CRITIQUE | FILM FESTIVAL DE CANNES

SHANA : impossible de ne pas l’adorer !

Critique | Si la Sélection officielle du Festival de Cannes est toujours la plus médiatisée, d'autres sections permettent aussi de découvrir des œuvres plus libres et originales. C'est notamment le cas de la Quinzaine des Cinéastes, où Shana a été présenté en mai dernier. Actuellement en salles, ce film de Lila Pinell réserve une belle surprise

SYNOPSIS

Shana est une jeune femme dynamique qui s’assume pleinement et n’a pas peur d’affirmer ses opinions. Si son histoire familiale n’a jamais été simple, elle refuse pourtant de s’apitoyer sur son sort. Entre les tensions avec sa mère, une relation amoureuse toxique et un deuil difficile à surmonter, les obstacles ne manquent pas. Mais malgré les coups durs, Shana conserve son énergie débordante et reste fidèle à elle-même.

© Shana

NOTRE CRITIQUE

Avec son premier long-métrage réalisé en solo, Lila Pinell propose un film à la fois drôle, sensible et profondément humain. Inspiré de la vie d’Eva Huault, qui interprète le rôle principal, Shana nous plonge dans le quotidien d’une jeune femme aussi atypique qu’attachante.

Dès les premières scènes, la jeune femme capte l’attention. Avec ses looks originaux, sa façon très cash de s’exprimer et son caractère à ne pas se laisser faire, elle est vraiment singulière face aux autres personnages que l’on croise au cinéma. Elle dit ce qu’elle pense sans filtre et peu importe à qui elle s’adresse. Cette franchise, aux premiers abords surprenante, participe surtout à rendre son personnage extrêmement authentique. Et derrière cette personnalité haute en couleur se cache une jeune femme qui se questionne sur son identité, cherche sa place et ce qu’elle désire vraiment. C’est ce mélange de force et de fragilité qui rend Shana aussi attachante tout au long du film. La réalisatrice choisit de suivre son héroïne dans des moments simples de son quotidien. On assiste à ses échanges avec ses amis, sa famille ou encore son mec, sans qu’il y ait forcément de grands événements ou de rebondissements spectaculaires. Cette approche (combinée à la caméra proche des personnages) donne au film des allures de documentaire. Les dialogues réfléchis et travaillés semblent complètement spontanés et le jeu d’acting paraît tout à fait naturel. Le film navigue constamment entre fiction et réalité, au point qu’on peut parfois oublier qu’il s’agit d’une œuvre scénarisée. Dans cet ensemble composé de nombreux visages encore peu connus du grand public, la présence de Noémie Lvovsky dans le rôle de la mère de Shana peut toutefois surprendre. L’actrice est très juste dans son interprétation et forme un beau duo à l’écran avec Eva Huault. Cependant, son statut d’actrice au visage reconnu contraste parfois avec le reste du casting et casse légèrement cette impression de spontanéité qui fait la force du film.

© Shana

L’ambiance générale constitue sans doute l’un des aspects les plus réussis du film. La scène d’ouverture, qui met en scène une partie du jeu du Loup-Garou, annonce immédiatement la couleur. Les relations entre les personnages seront au cœur du récit et ce sont elles qui vont faire avancer l’histoire. Les échanges sonnent juste, les situations paraissent crédibles et les émotions circulent naturellement. Shana vit tout avec intensité : ses joies, ses rires, ses colères, ses peines. Cette énergie traverse l’ensemble du film et rend les 1H26 particulièrement agréables à suivre. L’atmosphère apporte un ensemble rafraîchissant, porté par une liberté de ton encore assez rare. Cependant sous ses airs comiques et légers, Shana aborde des thèmes bien plus profonds qu’il n’y paraît. Le film parle avant tout de construction identitaire. Son héroïne se questionne constamment sur ce qu’elle représente aux yeux des autres et sur la personne qu’elle souhaite devenir. Cette réflexion prend racine dans une histoire familiale compliquée. Sa mère ne s’est jamais vraiment occupée d’elle, son père est absent et son compagnon effectue des allers-retours en prison. Sans jamais chercher à provoquer la pitié du spectateur, le film montre comment ces blessures relationnelles influencent sa manière d’être et ses choix. La réalisatrice Lila Pinell traite ces sujets avec beaucoup de délicatesse, en privilégiant toujours l’humain plutôt qu’une trame narrative vendeuse.

Shana est aussi un film qui s’intéresse à la famille et à l’héritage. La réalisatrice construit son récit autour de cette idée de transmission, qu’elle soit familiale, culturelle ou émotionnelle. Le film est subtilement découpé en plusieurs parties qui reprennent les dix plaies d’Égypte, un récit biblique familier à l’héroïne depuis son enfance. Cette structure accompagne son évolution personnelle et agit comme un fil conducteur tout au long du récit. Une référence qui apporte une dimension symbolique intéressante et renforce les questionnements du personnage sur ce qu’elle hérite de son passé et ce qu’elle souhaite en conserver.

EN DEUX MOTS

Shana est un film touchant de par sa sincérité. Ce premier long-métrage en solo est très prometteur pour la carrière de Lila Pinell ainsi que pour celle d’Eva Huault qui se faisait déjà remarquer du public pendant la promo du film, de par son franc-parler et sa vibe pétillante !

4

Note : 4 sur 5.


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