CRITIQUE | FILM

PRIMETIME :  à la recherche de l’audimat 

Critique | Après plusieurs longs-métrages documentaires, Lance Oppenheim nous présente son premier film de fiction à travers un sujet des plus controversés : une émission télévisée vieille de 20 ans vouée à capturer des pédophiles. Malgré l’aspect réel de son intrigue, le réalisateur arrive-t-il à trouver ses marques dans le monde de la fiction avec Primetime ? 

SYNOPSIS

Avec son émission de téléréalité To Catch a Predator, Chris Hansen et son équipe mènent en caméra cachée des recherches pour identifier et arrêter les personnes qui contactent des mineurs sur Internet dans le but d’avoir avec eux des relations sexuelles. Le show défraye la chronique et va changer la télévision pour toujours. Primetime est un film américain réalisé par Lance Oppenheim et sorti en 2026.

© Primetime
Illustration montrant une série de formes jaunes représentant des éclats, avec des éclaboussures rouges, suggérant une réaction explosive.

NOTRE CRITIQUE

En 2006, le présentateur de To Catch a Predator, Chris Hansen, s’apprête à faire l’histoire de la télévision lorsque son émission passe enfin en primetine, l’heure réunissant le plus de téléspectateurs. Cependant, la pression d’être à la hauteur semble dépasser l’objectif principal de son émission..

Avec Primetime, Lance Oppenheim signe donc son premier film de fiction et avec une production assurée, entre autres, par la société qui divise de plus en plus chez les cinéphiles : A24. Aussi, avec un sujet tel qu’une émission de capture de pédophile, on aurait pu avoir peur de l’impact de la société de production et de la sur-esthétisation que l’on lui associe parfois. Cependant, la mise en scène est sûrement le point fort du film de Lance Oppenheim, puisque c’est à travers cette dernière que le réalisateur va donner de l’impact à travers la façon dont il va caractériser son trio de personnages principaux. La scène introductive du film met déjà un parallèle angoissant entre le personnage de Chris Hansen répétant son spitch à travers des gros plans oppressants, et l’arrivée d’un prédateur de son émission dans la maison appât. L’utilisation pour ces dernières scènes de caméras intradiégétiques permet paradoxalement de mettre une certaine distance entre le spectateur et l’émission, mais également de les inclure non plus comme des spectateurs du film mais de l’émission en elle-même.. Et donc acceptant presque inconsciemment les coulisses et les intentions pas forcément louables des personnages qui en sont les créateurs et producteurs. Le format en 4/3 du film et son grain constant mettent également le spectateur dans l’ambiance d’une émission télévisuelle tout en ayant une esthétique très léchée grâce à la photographie de David Bolen, son directeur de la photo habituel. Une photographie qui ajoute à la tension de certaines scènes une véritable ambiance horrifique qui se prête parfaitement bien au film.

© Primetime

Comme dit plus tôt, au centre de l’intrigue de Primetime, on ne trouve pas tant la chasse aux prédateurs de l’émission de Chris Hansen mais bien les mécaniques du monde de la télévision américaine et l’exposition des intentions purement égoïstes des trois protagonistes. En effet, l’intrigue est centrée principalement sur le présentateur, mais également sur Andie, la productrice de l’émission, et Dan, un acteur jouant un des appâts. Et si c’est un point qui a pu déranger certains spectateurs qui auraient souhaité un film se centrant uniquement sur cette chasse aux prédateurs, c’est sûrement la plus grande qualité du film. Le cinéaste montre que derrière chaque émission télévisuelle se cache un autre type de prédateur : des prédateurs à l’audimat. Et plus l’intrigue du film va avancer, plus le réalisateur va dévoiler les côtés sombres, les véritables intentions de ses personnages, non seulement à travers sa narration et ses dialogues, mais également à tous les éléments de mise en scène qu’il a à disposition. Évidemment, l’on pense à ses effets visuels, ses choix d’optiques et de cadres, mais d’autres éléments comme les décors et surtout les costumes commencent à refléter que les rôles que les personnages prennent s’effacent pour montrer d’autres aspects (le parallèle entre l’équipe de To Catch a Predator et des policiers trop zélés devenant de plus en plus évident dans le dernier tiers du film). Le film ne se cache pas non plus de moments assez pince-sans, en mettant des ironies presque macabres qui peuvent provoquer chez le spectateur un sourire, voire un rire, presque malsain. Notamment dès l’arrivée au Texas où le réalisateur prend un malin plaisir à lancer des piques aux politiques conservatrices de l’État et à certaines figures de l’époque (référençant le sandwich spécial Jared de Subway alors que ce dernier a depuis été arrêté pour possession de films pédopornographiques et relations rémunérées avec des mineures).

Il serait criminel de ne pas citer la splendide performance de Robert Pattinson qui démontre encore une fois l’étendue de son talent lorsqu’il est bien dirigé. Interprétant avec brio une figure bien plus qu’ambiguë tout en nous donnant, malgré les attitudes et le caractère de ses personnages, de brefs moments de répit où l’on se rappelle de l’humain. La performance de Robert Pattinson et l’esthétique déjà mentionnée plus tôt rendent la fin du film extrêmement marquante et surtout impactante avec des plans qui restent en tête plusieurs heures après le visionnage du film et amènent le spectateur à se poser la question de comment interpréter les images auxquelles il vient d’assister.

EN DEUX MOTS

Primetime est une première réussie dans la fiction pour Lance Oppenheim. Une histoire sordide suffisamment romancée pour la rendre sordide, tout en ayant le recul nécessaire par la mise en scène pour mieux appréhender le monde étrange de la TV et de ses soi-disant héros.

4,5

Note : 4.5 sur 5.


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