SYNOPSIS
Emma et Charlie vivent le parfait amour. Enfin pas celui à l’eau de rose des comédies romantiques, mais plus comme de parfaits meilleurs amis : un amour débridé, où taquineries et humour occupent une place centrale. Ils décident de se marier, jusqu’au jour où une révélation fait naître une angoisse sans précédent où les préparatifs du mariage sont mis à l’épreuve.


NOTRE CRITIQUE
Les dix premières minutes de The Drama annoncent la couleur. Charlie, incarné par Robert Pattinson, malaisant de timidité, peine à aborder Emma, le personnage de Zendaya. On aimerait l’aider, et on en devient empathique. Mais il finit par engager la conversation même si la tâche n’était pas facile puisqu’elle est sourde d’une oreille.
Le montage suit le fil de la rencontre, et fragmente le son, tandis que les images se succèdent pour montrer les débuts progressifs du couple dans un espace de vie commun. La complicité est plus que présente, et sans filtre, faite de taquineries et d’une intimité décomplexée (ils n’hésitent pas à se baisser le pantalon et se claquer les fesses). Quand,Charlie demande la main d’Emma, les préparatifs s’enclenchent jusqu’à la fameuse révélation qui chamboule le rythme du mariage. Le film bascule dans une mécanique de sarcasme et de dérives morales qui s’emboîtent parallèlement au montage, le plus gros point fort du film. La narration se structure autour des vœux du marié : tout converge vers ce moment où il faudra dire ce qu’on ressent pour la personne avec laquelle on choisit de passer le restant de ses jours. Après la révélation ou « le drame » tout est rapidement remis en cause, tout est repensé, encore et encore suivant une spirale infernale d’angoisse. Car oui, l’anxiété ici dépeinte avec brio, fait surface comme un troisième personnage principal qui pèse sur les mariés. Vous l’aurez compris, Kristoffer Borgli manie l’art de l’anti-romcom. Pourtant The Drama joue sur une hybridation des codes lors de sa promotion : les couleurs du bride to be sont portées par Zendaya, une affiche glamour codifiée mais une accroche déconstruite « ne vous fiez pas aux apparences ». Le long-métrage débute comme une comédie romantique légère : un couple qui fonctionne à tous les niveaux (perso, pro et même amoureusement) jusqu’à la fameuse révélation qui bascule le film vers quelque chose de plus sérieux.

Une révélation partagée devant certains témoins du mariage prend la forme d’un véritable tribunal de l’intime où chacun est amené à exposer la pire chose qu’il ait faite dans sa vie. Entre reflet de société, et dilemmes moraux, le film met en scène une mécanique de jugement collectif par aveux de tour de table : la permission de juger l’autre, de se dédouaner, de se comparer, voire de se rassurer sur ses propres fautes. Ce qui se joue ici est plus un affrontement de faits qu’une véritable mise en contexte des réalités. Car autour de la table, personne n’est une victime, mais tous des coupables. Pourtant une personne sera désignée, tandis que les autres fautes seront effacées. Kristoffer Borgli appuie ses séquences d’humour noir, par un enchaînement de faux-semblants incarnés par l’ensemble des personnages en installant peu à peu le malaise. Cette dérive quasi maladive du mariage, dominée par l’anxiété, n’aurait pas été aussi marquante sans le duo en tête d’affiche. Robert Pattinson livre ici une performance à contre-courant de tout ce qu’il a déjà pu proposer : ni badass comme dans The Batman, ni loveur à la Edward. Il incarne un Charlie vulnérable et insaisissable. Son personnage est peureux, envahi par ses pensées obsessionnelles et son angoisse. À ses côtés, Zendaya, est loin de ses rôles affirmés, manipulatrice dans Challengers, ou guerrière avec Chani. Dans The Drama, Emma est quasi écrasée par la situation.
À 1000% coupable, elle porte un poids qui dépasse ses propres actes comme si cela justifiait le fait d’absorber celui des autres. Les personnages secondaires joués par Alana Haim et Mamoudou Athie participent à la tension du film. Leur scène, n’apaise pas la situation, bien au contraire, elle alimente le malaise jusqu’à en créer une atmosphère, et susciter de l’agacement. The Drama s’impose comme un bijou millimétré qui illumine ce début d’année.
EN DEUX MOTS
Plus qu’une simple histoire de mariage, The Drama est un tableau angoissant des relations, un anti-romcom qui place au cœur de son récit l’union maritale dominée par l’anxiété. Ici, Zendaya et Pattinson incarnent moins un couple qu’un champ de bataille émotionnel où l’amour se heurte au regard des autres. Le film dissèque le moment où tout peut basculer, où l’intime devient public.
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