SYNOPSIS
Un homme achète, dans une boutique de farces et attrapes, un mystérieux objet capable d’exaucer un unique vœu. Il s’en sert pour conquérir la femme qu’il aime en secret. Mais lorsque son souhait se réalise au-delà de toutes ses attentes, l’amour tant désiré bascule progressivement dans une obsession aussi dévorante qu’incontrôlable.

Obsession est un film d’horreur psychologique américain écrit et réalisé par Curry Barker, sorti en 2025. Le long-métrage est présenté pour la première fois dans la section Midnight Madness du Toronto International Film Festival le 5 septembre 2025. Il poursuit ensuite son parcours dans de nombreux festivals jusqu’en mai 2026, avant sa sortie en salles.

NOTRE CRITIQUE
Sorti durant le mois de mai 2026, Obsession est déjà un des phénomènes cinématographiques les plus surprenants de l’année. Pour un budget d’environ 700 000 dollars, il a engrangé plus de 224 millions de dollars de recettes mondiales, dont 72,6 millions à l’international. Un succès d’autant plus remarquable qu’il repose sur une histoire originale et non sur une franchise déjà établie.
Dans un paysage dominé par les grandes licences, Obsession a réussi à voler la vedette à plusieurs productions bien plus coûteuses. L’une des grandes forces du film réside dans sa mise en scène volontairement sobre : peu de décors, peu de personnages. Cette économie de moyens renforce le malaise ambiant et participe à cette impression de « fable » moderne. Curry Barker privilégie un fond infiniment plus dérangeant que la forme, avec une réalisation qui plonge progressivement dans le surnaturel plutôt que de multiplier les effets spectaculaires. Cette approche accentue le caractère psychologique du récit. L’histoire part d’un postulat auquel chacun peut facilement s’identifier : éprouver des sentiments pour un ami ou une amie de longue date. À partir de cette situation familière, le film explore progressivement des thèmes bien plus sinistres tels que le désir, l’obsession et le consentement. Le traitement des deux personnages principaux connaît une évolution particulièrement marquante. D’abord présenté comme un jeune homme timide et maladroit, Bear bascule progressivement vers des choix de plus en plus inquiétants et profondément ignobles. Parallèlement, Nikki perd peu à peu sa figure humaine pour devenir une présence toujours plus dérangeante. La performance d’Inde Navarrette dans le rôle de Nikki contribue fortement à la crédibilité de cette fable horrifique moderne. L’actrice parvient à rendre son personnage à la fois adorable, vulnérable et profondément inquiétant. Face à elle, Michael Johnston apporte une ambivalence essentielle entre martyr et antagoniste pathétique, offrant au spectateur un point d’accroche particulièrement éprouvant tout au long du récit.

Le public a été particulièrement marqué par la noirceur du propos et certaines scènes où l’on oscille constamment entre empathie pour la détresse de Nikki et effroi face à ses actes. Le film ne tombe jamais dans la glamourisation de son sujet et adopte un regard critique sur l’idée même de posséder l’être aimé. Il questionne activement les dynamiques sociales, aussi bien romantiques qu’amicales, avec une rare brutalité. Le sujet central demeure la dépendance affective, mais également l’influence d’un entourage toxique et la manière dont celui-ci peut favoriser des choix égoïstes et dangereux. Cependant, le film n’est pas exempt de défauts. On peut relever plusieurs facilités scénaristiques, un certain manque de renouvellement dans certaines situations et, surtout, un développement insuffisant des personnages secondaires. On peut également s’interroger sur la représentation d’un personnage féminin comme principale menace tandis que l’homme apparaît comme une victime, alors même qu’il demeure pleinement responsable de sa situation. Cette approche risque parfois de flirter avec certains clichés liés à l’hystérisation de la détresse féminine. Entre le parti pris consistant à adopter le point de vue du criminel et une potentielle stigmatisation de la souffrance féminine, la frontière est parfois mince. Malgré ces réserves, la véritable force du projet réside dans la richesse de ses sous-textes et dans la multitude d’interprétations qu’il suscite. À une époque où les dynamiques hommes-femmes n’ont jamais autant été au centre du débat et où les masculinités toxiques et la cancel-culture sont une problématique sournoise et inhérente à notre génération, c’est assez brillant.
Au final, Obsession s’impose comme l’une des révélations majeures de 2026. Son parcours au box-office démontre qu’une œuvre originale peut encore séduire un large public. En combinant efficacement horreur psychologique, réflexion sociale et tension dramatique, le film confirme le talent de Curry Barker, dont la maîtrise est assez bluffante, malgré un budget extrêmement limité.
EN DEUX MOTS
La performance d’Inde Navarette donne toute la crédibilité au récit. Malgré quelques longueurs, Obsession réussit à transformer une histoire intime en expérience d’horreur mélancolique qui apporte au débat et alimente les discussions bien après la projection.
3,5
Les avis des autres rédacteurs
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