CRITIQUE | FILM

BACKROOMS : du clickbait cinéma

Critique | Après avoir plongé Internet dans un continuum d'angoisse jaunâtre, Kane Parsons délaisse les couloirs labyrinthiques de ses Backrooms pour s'aventurer jusqu'à la salle de cinéma. Film d'horreur le plus attendu de l'année, Backrooms réussit-il son pari de passer du très petit écran au plus grand ?

SYNOPSIS

En 1990, la découverte d’une mystérieuse cassette VHS révèle l’existence des Backrooms, une dimension infinie de couloirs et d’espaces désertiques où ceux qui s’y aventurent disparaissent sans laisser de trace. Des années plus tard, Clark, un architecte en échec dont la vie s’effondre, découvre par hasard un passage vers cet étrange labyrinthe dissimulé sous son magasin. Fasciné par ce lieu défiant les lois de la réalité, il entraîne malgré lui son entourage dans une expédition qui tourne rapidement au cauchemar.

© Backrooms

Alors que les frontières entre le réel et cette dimension semblent s’effacer, une vérité terrifiante émerge : les Backrooms ne se contentent pas d’abriter des monstres… elles transforment ceux qui les explorent.

NOTRE CRITIQUE

Attendu comme le Messie par les fans d’horreur, Backrooms l’était aussi par tous ceux qui ont passé des années à partager sur Reddit des images de bureaux vides aux murs jaune pisse. C’est pour ça qu’avant d’être le premier film de Kane Parsons, Backrooms est surtout un vrai phénomène Internet, comme on n’en avait plus connu d’ailleurs. Né d’une simple photo pixélisée, le mythe s’est construit sur ce que chacun y projetait : la peur du vide, du silence, des espaces infinis.. Mais est-ce que cela suffit pour en faire un bon long-métrage de cinéma ?

Absolument pas. Et Kane Parsons, malgré toute la bonne volonté et le savoir-faire qu’on pourra lui reconnaitre, ne réussit jamais à s’extirper de ses backrooms d’Internet. Il est bloqué sur la toile, même si ce premier long-métrage estampillé elevated horror fascine par moments grâce à quelques cadres bien trouvés et une maîtrise de l’espace intrigante. Le jeune cinéaste convoque évidemment nos peurs profondément contemporaines. Il joue avec nos nerfs par la peur du vide, la standardisation de nos espaces de vie, l’angoisse du lieu de travail, ou juste le jaune pisse qui colle au mur après avoir fumé pendant trente ans dans le salon. Backrooms refuse aussi et surtout de devenir un simple survival ou un film à pièges, et ça, on peut dire que c’est audacieux, car tout était vraiment là pour une voie facile et efficace. Kane Parsons préfère s’engager vers un cinéma psychologique, où ses deux protagonistes errent dans un vaste labyrinthe cérébral, qui joue avec le spectateur. Voir même un peu trop.. Car si le réalisateur délaisse le survival, c’est aussi pour se la péter avec un narratif aussi vide que les couloirs qu’il filme. Pour une fois dans un premier film, on en demande plus. Plus d’idées, d’images, de prises de risque.. Ici, Kane Pearson s’appuie vraiment trop sur le phénomène qui précède le film. Il ne développe presque pas son lore, et se contente d’y vagabonder comme ses deux personnages principaux. La boule au ventre et sans destination.

© Backrooms

Le problème, c’est que Backrooms ne fait pas grand-chose d’autre que teaser. Teaser un danger, une révélation, une explication. Et le long-métrage devient très vite une coquille vide, hantée par deux personnages aussi creux que le scénario. Le premier, interprété par le (trop) démonstratif Chiwetel Ejiofor, ressemble à une caricature de rescapé d’asile psychiatrique. Kane Parsons ne trouvera jamais la bonne formule pour faire exister ce personnage, d’abord trop curieux, puis brutalement transformé en homme consumé par la folie. Pourquoi ? Parce que le réalisateur préfère passer son temps à composer de beaux plans plutôt que de donner un peu de relief au scénario. Et tout ça, c’est l’effet youtube. On cherche d’abord le catchy de la forme avant la pertinence du fond. Puis, comme si Kane Parsons lui-même sentait que son récit manquait de substance, il introduit un second personnage dans les backrooms, interprété par Renate Reinsve, dans une dernière partie qui s’étire beaucoup trop.. Après un monologue pompeux, une course-poursuite mollassonne et un double climax sans aucun effet.. Backrooms rend enfin les armes. Le récit est désespérément linéaire, incapable de monter en puissance..

Donc passé son concept alléchant, Backrooms n’a finalement pas grand-chose à offrir. L’expérience est plus frustrante qu’angoissante. Que reste-t-il alors ? Une multitude de théories fumeuses à l’image des phénomènes Internet. Les défenseurs du film cherchent leurs arguments tout au fond de la backroom : « Et si ce personnage était en fait.. », « Et si cette scène signifiait.. », « Et si.. ». Mais avec des si, on ne refait pas le cinéma.

EN DEUX MOTS

Backrooms est un petit raté qui ne manque pas d’idées. Mais à force de tourner en rond, le film n’arrive jamais à installer une montée en tension. De quoi juste émoustiller quelques adolescents qui aimeraient se perdre dans le dark web.

2

Note : 2 sur 5.


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