CRITIQUE | SERIE

DAREDEVIL BORN AGAIN S2 : l’Avengers TV Show

Critique | Après avoir définitivement basculé sous la bannière Disney afin d’entrer dans l’immensité du MCU, Daredevil, désormais accompagné du sous-titre "Born Again", revient pour une deuxième saison. Un retour qui emprunte dangereusement les mauvais travers des studios.

SYNOPSIS

Alors que Wilson Fisk, le Caïd, étend toujours davantage son emprise sur New York City depuis son poste de maire, il s’appuie sur son unité spéciale, l’Anti-Vigilante Task Force, pour traquer les justiciers et réduire toute opposition au silence.

© Daredevil: Born Again – Saison 2

Face à cette montée de l’autoritarisme, Matt Murdock, connu sous le nom de Daredevil, réunit plusieurs alliés afin d’organiser la résistance contre Fisk et son administration. Ensemble, ils se dressent pour défendre la ville et combattre l’oppression. La deuxième saison de Daredevil: Born Again comptera huit épisodes, diffusés à partir du 24 mars 2026.

NOTRE CRITIQUE

Lors de notre critique sur la première saison, on avait prédit une bonne surprise éphémère. Force est de constater qu’on avait vu juste, car cette seconde saison glisse doucement, mais sûrement, vers les travers habituels des productions Disney. Même s’il reste quelques éléments qui permettent à la série de rester solide, à commencer par cette noirceur et cette violence omniprésentes..

Dans cette saison 2, on retrouve une certaine fureur dans les séquences d’action qui dénote radicalement avec le reste des productions Marvel, ce qui reste un héritage plaisant de l’ère Netflix. Pour autant, nous sommes loin, très loin même, de la précision technique dont faisaient preuve les trois premières saisons sur le grand N rouge. Les chorégraphies et la mise en scène manquent ici cruellement de lisibilité et d’inspiration. Mais puisque c’était déjà un point faible de la saison précédente, la déception est moindre à ce niveau-là. Ce qui fait tout de même la singularité de cette saison 2, c’est son ambition politique. Bien que le traitement reste assez superficiel en surface, cette métaphore non dissimulée de la politique moderne américaine constitue un parti pris assez inattendu de la part des studios. Impossible d’ignorer le parallèle évident entre l’ascension de Wilson Fisk et celle de Donald Trump, tout comme il nous est impossible de ne pas percevoir dans la police anti-justicier corrompue de Fisk une référence directe à l’ICE, véritable bras armé de la politique migratoire trumpiste. Le récit intègre également une réflexion sur l’impact des réseaux sociaux et la manipulation de la presse, qui fait également écho à notre quotidien. Des axes scénaristiques réellement intéressants, mais qui finissent malheureusement par être balayés par les futilités que Disney s’obstine à imposer coûte que coûte.

© Daredevil: Born Again – Saison 2

C’est visiblement plus fort qu’elle, malgré les échecs répétés de ses précédents films et séries, la firme aux grandes oreilles ne peut s’empêcher d’imposer sa vision globale et de vouloir multiplier les cartes dans sa main sans même maîtriser les règles du jeu. En fin de compte, ce sont les œuvres elles-mêmes qui en subissent les conséquences, et cette seconde saison de Daredevil : Born Again en fait clairement les frais. Alors que la première saison illustrait un contraste intéressant entre l’ascension de Fisk et la chute de Murdock, la balance bascule ici dans l’autre sens avec une lenteur interminable. Il est clair que Disney a trouvé une nouvelle poule aux œufs d’or et qu’elle n’est pas prête de la lâcher, en étirant le récit à outrance. Toute cette saison ressemble à un cycle qui se répète sans fin, perdant son aura au fil des épisodes. Comment pourrions-nous encore ressentir de l’émotion face à la mort de Foggy quand celle-ci nous est surexposée en permanence alors que les scénaristes n’ont plus rien de neuf à raconter sur le sujet ? Comment rester captivés par les dérives des personnages quand elles se répètent en boucle sans évolution notable ? Comment être encore impacté par les excès de colère de Fisk quand ils interviennent mécaniquement un épisode sur deux ?

© Daredevil: Born Again – Saison 2

Wilson Fisk, qui est devenu, au fil du temps, le véritable protagoniste de ce revival. Toujours brillamment campé par Vincent D’Onofrio, le Caïd est désormais si indissociable du Diable de Hell’s Kitchen que l’intrigue en devient dénuée d’intérêt. Il n’est pas possible de s’investir éperdument dans une quête visant à faire tomber le colosse quand toute la mise en scène nous hurle que, pour des raisons purement financières et stratégiques, il est impossible de s’en débarrasser. Plutôt que d’assumer cette impasse narrative, Marvel continue de surfer sur la promesse d’un affrontement final qui semble pourtant destiné à ne jamais se produire. Un face-à-face qui perdure depuis cinq saisons et qui s’est mis à piétiner, ne percevant aucune issue à l’horizon. Mais tout ceci est un détail pour Disney, qui semble avoir d’autres priorités que d’offrir une intrigue percutante. Les intentions des studios sont limpides : transformer Daredevil en leader des « Avengers télévisuels ». C’est leur seule véritable ambition, et ils se moquent complètement de la cohérence narrative globale. C’est précisément ce qui explique le retour aussi inutile qu’incompréhensible de Jessica Jones, ou encore cette sous-intrigue fatigante autour de Swordsman dont nous n’avons absolument rien à faire. C’est cette même logique qui pousse à l’ascension de mini-héros sans aucun développement de fond, qui motive le basculement narratif, sans fondement, de Bullseye, ou qui justifie l’introduction de Matthew Lillard au casting dans un rôle de liaison constamment laissé sur la touche. Cette même raison qui autorise une écriture bancale et bâclée du personnage de Karen Page.

Comme à son habitude, Disney avance les yeux rivés sur ses ambitions à long terme plutôt que d’essayer de produire de la qualité dans l’instant présent. Une stratégie qui a pourtant déjà prouvé son inefficacité par le passé. Au regard de la baisse d’audience vertigineuse enregistrée par cette saison 2, il semble que les studios s’enfoncent dans un schéma d’échec similaire, avec ce qu’ils avaient pourtant de meilleur dans leurs cartons.

À retrouver sur Disney Plus

EN DEUX MOTS

Malgré quelques vestiges qui lui permettent de rester au-dessus du lot, les ambitions bien trop avancées de Disney entachent cette saison 2. Une saison qui privilégie la préparation de la suite des événements plutôt que de se focaliser sur une narration efficace pour faire avancer et conclure sa propre histoire.

2,5

Note : 2.5 sur 5.


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