CRITIQUE | FILM

RETOUR A SEOUL : un séjour compliqué

Après des débuts timides auprès du grand public, le réalisateur Davy Chou nous présente l’épopée d’une femme à la recherche de ses origines. Un projet intime et extravagant à la fois, mais loin d’être sans défaut. Notre critique du film 'Retour à Séoul'.

SYNOPSIS

Freddie, 25 ans et toutes ses dents, est née à Séoul, mais adoptée par une famille française avec qui elle a vécu toute sa vie. Sur un coup de tête, elle décide de retourner pour la première fois en Corée du Sud. Là-bas, dans sa ville natale, elle souhaite prendre contact avec ses parents biologiques.

La jeune femme se lance avec fougue à la recherche de ses origines dans ce pays qui lui est étranger, faisant basculer sa vie dans des directions nouvelles et inattendues.

NOTRE CRITIQUE

Second long-métrage du cinéaste Davy Chou, et présenté à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes, Retour à Séoul est un film qui ne laissera personne indifférent. Ce nouveau projet se démarque par sa nature extrêmement personnelle et intimiste. Déjà par son postulat de départ : une jeune adoptée qui visite son pays de naissance, souhaitant retrouver ses parents biologiques. Le personnage de Freddie est le centre absolu du film et on le ressent tout du long. La caméra est constamment centrée sur elle, avec une utilisation régulière de plans serrés. On est non seulement en totale immersion, mais aussi et surtout au plus proche de cette héroïne. On ne la quitte pas des yeux un instant, chaque parcelle d’émotion est perçue au travers du jeu parfait de Park Ji-Min. C’est d’ailleurs sa force majeure, que l’on accroche ou non à ce nouveau film.

Le travail effectué au niveau de l’ambiance général du film est remarquable. Que cela soit concernant la lumière en ville ou en intérieur, les différents plans de caméra, les focales utilisées.. Bref, on est constamment impliqué durant chaque scène que veut nous faire vivre le réalisateur. Bien que ce ne soit pas d’une originalité particulière au niveau de la photographie, le film n’en reste pas moins aussi efficace que maîtrisé. Avec ce cadrage particulièrement étroit, on se sent étriqué au milieu de chaque scène de dialogues. Et lorsque la caméra sort de ces pièces et nous plonge dans la ville, il n’y a pas de grands plans larges montrant l’immensité de la métropole. Non, Freddie ne connaît pas cette ville, ne connaît pas ce pays, et par conséquent nous non plus. La caméra reste fixée sur elle et ne vit qu’au travers de ce protagoniste. Ce qui se ressent particulièrement durant deux scènes d’explosion émotionnelle du personnage, et Davy Chou s’amuse vraiment avec des plans-séquences ou des montages dynamiques permettant de ne faire qu’un avec son personnage.

Une véritable muse, excentrique au possible, qui n’hésite jamais à se mettre dans des situations improbables, parfois terriblement gênantes. Parfois également pleines de vie, certaines scènes sont difficiles à voir et d’autres génèrent un bonheur émotionnel absolu. Freddie est un personnage haut en couleur, fort et imposant. Cependant, le fond est un peu plus problématique. Ce n’est pas l’histoire qui pose problème, au contraire, on sent une vraie volonté d’exploiter une multitude de sujets, sans que ce soit dérangeant ou de trop. Retour à Seoul est un film sur le sentiment de rejet, la recherche d’une origine, d’un sens à cette origine, de l’acceptation de soi, et cela pose aussi des questions sur le savoir-être et la reconnaissance. Mais il y a un point qui casse toutes ces bonnes idées et c’est la construction globale du film, surtout de son héroïne. Tous les personnages secondaires sont très réussis et attachants (à leur manière pour certains), mais la deuxième partie du film semble perdre de vue son objectif à travers sa narration et des ellipses confuses en pleine reconstruction de personnage. On ne sait plus ce que le film veut nous raconter, à passer entre plusieurs trames sans vraiment finir ce qu’il a commencé. Ce sont des moments-clés, qui par conséquent, perdent leur importance cruciale. On dégrade alors le rythme, pourtant maîtrisé en première partie..

On ne sait alors jamais quoi penser de la protagoniste qui vire entre bienveillance et égoïsme total, sans aucune transition. L’objectif était certainement de nous faire comprendre la complexité du personnage, mais cela a pour seul effet d’embrouiller le message. On sort donc de la séance avec un sentiment mitigé. On aimerait l’adorer pour ses qualités indiscutables, mais malgré ses meilleures intentions, on ne peut s’empêcher de retenir une cohérence de fond en dents de scie.

EN DEUX MOTS

Retour à Séoul est aussi beau que difficile à appréhender. Malgré une technique remarquable et un fond touchant, on ne peut qu’être déçu de ne pas assister à ce qui nous est promis tout au long du film. On garde cependant les bons côtés, et on a hâte de voir les prochaines propositions de Davy Chou.

3,5

Note : 3.5 sur 5.

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