CRITIQUE | FILM

TOUT VA SUPER : l’art de botter en touche

Critique | Après Un mariage sans fin, son infâme remake de Palm Springs pour Prime Vidéo, Patrick Cassir est de retour au cinéma avec une histoire bien plus personnelle. Une comédie qui porte un regard sur l'accompagnement de nos aînés dans la lutte contre la maladie. Un regard qui a parfois tendance à loucher un petit peu.

SYNOPSIS

Elie respire enfin. Après des années passées à s’occuper de Sylvaine, sa mère envahissante mais malade, celle-ci semble guérie. Libéré, il s’autorise pour la première fois à penser à lui. Dans un bar, il rencontre Anaïs. L’attirance est immédiate, puis l’amour s’installe vite. Mais cette parenthèse heureuse est brutalement interrompue lorsque Sylvaine rechute. Pris entre une relation naissante et le retour de la dépendance maternelle, Elie se retrouve rapidement débordé, incapable de concilier sa nouvelle vie et ce lien familial qui l’aspire à nouveau. Tout va super est une comédie dramatique sur l’équilibre fragile entre émancipation personnelle et loyautés familiales.

© Tout Va Super

NOTRE CRITIQUE

Il est difficile de jauger un film qui évolue dans une configuration permanente où ses qualités deviennent des défauts. Un film où Patrick Cassir, le réalisateur, exploite ses idées les plus insignifiantes à outrance, nuisant à ses plus belles. Pourtant, s’il y a bien une idée que nous devons saluer, c’est le choix absolument brillant d’un casting sur lequel repose d’ailleurs toute la solidité du film.

Noémie Lvovsky y est impériale et réussit à dégager toute la sensibilité et la bienveillance de son personnage à travers un cynisme assumé et un côté envahissant délicieusement dosé. Sa performance trouve un équilibre parfait avec celle d’Hakim Jemili, et tous deux forment un tandem d’une douceur remarquable. Bien qu’il incarne à nouveau ce personnage naïf, paumé et maladroit qui semble lui coller à la peau au fil de sa filmographie, Hakim Jemili s’ajuste, progresse et devient toujours plus juste dans son interprétation. À ce duo très complice s’ajoute Marie Colomb, qui apporte sa pierre à l’édifice avec beaucoup de grâce dans cette histoire pleine de tendresse et de sincérité. Le choix de réaliser un long-métrage tout en pudeur, est parfaitement adapté à l’atmosphère d’enfermement et de huis clos psychologique que le film souhaite dépeindre. Nous touchons là à l’une des vraies bonnes idées du projet. Cette volonté constante de maintenir une intimité resserrée, au-delà de sa cohérence avec le récit, possède le mérite de placer le film dans un instant suspendu. C’est un moment de vie intense, détaché de toute temporalité, où les personnages ne sont confrontés qu’à eux-mêmes, à la maladie et à la mort qui semble inévitable. Un parti-pris fort qui fait pleinement sens et qui apporte beaucoup à l’émotion globale.

© Tout Va Super

Mais comme nous le disions précédemment, Patrick Cassir a cette fâcheuse tendance à transformer les forces de son film en faiblesses. Parce que cette pudeur cohérente se heurte régulièrement à une neutralité qui lui fait perdre une partie de son sens. Si sur le plan technique, le film réussit à enfermer ses protagonistes dans une bulle austère, l’écriture, de son côté, apporte une légèreté bien trop appuyée qui vient faire éclater cette même bulle. Oui, bien sûr, on rit beaucoup devant Tout Va Super, surtout grâce à Rudy Milstein qui fait preuve d’une grande énergie comique. Néanmoins, ces moments de rire ont du mal à laisser la place nécessaire aux larmes. Au lieu de se servir de l’humour comme d’un outil de désamorçage, le film l’utilise plutôt comme un outil de camouflage. Comme si Patrick Cassir avait peur de se confronter directement à son propre sujet, préférant dissimuler toute la dramaturgie derrière des blagues qui, parfois, desservent le récit plus qu’autre chose. Pourtant, le scénario réussit de manière très habile à capter tous les aspects et les différents points de vue de ce pan de vie trop peu souvent raconté au cinéma. Nous suivons l’histoire de ce jeune homme qui met sa propre vie entre parenthèses pour épauler sa maman face à la maladie, alors même qu’il a tout à construire. On l’observe dans le déni, livrant toutes ses forces dans une bataille à laquelle la principale concernée ne souhaite pourtant plus prendre part.

Les doutes, les gestes, les non-dits pesants… Tout est là, et pourtant le film botte constamment en touche. Le cinéaste semble bloqué dans l’angoisse de s’y frotter réellement, préférant à chaque fois se tourner vers la légèreté. Une légèreté qui se manifeste par le recours à l’humour, mais également par des moments dramatiques bien trop exagérés pour être réellement ressentis à leur juste valeur. Au bout du compte, on ressort de la salle en ayant passé un agréable moment de cinéma, mais qui laisse malheureusement un peu trop sur la faim.

EN DEUX MOTS

Une comédie agréable, qui puise toute son efficacité dans l’alchimie entre ses comédiens. Néanmoins, et malgré de très belles idées, le film reste constamment en retrait de sa propre émotion. Malgré sa complexité, l’écriture opte pour une légèreté qui nous prive d’un impact plus profond sur un sujet pourtant passionnant.

3

Note : 3 sur 5.


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