SYNOPSIS
Dans une cité dominée par l’industrie du pétrole, les hommes détiennent le pouvoir. Les femmes, quant à elles, tentent de survivre au mieux dans ce système imposé. Deux choix semblent leur être envisageables : se soumettre à eux ou faire comme eux. C’est ainsi que Maria passe ses journées aux côtés de Nikos et sa bande, apprenant à se faire une place parmi ce groupe ultra masculin. Mais lorsque qu’une autre femme débarque et s’installe avec eux, Maria remet en question ses perspectives d’avenir..


NOTRE CRITIQUE
À l’opposé de Christopher Nolan avec son Odyssée, Evi Kalogiropoulou reprend ici un mythe grec de façon bien moins littérale, afin d’apporter une réflexion sur le système patriarcal actuel. Étant une femme d’origine grecque, l’artiste est évidemment profondément impactée par le nombre grandissant de féminicides dans son pays et on le ressent profondément tout au long de son long-métrage.
Cette société parallèle mise en scène avec une direction artistique à la fois sombre, mais aussi paradoxalement colorée par des lumières artificielles, peut bien entendu nous rappeler de précédentes œuvres comme la saga Mad Max. Cependant, c’est un univers bien distinct et particulier qui est dépeint ici ! En effet, les hommes dominent, les femmes s’adaptent, et les objectifs de vie semblent complètement déconnectés de notre réalité actuelle. Et pourtant.. les dynamiques et enjeux sont très ressemblants à ceux que l’on peut connaître. Le chef de la cité, Nikos – atteint d’une maladie – veut trouver un successeur. Il fait alors passer des tests à toute sa bande, quasiment entièrement masculine à l’exception de Maria. On comprend rapidement qu’il entretient une relation toute particulière avec cette dernière, et que le reste du groupe la voit d’un très mauvais œil. Le fait que celui-ci et Maria ont des rapports sexuels ensemble (et qu’elle est par essence une femme) font qu’elle est quotidiennement victime de remarques déplacées, de misogynie et de « slut shaming ». Ceci alors même qu’elle ne cesse de prouver ses capacités physiques et ses progrès à manier les armes à feu !

Au fur et à mesure de l’intrigue, on découvre l’entourage familial féminin de Maria et on comprend que ses proches ne voient pas d’un bon œil ses activités avec la bande de Nikos. Les sœurs de Maria méprisent ces hommes et on comprend que leur mère a eu affaire à eux par le passé et que ça n’a donné que du mauvais.. Cependant, Maria n’en fait qu’à sa tête, jusqu’à l’arrivée d’Eleni. Eleni s’intègre à son tour à la bande mais son statut est bien distinct de celui de la soi-disant « protégée » de Nikos. Elle est ici afin de divertir les hommes en chantant, en dansant, ou en les laissant s’approprier son corps. C’est ainsi que sont dépeints ces deux portraits de femmes tentant de survivre dans ce contexte d’oppression machiste –chacune à leur manière. Au départ, les interactions entre Maria et Eleni sont teintées de méfiance et de mépris envers la façon dont l’une et l’autre décident de coopérer pour survivre dans cette micro-société, jusqu’au jour où leur relation évolue. Elles se rapprochent physiquement et commencent à entretenir des relations charnelles en secret. On a accès au développement de leur duo, observant leurs comportements (autant physiques que psychologiques) fortement influencés par les dynamiques oppressives masculines auxquelles elles sont habituées. Tout ceci nous offre ainsi de grands espaces de réflexion ultra pertinents et une ouverture de débats sur le façonnage du désir chez les femmes ainsi que l’émancipation.
Gorgonà provoque.. mais surtout propose un vrai parti pris où l’esthétique singulière et sombre ne touchera pas forcément tout le monde –mais dont les thématiques et le sous-texte très appuyé ne peut laisser indifférent. La société dépeinte est en apparence bien éloignée de la nôtre, alors qu’elle reprend en vérité des logiques tellement proches de ce que l’on connait..
EN DEUX MOTS
Evi Kalogiropoulou propose un tableau punk et féministe, où sa façon de mettre en scène les corps masculins est comparable à celle de réalisatrices comme Claire Denis, avec cette fois ci un regard très cynique sur ce culte du corps afin de dénoncer la virilité à outrance et ses dérives. Un film puissant et singulier traitant de thématiques importantes comme les violences sexistes et sexuelles.
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