une histoire parallèle de l’après-URSS, et surtout la montée en puissance du dirigeant actuel de la Russie. Il y a de quoi faire, il y a de quoi montrer. Un projet presque taillé sur-mesure pour le grand écran, qui laissait espérer un faux biopic, les portes grandes ouvertes à la satire ou à la tension des jeux politiques. Mais Olivier Assayas préfère l’histoire à la critique, et c’est précisément là qu’il plombe l’ambiance. Là où The Apprentice (le chef-d’œuvre d’Ali Abbasi) réussit à moquer le jeune Trump tout en racontant intelligemment sa trajectoire, et tout en révélant les similitudes avec notre situation actuelle, Le Mage du Kremlin choisit une voie beaucoup plus sage. Une voie beaucoup plus premier de la classe. Trop docile, trop appliqué, et surtout trop lisse du point de vue cinéma. Sauf que cet après-URSS est tout sauf lisse, mais le film se dénature lui-même. On voit venir à des kilomètres les critiques du « film Wikipédia« , et pour une fois, elles ne seront pas volées. Car même dans sa narration, Olivier Assayas est aussi ronflant que ce professeur d’histoire au collège qui dicte la page 29 du manuel.

© Le Mage Du Kremlin

Et puis il y a Paul Dano, Jude Law, Alicia Vikander et Jeffrey Wright. Oui, un vrai casting cinq étoiles. Olivier Assayas a les meilleurs ingrédients du monde et réussit à sortir le gâteau le plus fade de la fournée. Le pire, c’est qu’il n’y a rien en trop, le réalisateur est simplement trop scolaire, il suit à la lettre une recette dictée par on ne sait pas trop qui. Et malheureusement, ses acteurs sont tout aussi disciplinés. Résultat : des performances dévitalisées comme celle de Paul Dano. Le pauvre donne l’impression d’avoir envie de se tirer lui-même une balle dans le citron entre deux prises. Il n’y a que Jude Law qui s’amuse un peu, et pour le peu qu’on le voit, ça ne fait que de créer de la frustration. Autrement, Le Mage du Kremlin esquive joliment son sujet, esquive la tension, esquive surtout la plongée vers le fascisme que promettait pourtant ce roulé-boulé historique d’un pays au tournant de son histoire. Mais Olivier Assayas préfère peut-être nous livrer « les faits », et les raconter platement, comme on récite une leçon mal digérée. Cette idée de traverser les années en racontant l’histoire par la voix de son protagoniste fonctionne peut-être très bien dans un roman, au cinéma, c’est la grosse siestas. Et pourtant, en sortant de la projection, on ne se sent pas complètement déçu. Comme si Le Mage du Kremlin avait au moins le mérite de traiter vaguement le sujet. Comme si l’actualité lui conférait au moins une certaine importance, mais que va-t-il rester avec le temps ? Pas grand-chose.

EN DEUX MOTS

Un film de cours de 3eme B, où le prof d’histoire n’a toujours pas compris comment faire vivre ses récits. Le Mage Du Kremlin est aussi à deux doigts de donner raison à Tarantino au passage.

2,5

Note : 2.5 sur 5.


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