CRITIQUE | FILM

LA CHALEUR : entre puff myrtille et solitude

Critique | Stéphane Demoustier prend des libertés quant au récit original, offrant ainsi un vrai renouveau au thriller de vacances dont il s’inspire. Diffusé en salles cet été, en pleine canicule, La Chaleur nous offre paradoxalement une parenthèse rafraîchissante.

SYNOPSIS


Marouane a 17 ans et il passe ses vacances dans les Landes avec sa famille. De jour comme de nuit, il déambule dans le camping où il a l’habitude de séjourner. Parfois seul, avec son ami Noé, ou avec d’autres adolescents vacanciers pour se baigner et faire la fête. Un soir, le jeune Oscar vient l’embêter et l’événement tourne au drame

© La Chaleur

NOTRE CRITIQUE

Contrairement à son dernier long-métrage L’Inconnu de la Grande Arche, Stephane Demoustier opte cette fois-ci pour un casting amateur encore méconnu –tout en mixant avec son propre entourage puisque sa femme et sa fille sont également de la partie. Un projet alors facilement qualifiable de « film de népos ».. mais dont l’authenticité des interprètes et la délicatesse de la mise en scène dissipent rapidement les préjugés ! On suit de près les derniers jours de vacances du solitaire Marouane qui est dépassé par ce qui lui arrive. La caméra reste constamment à ses côtés, ainsi nous nous retrouvons invités à observer silencieusement son corps déambuler tandis que son esprit est ailleurs. De nature assez discrète, l’adolescent n’a pas pour habitude de se mettre en avant, et c’est encore moins le cas depuis la mort du jeune Oscar. En tant que spectateurs, on a accès à cet événement tragique, et ainsi le privilège d’être témoins des comportements et conversations du jeune ado qui, de son côté, évolue seul avec son secret.

© La Chaleur

Au-delà de son récit thriller qui finit par devenir quasiment secondaire, le film prend pour prétexte cette intrigue d’origine, afin de dépeindre le portrait de l’adolescence d’aujourd’hui. Une adolescence pas si différente des anciennes générations, si ce n’est les nouvelles habitudes comme les dates Tinder et les puffs myrtille/fraise. Plus que la résolution du drame, c’est la façon dont ce secret isole progressivement Marouane qui intéresse Stéphane Demoustier. Ça sort en douce le soir, ça drague en pool-party, ça fait des conneries, ça tise à fond sur la plage… Bref, une véritable ambiance de vacances entre adolescents qui parlera immédiatement à tous ceux qui ont déjà passé des étés similaires. Sans jamais juger ses personnages, le réalisateur capte avec beaucoup de justesse leurs hésitations, leurs élans et leurs maladresses. Le plus frustrant demeure sûrement la durée du film parce qu’on aurait tellement aimé contempler d’autres tranches de vie de Marouane ou d’autres vacanciers… Cependant ce cadre de temps resserré, combiné au camping pour seul lieu et au petit nombre de personnages, permet des scènes plus intimes et vulnérables dans lesquelles les ados sont maladroits –tant avec eux-mêmes et leur rapport au corps encore compliqué, qu’avec leur rapport à l’amitié, la rivalité et aux premiers émois. La musique occupe enfin une place importante et indissociable de cette ambiance particulière, entre les tubes de l’été diffusés en boucle dans le camping et la bande originale happante composée par Pierpaolo Saccomandi.

EN DEUX MOTS

La Chaleur capte les dynamiques adolescentes avec précision et respect. On plonge dans cette œuvre avec l’envie de nous jeter dans les vagues parmi les jeunes, pour finir par en ressortir avec une sensation mélancolique difficile à oublier…

4

Note : 4 sur 5.


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