CRITIQUE | FILM

LA FIN D’OAK STREET : nouvelle espèce de divertissement

Critique | Presque dix ans après son dernier long-métrage, le réalisateur américain David Robert Mitchell s'aventure sur un terrain plus hostile, mais aussi franchement plus divertissant. Avec 'La Fin d'Oak Street', on voyage aussi bien dans les années préhistoriques que dans les années 80, avec son lot de références au cinéma de cette époque.

SYNOPSIS

Après un mystérieux événement cosmique, le quartier d’Oak Street est arraché à sa banlieue et transporté dans un lieu inconnu en plein milieu de la préhistoire. Une famille y résidant découvre rapidement que sa survie même dépend de sa capacité à rester unie pour naviguer dans un environnement désormais méconnaissable. La Fin d’Oak Street est un film de science-fiction américain écrit et réalisé par David Robert Mitchell et sorti en 2026.

© La Fin D’Oak Street

NOTRE CRITIQUE

Il faut être patient avec David Robert Mitchell. Huit ans après Under The Silver Lake, le réalisateur revient au cinéma avec une proposition plutôt éloignée de son registre habituel. Son humour, déjà perceptible dans son film précédent avec Andrew Garfield, est ici amplifié au service d’une bonne comédie d’aventure (presque) tout public.

Ce qui risque d’ailleurs d’étonner certains, surtout ceux qui ont découvert et apprécié David Robert Mitchell avec It Follows. Dans La Fin d’Oak Street, le cinéaste américain s’amuse vraiment, en alternant entre les codes qu’il maîtrise et ceux qu’il expérimente. D’un côté, on retrouve son amour de la référence avec la reconstitution d’un cadre « années 80 ». Le genre de quartier et d’époque dont Steven Spielberg rêve la nuit (avec des dinosaures aussi, d’ailleurs). Et de l’autre, le réalisateur s’essaie à l’action pure et dure, avec des séquences de courses-poursuites dopées aux effets spéciaux, pour y faire apparaître des monstres d’un autre temps. La force de ce nouveau film de l’été réside surtout dans le mélange des genres, qui rend La Fin D’Oak Street sobrement unique. Les choix de mise en scène sont toujours à contre-emploi et le réalisateur ne tombe jamais dans des facilités narratives. C’est d’ailleurs également le cas dans l’action, où les scènes de survie sont brutes, avec des plans larges pour apprécier à la fois les sprints de nos deux acteurs, les décors cartons-pâtes des années 80 et les gros dinosaures. Une dynamique de mise en scène qui fonctionne toujours, où le ton comique n’est jamais très loin, mais ne dissipe pas non plus la peur de voir nos protagonistes se faire croquer. En plus, on peut vraiment profiter de designs de dinosaures plutôt sympathiques, jamais dans l’excès ou dans la surenchère par rapport aux autres films du genre. David Robert Mitchell préfère jouer avec son environnement pour transformer le quartier d’Oak Street en lézarium mortel.

© La Fin D’Oak Street

Par contre, le cinéaste fait le minimum syndical dans l’écriture de ses personnages. L’empathie reste en 1980, mais à vrai dire, tant mieux.. Car ce qui nous plaît dans La Fin D’Oak Street, c’est aussi le côté très théâtral. Le réalisateur ne cherche jamais vraiment l’immersion, ce qui l’interesse, c’est l’expérience. Alors que le décor soit factice ou que les liens familiaux soient grossiers, concrètement, on s’en fiche un peu. Le rythme soutenu est là pour nous le rappeler, avec un tempo presque parfait entre dialogues nécessaires pour construire l’intrigue et course-poursuite de dinos. Et malgré tous ces partis pris « plastiques », on ressent un petit quelque chose quand on perd l’un des personnages du groupe. Bizarrement, pas de tristesse.. mais comme un feeling de surprise appréciable, où l’on se dit que le réalisateur ose sans tomber dans les pièges du genre. La conclusion du long-métrage prouve aussi que David Robert Mitchell se fout légèrement de la cohérence ou des règles pré-établies dans ce domaine (même si on voit bien qu’elle a été charcutée par les producteurs). Cela reste assez pertinent, surtout lorsqu’il invoque, par son univers, ce cinéma des années 80, qui avait tendance à être souvent trop conformiste.

La conclusion de La Fin D’Oak Street est finalement un peu rebelle. Le réalisateur américain est indiscipliné, il mise tout sur son aventure pré-fabriquée, quand d’autres recherchent le rationnel à tout bout de champ. Mais malgré toutes ces bonnes idées, le début de La Fin D’Oak Street est assez ennuyeux.. avec une introduction qui n’en finit de planter le décor autour des protagonistes. Ce qui est assez étonnant vu à quel point le réalisateur va peu à peu négliger tous ses personnages.. On pourrait penser que Warner Bros a imposé son cahier des charges..

EN DEUX MOTS

Un bon divertissement de l’été, bordélique et drôle, qui devrait rendre fous les cinéphiles académiques. Car malgré ses défauts, La Fin d’Oak Street relève haut la main son pari d’aventure, sans pour autant resservir du cinéma de l’âge de pierre.

3,5

Note : 3.5 sur 5.


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