SYNOPSIS
Corinne Maclou est figurante. Elle enchaîne les tournages et distribue des CV dans le seul espoir d’être remarquée et de décrocher enfin un vrai rôle. Un jour, elle fait la connaissance de Sandrine Kiberlain sur un plateau, avec qui elle va peu à peu sympathiser. Mais la célèbre actrice va-t-elle vraiment l’aider à se faire une place au sein de la grande famille du cinéma ? Ni vue, ni connue est un film franco-belge réalisé par Marc Fitoussi et sorti en 2026. Il est présenté en clôture du Festival international du film de Locarno 2026, ainsi qu’au Festival international du film de Toronto 2026.


NOTRE CRITIQUE
Ni Vue, Ni Connue est un film avec un fort potentiel et avec une prémisse plus qu’intéressante, notamment en 2026. Parler de l’entre-soi dans la “grande famille du cinéma” alors que beaucoup de spectateurs se plaignent de ne voir que la même dizaine de têtes dans les films à l’affiche, c’est sur le papier extrêmement pertinent. Cependant, au fur et à mesure que le film avance, il est facile de comprendre qu’il est le premier symptôme de ce qu’il dénonce.
Comme dit plus haut, le film va principalement suivre le véritable parcours du combattant de Corinne Maclou, figurante depuis plus de 30 ans, pour avoir de vrais rôles dans le cinéma, des rôles parlants. L’idée de mettre en avant la figure des figurants est encore une fois très bonne, ce sont des figures essentielles du cinéma qui pour certains n’auront jamais leur heure de gloire malgré toute la bonne volonté du monde. Le nombre d’inconnus qui composent le cinéma est impressionnant et c’est ici que l’on trouve la première erreur du film. Corinne Maclou est interprétée par Isabelle Huppert, actrice reconnue depuis près de 50 ans, nommée aux Césars 17 fois depuis la fin des années 70, dont la dernière nomination date de l’année dernière pour La Femme la plus riche du monde. Dès ce choix de casting, le film fait exactement ce qu’il dénonce en donnant à cette actrice (qui est très bonne dans le rôle, ça on ne peut pas lui retirer) le rôle principal. Si l’on peut penser que ce choix était nécessaire pour que le film se fasse, tant certains producteurs exigent des acteurs de liste A, la présence de Sandrine Kiberlain dans son propre rôle remet en doute ce choix du réalisateur. Il est compliqué de ne pas faire la comparaison avec Extro de Naoki Murahashi, un documenteur de 2019 traitant du même sujet où une équipe de tournage suit différents figurants dans leurs quotidiens respectifs et à travers leurs rêves de plus grands rôles. Cependant dans le film de Murahashi, le rôle principal est confié à un figurant qui joue une version exagérée de lui même ce qui est le cas pour tous les figurants présent dans Extro. Cette démarche rend le film d’autant plus efficace puisqu’il déborde de sincérité et d’amour pour ses sujets.

Dans Ni vue, ni connue, le véritable problème se situe dans un point précis : le film ne comprend pas réellement ce dont il parle. Hors le choix de casting d’Isabelle Huppert, la représentation des figurants et des membres moins reconnus des équipes techniques reste hors-sol (un des reproches qui est fait au personnage de Sandrine Kiberlain dans le film). Montrant une figurante vivant seule dans un grand appartement parisien, pouvant se permettre des déplacements non débrayés jusqu’en Normandie, on reste loin de la grande majorité des figurants qui doivent enchaîner les tournages et travailler à côté pour avoir un semblant de vie (notamment en 2026). Inconsciemment ou non, le film ne traite également pas du tout de la question des minorités qui ont sûrement bien plus de mal à trouver même des rôles de figuration dans le monde du cinéma français. On en revient à une autre critique récurrente du cinéma français : le film se centre encore sur la bourgeoisie blanche parisienne. En dehors de ces aspects, le film possède évidemment quelques qualités, notamment les interprétations de ces acteurs. On sent que c’est réellement la démarche principale du réalisateur de mettre en avant son casting à travers plusieurs scènes leur permettant d’explorer toute leur palette d’émotions.
Marc Fitoussi avoue volontiers plusieurs travers du cinéma à travers ces différentes scènes sur plateau montrant la mollesse face aux grands acteurs quand il s’agit de les remettre à leur place, tandis que les figurants en prennent volontiers plus facilement pour leur grade. Il y a un vrai jeu sur la manière de représenter les coulisses d’un tournage et les différents maillons qui le composent de la part du réalisateur. Cependant ces maigres qualités sont loin d’effacer les défauts déjà évoqués ainsi que le rythme du film, son humour parfois bancal et une réelle absence d’idées de mise en scène. La fin du film allant jusqu’à ancrer le fameux mythe de la méritocratie allant presque à l’encontre de ce que dit le film pendant sa majeure partie.
EN DEUX MOTS
Malgré une prémisse intéressante et une volonté de remettre en question les codes du cinéma actuel, Ni Vue, Ni Connue échoue en accomplissant exactement ce qu’il dénonce n’étant qu’à moitié sauvé par ses actrices qu’il met tant en avant, au point d’en oublier presque le reste.
2,5
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