SYNOPSIS
En 1992, au Chili, une jeune fille prénommée Inés séjourne chez ses grands-parents, propriétaires d’un hôtel situé près d’une station de ski. Elle se lie d’amitié avec Hanna, une skieuse allemande venue s’entraîner au Chili, avant que celle-ci ne disparaisse. Dégel (El deshielo) est un film policier américano-hispano-mexicano-chilien réalisé par Manuela Martelli, sorti en 2026. Le film est sélectionné dans la section Un certain regard du festival de Cannes 2026.


NOTRE CRITIQUE
Fond blanc, titre rouge pour l’introduction. Fond rouge, titre blanc pour le générique de fin. Oui, Degel est bel et bien un thriller à enquête, mais il n’en garde quasiment aucun code. En s’affranchissant des règles du genre, le film s’affirme et crée sa propre singularité, qui lui a valu (à juste titre, du coup) sa sélection dans la catégorie Un Certain Regard au Festival de Cannes 2026.
Degel pose un regard intime et politique. D’abord avec un parti pris visuel fort, où les cadres enneigés sont magnifiques, tout ça en plein cœur de cette station de ski chilienne que l’on sent totalement isolée. Des décors restrictifs entre les forêts et l’hôtel. C’est tout. Où pour une fois, d’ailleurs, on associe la langue hispanique à des couleurs plus froides et laiteuses. Ici, la réalisatrice Manuela Martelli développe vraiment ses personnages et notamment son protagoniste principal : Ines. Tout le récit est perçu à travers son point de vue, et grâce à ça, ce long-métrage pose un regard discret et taiseux, où seul le spectateur est actif. Dans sa première partie, le film expose ses sujets secondaires importants, entre les difficultés à communiquer, l’isolement, la famille.. Puis, dans sa seconde partie, le film fait progressivement émerger le regard politique, avec la disparition de cette jeune skieuse allemande venue s’entraîner au Chili. Après avoir sympathisé avec Ines, avoir créé un vrai lien, elle disparaît. Elle disparaît comme les parents d’Inès en quelques sortes, que Manuela Martelli ne manque pas de rappeler sans forcer, par des séquences courtes et subtiles. Mais elle disparaît aussi comme les multiples « fantômes chiliens », victimes de la dictature de Pinochet avant les années 90. La réalisatrice réussit donc à invoquer ces ombres du passé sans débarquer avec de gros sabots, mais comme à l’image de ses personnages, en dissimulant à moitié ses intentions pour suggérer plutôt que de marteler.

Dégel ne fait jamais d’hors piste, il reste concentré sur la symbolique critique de la dictature. En exploitant notamment ces « réflexes autoritaire » qui existent malgré la fin du régime. Ines, cette jeune fille délaissée par ses parents à la station de ski, n’est qu’une petite loupe pour aider à révéler tous ces indices aux spectateurs, de manière naïve et innocente. C’est pour cela que quand sa grand-mère lui demande de ne pas dire ce qu’a fait son cousin lors de la soirée, elle ne dira rien. Elle ne verbalise pas, car c’est une enfant face à une autorité parentale. Mais avec le tact de Manuela Martelli, on comprend assez vite que cet épisode va nourrir sa réflexion. Ines ressent la violence de la disparation et de ses effets auprès des adultes. Degel est donc un vrai film sur les non-dits, sur la difficulté à couper avec les automatismes oppressifs. C’est toujours intelligent, même si le récit est mal servi par un rythme lent, assez caricatural de ce genre de projet et d’intention. D’autant que la puissance de la mise en scène fond comme neige au fil du récit. Et de manière générale, la seconde partie est beaucoup moins impactante..
Notamment sur l’aspect narratif, avec l’apparition de la mère après la disparition de la fille. Se joue alors une sorte d’intrigue de parents de substitution, où la recherche ne mène à rien et ne sert à rien, tout en reléguant parfois au second plan les thématiques du film. Pourtant, Dégel ne rate pas sa descente et conclut par une séquence attendu mais puissante. Où le spectateur pourra facilement imaginer la suite : celle d’une enfant marquée viscéralement par l’expérience, par les silences et par la froideur de tous ces adultes.
EN DEUX MOTS
Degel mérite bien sa sélection « Un Certain Regard » à Cannes. Avec distance et sensibilité, la cinéaste chilienne choisit le point de vue d’une enfant pour dissimuler, derrière les apparences d’un thriller, un récit bien plus politique et utile.
3,5
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