CRITIQUE | FILM

LA GRAZIA : pas vraiment touché par la grâce

Critique | Après le magnifique Parthenope, présenté en compétition à Cannes 2024, Paolo Sorrentino est de retour. Il quitte cette fois son Naples adoré pour dresser le portrait d’un président italien. La Grazia arrive enfin en salles.

SYNOPSIS

Mariano De Santis, président de la République italienne, est un homme hanté par la disparition de son épouse et par la solitude inhérente à l’exercice du pouvoir. Alors que son mandat arrive à son terme, il se retrouve confronté à des choix décisifs qui l’obligent à faire face à de profonds dilemmes moraux : deux demandes de grâce présidentielle et un projet de loi particulièrement controversé. Personnage entièrement fictif, il ne renvoie à aucun président réel et relève exclusivement de l’imagination de l’auteur.

© La Grazia

La Grazia est un film italien réalisé par Paolo Sorrentino en 2025. Il est présenté en compétition officielle à la Mostra de Venise 2025. En Italie, sa sortie en salles est prévue le 15 janvier 2026. En France, le film sera distribué par Pathé Films et sortira le 28 janvier 2026.

NOTRE CRITIQUE

Il a donné au monde entier une raison de visiter Naples. C’est le deuxième Maradona d’Italie. Donc forcément, on attendait son tout nouveau long-métrage, La Grazia, déjà récompensé à laMostra de Venise avec la meilleure interprétation masculine attribué à Toni Servillo. Un nouveau projet de Paolo Sorrentino plein de promesses..

Tout s’annonçait donc pour le mieux sous le soleil de l’Italie, d’autant que Paolo Sorrentino promet un film politique sur le poids des responsabilités et les dilemmes moraux du pouvoir. Mais si la récompense décernée à Toni Servillo est totalement méritée (car il est en effet brillant ici), on est cependant un peu moins séduit par l’angle choisi et le mariage entre le style sorrentinien et son sujet. Le réalisateur injecte tout le spleen de l’Italie pour brosser le portrait d’un homme politique tiraillé par plusieurs questions idéologiques. Point de départ intéressant, mais qui l’oblige surtout à parler de politique. Mais ça, le réalisateur ne veut pas. La Grazia devient alors un film sur un politique, sans être un film qui parle de politique, et c’est bien ça son problème majeur. Paolo Sorrentino concentre tout sur la mélancolie de son personnage, perché au sommet de la hiérarchie italienne, à la fois sensible et froid.. Et le réalisateur ne lésine pas sur les moyens pour humaniser la fonction de chef de l’État. Comme si une décision aussi importante sur l’euthanasie n’était que le prolongement d’une discussion entre papa et sa fille. Comme si la politique se réduisait à la seule volonté d’un grand décideur disposant de toutes les clés. Une vision simpliste et simplifiée du jeu politique, qui dessert forcément le propos. Le cinéaste expose la vulnérabilité de son personnage, mais son cadre formel finit par dévitaliser tout le reste. On aime pas les Chefs de l’Etat ici, même les fictifs dans les films de Paolo Sorrentino. Du coup, l’empathie ne prend pas non plus, pire, l’agacement arrive peu à peu, tant le cinéaste souhaite intellectualiser son sujet (alors qu’il est tout discret en interview quand on l’interroge sur ces points-là).

© La Grazia

D’autant que le réalisateur est beaucoup moins lyrique, beaucoup moins poétique dans sa mise en scène. Bah normal, on parle de politique. Difficile d’y ajouter de la grâce ou de l’élégance sans basculer dans le pompeux et ça, Paolo Sorrentino le sait très bien. Du coup, il adopte une position de réalisateur très sobre (par rapport à d’habitude en tout cas). Exit les magnifiques plans napolitains, le bleu de la mer à perte de vue et le soleil vermeil caressant les visages italiens. Dans La Grazia, on est cloîtré dans des vastes pièces avec beaucoup d’hauteur sous plafond, où dominent les costumes austères de présidents. Heureusement, certains personnages détonnent et apportent un grain de sel sorrentinien bienvenu. On pense par exemple à Coco Valori, l’amie du président interprétée par Milvia Marigliano, qui fait tout de suite forte impression dès ses premières minutes à l’écran. Sa présence désamorce la rigidité du film, d’autant qu’elle bénéficie d’une véritable partition narrative, au-delà du domaine politique de ce film. La musique, elle aussi, tente d’alléger le poids du cadre, mais de manière moins évidente. Paolo Sorrentino intègre notamment des morceaux de rap Guè Pequeno, qu’il fait fredonner à son président. Le message est là, mais la forme reste un peu poussièreuse..

Fort heureusement, Paolo Sorrentino reste Paolo Sorrentino. L’intimité de ses personnages est bien exploitée et le jeu quasi parfait de Toni Servillo sert le côté raffiné. Une sorte de défilé Gucci qui manquerait légèrement de fantaisie, moins Sorrentino-compatible que prévu finalement..

EN DEUX MOTS

Paolo Sorrentino nous a habitués à un plus lyrique.. Et dans ce cadre austère de la fonction présidentielle, il a du mal à déployer entièrement la poésie qui fait son cinéma. La Grazia ne fera pas l’unanimité au référendum du 7eme art, mais sauve les meubles par ses dialogues et son casting raffinés.

3

Note : 3 sur 5.


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