SYNOPSIS
Enzo et Carla sont frères et sœurs. Entre l’adolescence et le début de l’âge adulte, ils se débrouillent seuls depuis plusieurs années. Lorsque leur père sort de prison et débarque à nouveau dans leur vie, celui-ci tente de recréer une ambiance familiale. Et si Enzo semble enjoué par son retour, Carla quant à elle refuse de le revoir. Ces deux réactions bien distinctes cachent un très lourd passé trop longtemps resté dans le silence..


NOTRE CRITIQUE
La Frappe est un film qui ne laisse personne indifférent, qu’on soit concerné par sa thématique centrale ou non. Le cinéaste français Julien Gaspar-Oliveri s’attaque au sujet extrêmement délicat et encore bien trop tabou de l’inceste, en racontant les retrouvailles d’un frère et d’une sœur avec leur père qui refait surface dans leur vie après des années d’absence.
Mais plutôt que de chercher à choquer, le réalisateur choisit une approche intime, pudique et profondément sensorielle. Avec sa mise en scène saupoudrée de gros plans sur les corps des personnages (notamment ceux d’Enzo et Carla), le réalisateur nous tient étouffés et piégés, sans même avoir à assister au passé extrêmement douloureux des deux jeunes. La grande force de ce premier long-métrage réside tout d’abord dans sa manière d’aborder le traumatisme et ses impacts des années après, sans jamais véritablement le montrer. La Frappe expose des indices progressivement, et on en vient rapidement aux conclusions, uniquement grâce aux silences, aux regards, et aux réactions des personnages. On comprend peu à peu les raisons du rejet de Carla et la situation de déni d’Enzo. Cette façon de raconter rend le film particulièrement intime. Les dialogues ne sont pas surexplicatifs et très naturels, et chaque silence pèse extrêmement lourd. Au final, le film s’intéresse moins à l’acte lui-même qu’à ce qu’il laisse derrière lui, et fait passer un message primordial : pas besoin d’être témoin des actes traumatisants pour en comprendre les dégâts et avoir de la compassion pour ses victimes en s’imaginant à leur place. Et il pose des question à la fois légitimes et brutales : peut-on tout pardonner à ses parents et peut-on toujours les aimer après qu’ils nous aient fait vivre le pire ?

Dans ce long-métrage, la caméra est constamment proche des personnages. Elle reste près des pores de leur peau ou de leurs cheveux, en multipliant gros plans et cadres resserrés. Ainsi, on passe notre temps à observer les visages, les respirations, les micro-expressions interprétées avec une justesse folle par Bastien Bouillon dans le rôle du père. C’est le même constat avec Diego Murgia et Romane Fringeli, qui s’imposent avec brio comme de véritables révélations. Avec leurs prestations, on se sent tout aussi enfermés qu’eux dans cette maison pourrie par des sinistres souvenirs. Les zooms accompagnent certains moments où le monde extérieur semble disparaître et où les frères et sœurs semblent confinés dans une bulle où ils ne sont que deux. Et les rares élargissements du cadre offrent une véritable sensation de respiration. Tantôt opposés, tantôt en reprise de souffle nouveau, tout dépend des scènes et comment elles sont cadrées. Pour cela, la réalisation sait quoi faire, pour emmener son spectateur. Tout y est parfaitement maîtrisé. La caméra à l’épaule, constamment dans la proximité, peut devenir épuisante et insupportable, et c’est en cela que la mise en scène est d’une justesse impressionnante. On n’arrive décidément plus à respirer; et encore une fois, on se sent pris au piège..
EN DEUX MOTS
Avec sa mise en scène assumée et ses trois interprètes remarquables, La Frappe réussit à aborder l’horreur sans jamais tomber dans la simple curiosité malsaine. Une œuvre radicale et éprouvante, qui ne laissera aucun spectateur indifférent.
4,5
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