CRITIQUE | FILM FESTIVAL DE CANNES

LA BATAILLE DE GAULLE : général avec de grosses couilles

Critique | Après un débarquement au Festival de Cannes 2026 dans la sélection Cannes Premières, le tout nouveau projet de Pathé arrive enfin dans les salles de cinéma françaises. La Bataille De Gaulle : L’Âge de fer ouvre les hostilités avant la sortie de sa seconde partie, prévue dans un mois. Mais ce premier volet est-il déjà un petit flop ?

SYNOPSIS

Juin 1940. La France s’effondre et signe l’armistice. Dans le fracas de la défaite, un homme refuse la résignation. Général encore méconnu, il gagne Londres pour tenter de sauver ce qui semble perdu : l’honneur et la liberté. Sans armée, sans soutien, presque sans espoir, il ne dispose que d’une certitude inébranlable : la France n’a pas dit son dernier mot. Contre l’évidence, il lance un pari insensé : convaincre le monde que la bataille de France n’est ni achevée ni perdue.

© La Bataille de Gaulle – L’âge de fer

Tout semble pourtant lui donner tort. Mais, peu à peu, des femmes et des hommes répondent à son appel. En Angleterre, en France, en Afrique, des résistants clandestins, des lycéens révoltés et des soldats déterminés rejoignent le combat. Portés par leur courage, leur audace et leur soif de liberté, ils défient le cours d’une Histoire que beaucoup croyaient déjà scellée.

NOTRE CRITIQUE

Est-ce que j’ai l’air de débander en écrivant cette critique ? C’est le genre de réplique qu’on peut facilement entendre dans La Bataille de Gaulle : L’Âge de fer. Non, vous ne rêvez pas. Pour son deuxième long-métrage après le succès du Le Chant Du Loup en 2019, Antoine Baudry s’attaque à un monument : un biopic en deux parties consacré au général De Gaulle, l’une des figures mythiques de l’histoire contemporaine française. Un gros morceau, pour un gros raté ?

Bah en tout cas, c’est bien vrai pour la première partie. Car L’Âge de fer est une vaste blague, une parodie des Guignols ou une soupe blockbuster à l’américaine qui ne rendrait, ironiquement, pas fier le général de Gaulle. Tout commence par l’introduction d’un super-héros faisant face à un gigantesque char de l’Allemagne nazie. David contre Goliath. Monsieur Badass débarque et pulvérise le grand méchant. Dès cette séquence d’ouverture, le film annonce la couleur. La Bataille de Gaulle ne sera alors qu’une succession de scénettes testostéronées où l’honneur est constamment défendu par les gros muscles, les punchlines et l’impertinence du Général. Aucune place pour la nuance, ni même pour une quelconque évolution du personnage principal. Une caricature de manuel d’histoire pour lycéens, le dernier Avenger recruté pour sauver la France. C’est cet aspect qui finit par plomber le film. Tout y suit une trajectoire linéaire, où l’Histoire est développée de la manière la plus scolaire et formelle possible. La fiction est bien là, mais uniquement pour épouser les codes du blockbuster américain. Il n’y a presque rien de français dans la mise en scène ou dans l’approche, ce qui est assez regrettable vu le personnage mis en avant.. Au final, La Bataille de Gaulle ressemble à un film « roman national ». Si une nation voulait produire un blockbuster de propagande à la gloire de l’un de ses héros, elle ne s’y prendrait probablement pas autrement qu’Antoine Baudry.

© La Bataille de Gaulle – L’âge de fer

Et c’est bien là le plus regrettable. Car même si les intentions du cinéaste français sont louables, elles sont constamment annihilées par une mise en scène de mauvais goût. Même les spectateurs les plus conciliants auront du mal à croire à ce qu’ils voient. Comme s’il n’y avait pas besoin d’en faire des caisses, mais qu’Antoine Baudry en faisait trop quand même. Certaines scènes de dialogue, surtout entre de Gaulle et Churchill, sombrent dans le ultra cliché. Toute subtilité reste bloquée sur la ligne de front et chaque échange est à deux doigts de provoquer un fou rire involontaire dans la salle. Malgré tout, la performance des acteurs n’est pas à jeter en pâture. Simon Abkarian est juste mal dirigé, mais l’interprétation est là. Flop tout de même qui se confirme en salle, la sortie du deuxième volet étant avancée pour la fête du cinéma.. C’est mauvais signe. Il faut dire que les genoux tremblent, tant l’investissement derrière ce blockbuster est important. En même temps, quand on s’offre Karim Leklou pour interpréter un faux Anglais pendant dix minutes dans un film de 2h45, on peut commencer à s’interroger sur la rentabilité. D’autant que tout est calibré sur cet dimension : faire de La Bataille de Gaulle la réponse française aux grands spectacles américains. Sauf que la sauce ne prend jamais. Entre son ton excessivement solennel et son esthétique parfois cheap (notamment dès qu’il est question de fonds verts ou d’effets spéciaux), on peut se questionner sur les prises de décisions d’un projet de cette envergure. Là où dans le même registre historique, d’autres productions sont bien mieux armées pour tirer leur épingle du jeu. Notre Salut, présenté en compétition à Cannes, ou encore Moulin, lui aussi passé par la compétition officielle, ont l’air plus inspirés dans leur manière d’aborder l’Histoire. Au final, La Bataille de Gaulle est loin de remporter la guerre des salles. À peine arrivé, le film se fait beaucoup trop discret, que ça soit aux bornes UGC comme sur les réseaux sociaux d’ailleurs..

EN DEUX MOTS

Ce n’est pas qu’Antonin Baudry refuse de froisser le Général, c’est qu’il cherche surtout à l’iconiser à l’américaine. Et avec ce postulat de départ, la Bataille De Gaulle avait tout pour être un gros raté. Il évacue la dimension tragique de cette période au profit d’un héroïsme démonstratif et souvent cliché. Ça fonctionne mieux dans les livres qu’au cinéma, finalement.

2

Note : 2 sur 5.


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