CRITIQUE | FILM

UNE AFFAIRE TURQUE : un verdict positif

Critique | Quand un avocat carriériste revient chez papa et maman, tout bascule.. Avec Une Affaire Turque, le réalisateur Hüseyin Aydin Gürsoy signe un premier film aussi haletant qu'intelligent. Une loupe sociale pertinente qui ne brise jamais la tension.

SYNOPSIS

Mathieu s’est éloigné de sa communauté turque pour grimper l’échelle sociale. Avocat déterminé, il travaille dur pour devenir associé dans un influent cabinet d’affaires parisien. L’irruption dans sa vie d’un jeune turc en situation précaire ayant besoin d’aide va le précipiter dans une affaire de corruption mettant en péril tout ce qu’il a bâti. Une Affaire Turque est un thriller français réalisé par Hüseyin Aydin Gürsoy, écrit par Ludovic du Clary et Hüseyin Aydin Gürsoy, et sorti en 2026.

© Une Affaire Turque

NOTRE CRITIQUE

Ne retournez pas voir maman si vous avez réussi dans la vie, vous risquez d’avoir des problèmes.. Ce n’est évidemment pas du tout le message du film Une Affaire Turque. Ici, le réalisateur franco-turc Hüseyin Aydin Gürsoy se penche plutôt sur la complexité de la double identité en France, le tout emballé dans un thriller tendu et efficace. Le plus intéressant, c’est finalement son propos plutôt que son thriller, d’ailleurs. Car côté suspense et spirale infernale, Une Affaire Turque fonctionne assez bien, mais reste définitivement dans un cadre théorique qui ne révolutionne pas le genre. Celui-ci s’essouffle finalement dans la deuxième partie, avec des ressorts narratifs assez prévisibles (passage à tabac, dégringolade professionnelle, etc.), même si l’on trouve toujours un plaisir coupable à voir ce personnage prendre la monnaie de sa pièce..

Car oui, l’enjeu dans Une Affaire Turque, c’est avant tout de comprendre la psyché de Matthieu.. ou plutôt Mustafa. Un jeune homme issu des quartiers populaires, ayant grandi au sein de la communauté turque de Villiers-le-Bel, qui s’en sort aujourd’hui très bien en étant avocat d’affaires. Le long-métrage décide d’exposer les complexes et l’émancipation honteuse de son milieu social. Matthieu est devenu un pur produit de la fausse méritocratie que l’État français fantasme tant. Le personnage devient alors complètement amnésique de « l’endroit » d’où il vient, comme s’il ne voulait plus y être rattaché. Mais Hüseyin Aydin Gürsoy fait preuve d’intelligence en ne portant jamais de jugement moralisateur. On comprend assez vite que ce protagoniste est (re)formaté, coincé dans un clivage identitaire, qui parlera sans doute à tous les binationaux français. Un Turc en France, un Français en Turquie. Et par ce schéma, qui provoque tous ces doutes et ce formatage d’une identité sous X, le personnage choisit son pays d’accueil (comme s’il lui devait quelque chose). Une Affaire Turque inclut également tous les biais racistes du pays hôte, où par exemple franciser son prénom peut devenir un atout professionnel. Sur cette question de la double identité, le film excelle, jonglant parfaitement entre les deux univers avec beaucoup d’effets miroir utiles et pertinents.

© Une Affaire Turque

Tout ça est emballé dans un thriller nerveux, où l’on voit tout de suite venir le challenge d’un équilibre à tenir, sans tomber dans le superficiel ou dans le raccourci. C’est précisément là où Une Affaire Turque n’est pas exempte de tout reproche. Pourtant, le scénario a de grands atouts, qu’il sait mettre en valeur dès son introduction. Le cinéaste franco-turc ne perd pas une minute pour nous montrer que ce personnage, partagé entre deux mondes, prend la pire décision possible, et lance de lui-même la spirale.. L’élément déclencheur est aussi un élément révélateur pour le personnage principal. Il sonne à la fois sa chute professionnelle, comme la révélation de son rejet de la double identité. Obstiné à nier, il est aussi obnubilé par l’idée de résoudre rapidement cette affaire, comme un énième dossier d’un client X ou Y. Une Affaire Turque est donc un thriller qui se tient, où le scénario d’engrenage sert quasiment toujours l’évolution ou la compréhension du personnage. Il est d’ailleurs bien porté par Lionel Erdogan, découverte de l’été, qui brille véritablement dans ce rôle torturé.

Au-delà de ce travail autour du personnage principal, le réalisateur se permet aussi quelques séquences assez iconiques, parfois jouissives, où le spectateur, malgré la forte empathie qu’il éprouvera pour Mustapha, prendra aussi plaisir à le voir confronté à ses propres contradictions, comme lors de sa rencontre avec l’avocate Benseddik. Au final, si Une Affaire Turque n’est pas un cas parfait, on plaide largement coupable face au plaisir du même nom qu’on ressent devant le premier film de Hüseyin Aydin Gürsoy. Et pour un premier long-métrage, il y a de quoi être enthousiaste pour la suite.

EN DEUX MOTS

Avec un parfait équilibre entre spirale intenable et réflexion sur la binationalité, Une Affaire Turque rend une copie quasi parfaite.. peut-être un peu trop d’ailleurs. L’envie de bien faire pour un premier film se ressent, mais avec ce genre de proposition politique, on ne peut qu’être impatient pour la suite.

3,5

Note : 3.5 sur 5.


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