CRITIQUE | FILM

UN GRAND RACCOURCI : la bretagne, ça vous gagne

Critique | Armand Foëx et Clément Devilliers signent une comédie bretonne aussi légère qu’attachante pour leur premier long-métrage. Débrouillardise, petits boulots, nouvelles rencontres, situations cocasses… Un Grand Raccourci suit quatre jeunes adultes qui tentent, chacun à leur manière, de se frayer un chemin vers l’indépendance.

SYNOPSIS

Dans un petit village breton, les deux cousins et amis, Grégoire et Corentin, essaient de ne pas se laisser abattre par la mort très récente de leur grand-mère. Ils débutent leur vie de jeunes adultes, tout en ayant plein de choses à entreprendre et à découvrir ! À la suite d’un concours de circonstances, leur chemin croise celui de Maeva et Louise, tout juste la vingtaine également, lancées dans de curieuses magouilles...

© Un Grand Raccourci

NOTRE CRITIQUE

Un Grand Raccourci est une agréable surprise. Avec sa courte durée (à peine 1h20), ses dialogues funs, et ses situations absurdes, le film coche toutes les cases de la petite comédie estivale qui ne se prend pas la tête. C’est drôle, léger, ensoleillé et surtout, profondément sympathique et attachant. Une véritable bulle de fraîcheur qui ne cherche jamais à en faire trop –et c’est probablement ce qui fait tout son charme.

Là où certaines comédies françaises multiplient constamment les gags ou les personnages hauts en couleur, Armand Foëx et Clément Devilliers prennent le parti de la simplicité en se concentrant sur quatre protagonistes un brin décalés et touchants. Les dialogues sonnent juste, les situations sont amusantes et les personnages sont profondément humains. Bref, tout pour résonner auprès d’un public large. Au cœur du récit, on retrouve quatre jeunes adultes qui cherchent à faire leur gagne-pain avec les moyens et l’inventivité dont ils disposent. Grégoire travaille dans le restaurant de son père, menacé de fermeture, tandis que son cousin Corentin s’improvise dératiseur sans formation, mais avec beaucoup de ruse. Maeva, quant à elle, tente de se créer une clientèle pour sa boutique de revente de bijoux (qui est en vérité un commerce de dropshipping), et Louise, conseillère funéraire, accepte de s’embarquer dans un concours de miss alors qu’elle n’a ni la taille ni les codes du milieu. Et bien sûr, les deux duos vont finir par se croiser et vivre un bout d’aventure ensemble.. Le film s’intéresse ainsi à une jeunesse rurale loin des grandes villes et de leurs perspectives professionnelles. L’intrigue se passe dans les Côtes-d’Armor et le film ne mentionne à aucun moment l’éventualité pour les personnages d’entamer des études. Ils bricolent, entreprennent, échouent.. et recommencent jusqu’à réussir. Ces jeunes débordent d’idées farfelues, comme par exemple, Corentin qui lâche des rats chez des particuliers pour lancer son nouveau business de dératisation.

© Un Grand Raccourci

La comédie estivale glisse quelques réflexions sur la précarité, l’ubérisation ou encore les difficultés de vivre et de travailler en milieu rural. Cependant, on comprend vite qu’elle préfère largement nous transmettre des messages d’entraide et de créativité plutôt que de lourds discours sociétaux. Les personnages peuvent compter les uns sur les autres, mais aussi sur les générations qui les entourent, notamment à travers la relation entre Grégoire et son père, propriétaire d’un restaurant familial risquant la fermeture par manque de clientèle. Cette simplicité fonctionne également grâce à un casting particulièrement convaincant. François Le Bris se démarque notamment dans le rôle de Grégoire, jeune homme taciturne et maladroit dont les silences en disent parfois davantage que les dialogues. Face à lui, Jules Porier apporte une énergie spontanée et comique au duo. Du côté féminin, Sara Montpetit (déjà remarquée dans Falcon Lake et Vampire humaniste cherche suicidaire consentant) confirme une nouvelle fois son talent à s’adapter à tous types de projets et de rôles, tandis que Louise Labèque complète ce quatuor avec beaucoup de charme naturel. Cette distribution est composée de jeunes visages que l’on a déjà pu apercevoir dans plusieurs productions récentes (dont les courts-métrages précédents des réalisateurs), et ils prennent tous un réel plaisir à évoluer ensemble comme une vraie troupe. D’ailleurs, les deux réalisateurs, connus sous le pseudonyme « Armand et Clément » sur les réseaux sociaux où ils racontent leurs aventures de tournage, sont amis depuis l’enfance et tous deux passionnés de cinéma. Leur premier long-métrage résonne ici comme l’aboutissement d’un rêve, mais aussi comme une première étape prometteuse de leur carrière de cinéastes.

Et c’est peut-être finalement ça qui rend le film aussi attachant : il ne cherche pas à impressionner (bien qu’il soit techniquement recherché, notamment avec ses plans-séquences très propres), ils préfèrent raconter simplement le quotidien de jeunes bretons maladroits qui s’en sortent grâce à leurs idées douteuses, leur entraide et leur volonté. Cette petite comédie française ne révolutionne pas le genre, mais apporte exactement ce qu’on attend d’elle : une parenthèse légère, drôle et humaine.

EN DEUX MOTS

Avec ses quatre jeunes personnages attachants et son humour tendre, Un Grand Raccourci offre une bonne bouffée d’air frais au sein de la comédie française. Un feel good movie rythmé et sincère, porté par une jeune génération de comédiens, de techniciens et de réalisateurs prometteurs.

3,5

Note : 3.5 sur 5.


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Ils en parlent également : Le Monde, Bretagne cinéma ou Paris Match

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